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Asthme, BPCO… l’alimentation entre en scène
Longtemps laissée à distance de la santé respiratoire, l’alimentation a un impact important sur le risque et la sévérité de l’asthme et de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Ce sujet, en cours d’éclosion, a été débattu.
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"Lorsqu’on parle de maladies respiratoires, les principaux facteurs de risque évoqués émanent de ce que nous respirons : le tabac, les expositions professionnelles, et bien sûr la pollution de l’air", constate Raphaëlle Varraso, épidémiologiste au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP, Inserm/université Paris-Saclay).
Quant à l’alimentation, elle demeure cantonnée aux domaines cardiovasculaire et, plus récemment, cancéreux. "Quand on a une alimentation plus saine, plus riche en antioxydants et en composés anti-inflammatoires, le risque cardiovasculaire diminue… or ces mécanismes biologiques sont aussi impliqués dans les maladies respiratoires !", explique Raphaëlle Varraso.
Bien qu’émergent, le sujet de l’alimentation et de la santé respiratoire s’étoffe peu à peu, avec plusieurs études observationnelles suggérant une étroite association entre les deux. Raphaëlle Varraso a ainsi présenté une synthèse des travaux portant sur divers scores mesurant la qualité de l’alimentation. Parmi eux, l’AHEI (pour Alternative Healthy Eating Index), qui distingue fruits, légumes, céréales complètes et oméga-3 d’un côté, boissons sucrées, viande rouge, sel et acides gras saturés de l’autre.
Meilleur contrôle de l’asthme, baisse du risque de BPCO
Menées chez des patients asthmatiques, plusieurs études ont ainsi montré une diminution significative des symptômes, ainsi qu’un meilleur contrôle de la maladie, en cas de score AHEI élevé, c’est-à-dire d’alimentation saine (1). Quant à la BPCO, son incidence semble moins élevée chez les personnes qui s’alimentent plus sainement, avec un risque diminué jusqu’à 33% chez les 20% de personnes au score AHEI le plus élevé, par rapport aux 20% de celles au score le plus faible (2).
Au-delà de ces scores globaux, d’autres travaux ont suggéré les bienfaits, ou méfaits, de divers aliments ou nutriments. Ainsi, une étude publiée en 2020 a révélé un lien entre la consommation de charcuterie et le risque de BPCO, accru de +29% chez les consommateurs réguliers (3). A l’inverse, une étude présentée au congrès, menée par l’équipe de Raphaëlle Varraso et portant sur la cohorte française NutriNet-Santé, suggère que les fibres alimentaires sont liées à une baisse modeste du risque de symptômes asthmatiques, un effet en partie lié à l’indice de masse corporelle (IMC).
Des anti-obésité actifs au niveau du poumon ?
Outre le régime alimentaire, le surpoids et l’obésité constituent d’importants facteurs de risque (et d’aggravation) d’un asthme, d’une BPCO ou d’un syndrome d’apnée-hypopnée du sommeil (Sahos). D’où l’importance d’encourager ces patients à perdre du poids, que ce soit par un régime alimentaire ou par des médicaments.
Présentées aussi à Barcelone, plusieurs études observationnelles suggèrent l’intérêt des agonistes du récepteur au GLP-1 (arGLP-1) pour atténuer la sévérité d’une maladie respiratoire. Menée par une équipe de l’Imperial College London (Royaume-Uni), l’une d’entre elles, portant sur près de 8 300 patients atteints d’asthme ou de BPCO traités par arGLP-1 (comparés à environ 20 300 patients sous sulfonylurées) a révélé une baisse du risque d’exacerbations, jusqu’à -30%.
Cette baisse s’élevait à 38% dans l’asthme, 21% dans la BPCO. De plus, cet effet était indépendant de l’IMC initial et de la perte de poids, suggérant un effet direct des arGLP-1 au niveau pulmonaire, probablement via des mécanismes anti-inflammatoires.
L’hypothèse d’un effet direct semble confortée par une autre étude observationnelle, danoise : menée sur environ 34 500 patients asthmatiques, elle révèle une baisse de 28% du risque d’exacerbation, ainsi qu’un moindre recours aux médicaments (-17% pour les Saba*, -19% pour les corticoïdes inhalés) après la mise sous arGLP-1, par rapport à l’année précédente. Cette baisse se manifestait dès les premiers jours, bien avant une éventuelle perte de poids.
Au-delà de l’asthme et de la BPCO, les arGLP-1 semblent aussi avoir un intérêt contre le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), dont environ 60% des patients sont également atteints d’obésité, rappelle la Pre Silke Ryan, pneumologue au St Vincent’s University Hospital de Dublin (Irlande). Sur la base d’une étude publiée en 2024, montrant une forte baisse de l’indice d’apnée-hypopnée (IAH) chez des patients obèses traités par tirzépatide (un double agoniste des récepteurs du GLP-1 et du GIP), ce médicament est devenu, fin 2024 aux Etats-Unis, le premier médicament autorisé contre le Sahos (4).
*Saba : bêta-2-agonistes à courte durée d'action
- Andrianasolo RM et al., European Respiratory Journal, 11 juillet 2018
- Varraso R et al., British Medical Journal, 3 février 2015
- Varraso R et al., eClinicalMedicine, 3 août 2019
- Malhotra A et al., New England Journal of Medicine, 21 juin 2024
Les autres articles du dossier :
Références :
Congrès de l’European Respiratory Society (ERS), Barcelone, 5-9 septembre 2026. D’après les sessions « New developments in respiratory pharmacotherapy: game changers or not? » (6 septembre), « What we eat, what we breathe: a collaborative fight for better breathing » (7 septembre), « Reimagining airway disease treatment: novel metabolic, regenerative and interventional therapies » (8 septembre) ; et les propos de Raphaëlle Varraso (CESP, Inserm/université Paris-Saclay).
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