@vittaya/stock.adobe.com
Deepfakes en santé : quand votre visage peut devenir le porte-parole d’une arnaque
Vous avez consacré des années à construire votre expertise et la confiance de vos patients. Une vidéo truquée peut désormais détourner cette crédibilité pour vendre un produit que vous n’avez jamais recommandé. L’alerte lancée par l’AP-HP et Sorbonne Université rappelle que la désinformation en santé peut aussi emprunter le visage de ceux qui la combattent. Par Rémy Teston, consultant digital et expert e-santé (Buzz E-santé).
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Le Pr Renaud Piarroux, spécialiste de parasitologie à la Pitié-Salpêtrière, en a fait l’expérience. Son image et sa voix ont été utilisées sans son consentement dans des vidéos faisant la promotion d’un prétendu traitement contre les parasites. L’AP-HP a déposé plainte et demandé à Meta de retirer ces contenus. Des vidéos ont été supprimées, mais d’autres, similaires, ont réapparu. Les deux institutions alertent sur le danger de messages pouvant conduire à utiliser des produits dont l’efficacité et la sécurité ne reposent sur aucune donnée scientifique.
Une parole médicale fabriquée
Pour les professionnels de santé, cette affaire pose une question inconfortable : comment protéger sa parole lorsqu’elle peut être fabriquée à notre place ?
Le mécanisme exploite les repères auxquels nous accordons habituellement notre confiance. Un visage reconnu, une spécialité médicale, une affiliation hospitalière : tout semble donner du poids au message. Le patient croit entendre un expert alors qu’il regarde une usurpation.
La difficulté tient précisément à cette apparence de familiarité. Nous demandons régulièrement aux patients de vérifier qui s’exprime. Avec les deepfakes, il faut aussi vérifier que cette personne s’est réellement exprimée.
Au cabinet, accueillir le doute sans juger
Cette désinformation peut entrer dans la consultation sous une forme banale : « J’ai vu un médecin expliquer que ce produit pouvait m’aider. Qu’en pensez-vous ? »
La réaction du soignant compte. Tourner la vidéo en dérision ou reprocher au patient sa crédulité risque de fermer la discussion. Demander où il l’a trouvée, ce qu’il en a retenu et ce qu’elle lui promet permet au contraire de comprendre son cheminement.
La consultation devient alors un lieu de vérification. Peut-on retrouver cette recommandation sur le site officiel du professionnel ou de son établissement ? Le message renvoie-t-il vers une vente ? Quelles preuves accompagnent la promesse ?
L’enjeu est de donner au patient des repères qu’il pourra réutiliser, au-delà de cette seule vidéo.
Protéger les professionnels et organiser la réponse
Les médecins présents sur les réseaux sociaux, dans les médias ou dans des vidéos pédagogiques doivent désormais intégrer cette possibilité de détournement à leur communication.
"Les médecins présents sur les réseaux sociaux, dans les médias ou dans des vidéos pédagogiques doivent désormais intégrer cette possibilité de détournement à leur communication."
Cela suppose des canaux officiels clairement identifiables et une procédure de réaction en cas d’usurpation : conserver les éléments permettant de documenter le contenu, prévenir l’établissement concerné, signaler la publication et diffuser un démenti accessible aux patients.
Les établissements ont également un rôle à jouer. Un praticien dont l’identité est détournée doit pouvoir trouver rapidement un appui auprès de sa direction et de ses équipes de communication. La réponse gagne à être préparée avant qu’une fausse vidéo ne circule.
Cette responsabilité doit aussi être assumée par les plateformes qui diffusent ces contenus. Faire reposer toute la détection sur les soignants et les patients serait insuffisant.
Rester présents pour préserver la confiance
Le risque de deepfake pourrait inciter certains professionnels à réduire leur présence publique. Ce serait pourtant laisser davantage de place aux messages trompeurs.
La parole médicale reste nécessaire dans l’espace numérique. Elle doit être accessible, contextualisée et vérifiable. Expliquer les limites d’un traitement, rappeler les sources d’une information et répondre aux interrogations des patients font pleinement partie de cette présence.
Les deepfakes ajoutent une difficulté à la lutte contre la désinformation : il faut désormais vérifier aussi l’identité de celui qui semble parler. Pour les professionnels de santé, préserver la confiance passe par cette nouvelle vigilance, sans renoncer au dialogue.
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