Objets de fantasmes, les tatouages véhiculent nombre d’idées fausses. Ce sujet a été abordé lors des récentes Journées dermatologiques de Paris (JDP), qui se sont déroulées du 29 novembre au 3 décembre au Palais des congrès.

  La pratique des tatouages, très ancienne, rencontre des adeptes toujours très nombreux (près de 30% des adultes aux Etats-Unis ont au moins un tatouage). Au-delà des regrets personnels et éternels que peut susciter un tatouage, les complications dermatologiques, infectieuses ou “allergiques“, sont les plus fréquentes. Leur profil a toutefois évolué à la faveur de la législation qui a imposé aux tatoueurs des règles de bonne pratique. Reste que le métier n’est pas reconnu et la manufacture des encres peu encadrée… Profil de tatoué ? Chacun a ses raisons de se tatouer… S’il n’y a pas de phénotype de la personne volontaire pour un tatouage, celles-ci se décrivent comme ayant tendance à prendre plus de risques dans la vie, et le tatouage est alors considéré comme un acte de prise de risque. Cela dit, le risque infectieux au moins, consécutif à la brèche cutanée, a beaucoup diminué depuis que la formation des tatoueurs à l’hygiène, aux règles d’asepsie est obligatoire : matériel à usage unique, autoclave de stérilisation des instruments, produits de désinfection de la peau. Destinée aux tatoueurs professionnels (qui ont donc déclaré leur activité en préfecture), cette formation est dispensée dans des centres agréés par les Agences régionales de santé. Le tatoué est ensuite invité à nettoyer le tatouage chaque jour, matin et soir à l’eau et au savon, puis à appliquer une pommade grasse pour éliminer les croûtes et dans les suites, une protection solaire. Les infections par les virus de l’hépatite B et C liées au tatouage ont ainsi disparu. Pour éviter un phénomène de Kœbner, la peau sujette de tatouage doit être intacte, et en particulier indemne de dermatose, type psoriasis ou eczéma, au risque de reproduire une nouvelle lésion aux dimensions du tatouage, ou de folliculite (réservoir de staphylocoques). La plupart des pigments actuels, principalement colorants azoïques (jaune, vert, violet), phtalocyanines (bleu, vert) et quinacridones (rouge, violet), sont synthétiques, plus stables et stérilisables. Les colorants noirs sont à̀ base d’oxyde de fer ou de noir de carbone. Le dioxyde de titane, pigment minéral de couleur blanche, est incorporé à de nombreuses encres. La composition des encres obéit à un cahier des charges européen qui devrait être plus exigeant si les discussions actuelles aboutissent. La complication la plus habituelle est l’allergie à l’encre de tatouage : elle survient plus volontiers pour des encres rouges ou de couleurs dérivées comme le rose ou l’orange, souvent des mois, voire des années après que le tatouage a été réalisé : la zone tatouée devient inflammée, œdématiée, prurigineuse, par poussées…. Il s’agit probablement d’une allergie aux produits de dégradation de l’encre. Mieux vaut s’abstenir en cas de terrain allergique et plus encore d’allergies combinées. Le traitement d’une réaction allergique ? "Une pommade à base de corticoïdes le temps de la poussée, voire une infiltration au site du tatouage, puis si l’allergie se manifeste toujours un détatouage au laser", indique le Dr Nicolas Kluger, dermatologue à l’Hôpital Bichat (Paris) à l’occasion des Journées dermatologiques de Paris. Pas de surrisque de cancer cutané Par ailleurs, les nanoparticules d’encre passent, un peu, dans la circulation ce qui peut brouiller l’interprétation de ganglions (axillaires pour un tatouage du bras par exemple), cliniquement, mais aussi au PET-scan, créant des faux positifs sources d’inquiétudes et d’explorations complémentaires inutiles. Une certitude, le fait d’être tatoué n’augmente pas le risque de cancer cutané et "si le nombre des personnes tatouées présentant un cancer au niveau de leur tatouage s’accroît, c’est que le nombre de personnes se faisant tatouer est aujourd’hui plus élevé", tempère le Dr Kluger. Enfin, il n’est pas si facile (et sûrement coûteux) de se faire détatouer, au laser (nano et picosecondes), au rythme d’une séance tous les deux mois, parfois pendant plusieurs années (en fonction de la taille et des couleurs du tatouage).  

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