La multiplication des dosages thyroïdiens accroît les sur- et sous-traitements par lévothyroxine

20/10/2021 Par Pr Philippe Chanson
Endocrinologie-Métabolisme
Au cours des 20 dernières années, on a beaucoup insisté sur l’intérêt d’un traitement précoce des maladies thyroïdiennes et les dosages thyroïdiens sont donc facilement réalisés. Une étude danoise avait déjà montré que les bilans thyroïdiens avaient augmenté d’un facteur 2.5 entre 2001 et 2015. En conséquence, de plus en plus d’hypothyroïdies infracliniques sont mises en évidence.

Savoir s’il faut, et quand, traiter ces hypothyroïdies infracliniques reste un sujet débattu, ce d’autant que des méta-analyses récentes montrent que l’utilisation des hormones thyroïdiennes n’est pas associée à une amélioration de la qualité de vie en général ou des symptômes liés à la thyroïde. Malgré l’absence de bénéfices prouvés, le débat public est toujours bien là avec une « pression » de certains groupes (en particulier à hauts revenus) pour mettre en route un traitement. Ceci pourrait expliquer le déclin du seuil de TSH à partir duquel un traitement par lévothyroxine est mis en route pour une hypothyroïdie, passé au Danemark de 10 mU/l en 2001 à 6.8 mU/l en 2015. Une observation similaire a été faite au Royaume-Uni. Une équipe danoise a donc voulu analyser si les seuils de TSH plus bas pour lesquels étaient mis en route un traitement s’accompagnaient d’une augmentation du nombre de patients sur-traités. L’étude de cohorte rétrospective comprenait tous les habitants de Copenhague qui avaient eu une mesure de TSH à la demande de leur médecin généraliste conduisant à une nouvelle prescription de lévothyroxine entre 2001 et 2012. Le sur-traitement était défini comme une TSH < 0.1 mU/l et le sous-traitement par une TSH > 10 mU/l à l’occasion de 3 mesures consécutives. En tout, 14 533 initiations de lévothyroxine ont été incluses dans l’étude. Le risque cumulé d’être sur-traité était de 4.7 % et celui d’être sous-traité de 7.4 % sur 10 ans. Le risque de sur-traitement était supérieur chez les femmes et les jeunes adultes pour lesquels le niveau de TSH était inférieur. Le risque de sur-traitement diminuait au cours du temps entre 2001 et 2012. Parmi les sujets sur-traités, la chance de revenir à un niveau normal de TSH était d’environ 55 % après 10 ans. Chez 18 % des sujets, le traitement par lévothyroxine était initié alors que la TSH était < 5 mU/l. En conclusion, même si le seuil de TSH considéré comme justifiant la mise en route d’un traitement par lévothyroxine a baissé au cours du temps, le risque de sur-traitement et de sous-traitement est bas et s’est même encore abaissé entre 2001 et 2012 chez les patients Danois traités en soins primaires. Néanmoins, 18 % des sujets ont commencé le traitement par lévothyroxine alors que leurs concentrations de TSH étaient normales !

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Marie GILARDI

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