Dépistage de l’hyperaldostéronisme primaire : tenir compte de la forte variabilité du taux d’aldostérone sérique

30/05/2023 Par Pr Philippe Chanson
Endocrinologie-Métabolisme
Le dépistage de l’hyperaldostéronisme primaire (HAP) repose sur la mesure concomitante de l’aldostérone et de la rénine ainsi que sur le calcul du rapport aldostérone/rénine (RAR). Même si des recommandations pour la détection de ces HAP sont maintenant bien claires, on sait que l’HAP reste très largement sous-diagnostiqué, ce d’autant que les formes plus mineures d’HAP sont, semble-t-il, fréquentes et pourraient néanmoins augmenter le risque cardiovasculaire.
Les recommandations concernant le RAR et la mesure du seuil à partir duquel considérer un diagnostic d’HAP donnent des valeurs variables en fonction des recommandations et bien sûr des méthodes utilisées. Actuellement, la plupart des centres mesurent directement la rénine avec un dosage automatisé en chimiluminescence et les seuils diagnostiques du RAR avec ces dosages devraient être inclus dans les futures recommandations. La mesure de l’aldostérone est donc importante dans ce contexte. La concentration minimale d’aldostérone pour interpréter correctement le rapport varie entre 10 et 15 ng/dl (247 à 415 pmol/l) si l’on utilise les immunodosages actuellement disponibles. Mais on ne sait pas vraiment si le diagnostic est possible avec un seul dosage ou s’il est préférable de répéter ces dosages du fait d’une variation chez un même individu des taux d’aldostérone et donc du rapport aldostérone/rénine.

Cela a conduit une équipe brésilienne à évaluer le coefficient de variation de l’aldostérone et du rapport aldostérone/rénine sur un total de 671 mesures d’aldostérone et de RAR dans une cohorte de 216 patients ayant un HAP confirmé et qui avaient eu au moins 2 mesures. Le coefficient de variation intra-individuel médian de l’aldostérone était de 26.8 % et celui du RAR de 26.7 %. Presque 40 % des patients avaient au moins un taux d’aldostérone < 15 ng/ml, 19.9 % avaient au moins 2 mesures d’aldostérone < 15 ng/ml et 16.2 % avaient des taux moyennés d’aldostérone < 15 ng/ml. Si le seuil pour interpréter le dosage d’aldostérone et le RAR n’était plus de 15 ng/dl mais de 10 ng/dl, le taux de faux positifs pour le dépistage de l’HAP était de 14.3 % si une seule mesure de l’aldostérone était faite, de 4.6 % lorsque 2 mesures de l’aldostérone étaient réalisées et de 2.3 % lorsque l’on utilisait la moyenne des 2 mesures d’aldostérone. Si on considérait l’aldostérone minimale, le taux de vrais positifs était de 85.7 % pour le seuil d’aldostérone de 10 ng/dl et de 61.6 % pour le seuil de 15 ng/dl. Un RAR > 2 ng/dl/µUI/ml avait un taux de vrais positifs pour le diagnostic d’HAP de 94.4 % lorsqu’il reposait sur une seule mesure et de 98.4 % lorsque 2 prélèvements étaient réalisés. Le coefficient de variation de l’aldostérone et du RAR ne variaient pas en fonction du sexe, de l’utilisation de médicaments antihypertenseurs, de la latéralisation de l’HAP, de l’hypokaliémie et de l’âge et du nombre de mesures hormonales. En conclusion, les concentrations d’aldostérone ont une variabilité importante chez les patients ayant un HAP, ce qui peut aboutir à un taux élevé de faux négatifs si une seule mesure est faite pour dépister un HAP. Le dépistage de l’HAP doit donc reposer sur au moins 2 mesures séparées de l’aldostérone et de la rénine avec une mesure concomitante tant de l’aldostérone que de la rénine lors du même prélèvement.

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