Congrès des sociétés françaises de pédiatrie - Traumatismes crâniens : un biomarqueur pour guider la stratégie diagnostique

13/06/2018 Par Corinne Tutin
Pédiatrie

Le dosage de la protéine S100B pourrait faciliter l’évaluation du risque de lésions cérébrales et donc de la nécessité de recourir ou non au scanner.

Très fréquents chez l’enfant et débouchant souvent sur un recours aux services d’urgences, les traumatismes crâniens sont dans 95 % des cas légers. « Moins de 10 % de ces enfants ont une lésion intrâcranienne et moins de 1 % requièrent une intervention neurochirurgicale », a cité le Dr Fleur Lorton (Centre d’investigation clinique Inserm 1413, Nantes). Pour repérer les jeunes patients, chez lesquels un scanner cérébral doit être pratiqué, les recommandations de la Société française de médecine d’urgence et du Groupe francophone de réanimation et urgences pédiatriques sont, depuis 2012, d’utiliser la règle de décision clinique publiée par le Pediatric emergency care applied research network (Pecarn). Dotée d’une bonne valeur prédictive avec une sensibilité de 99 % à 100 %, cette règle classe les enfants avec un trauma crânien léger en trois niveaux de risque (faible, intermédiaire, haut), selon les données recueillies à l’interrogatoire et l’examen clinique. Reste que le taux de scanners effectués demeure relativement important : 5 à 35 % selon les études en adoptant cette stratégie. De nouvelles approches tentent donc de mieux évaluer le risque de lésion intracrânienne en se fondant sur des biomarqueurs. L’un les plus étudiés actuellement est une protéine de liaison au calcium, que l’on trouve dans les cellules astrogliales du système nerveux central et les cellules de la gaine de Schwann, la protéine S100B. Cette molécule à demi-vie relativement courte (120 minutes) intéresse chercheurs et médecins, car ses taux sériques s’élèvent rapidement en cas de rupture de la barrière hémato-méningée. Une méta-analyse entreprise chez des adultes a certifié que sa prise en compte permet de mieux identifier les patients à très faible risque de lésion intracrânienne. Ce qui débouche sur une réduction de 30 % des indications de scanner cérébral. « En Scandinavie, sa mesure est d’ailleurs aujourd’hui recommandée en pratique courante dans les traumas crâniens légers de l’adulte » souligne le Dr Lorton. Plusieurs études, entreprises chez l’enfant, laissent penser que la prise en compte de ce marqueur protéique contribue également à mieux évaluer le risque de lésion cérébrale. Mais, pour obtenir les meilleurs résultats (réduction tant des faux négatifs que des scanners inutiles), « il semble préférable de combiner ce dosage à la règle de décision clinique du Pecarn ». D’autres protéines à demi-vie plus longue autorisant peut-être un dosage plus tardif, comme la protéine acide fibrillaire gliale (Gfap), ou l’énolase neurospécifique (NSE) pourraient également avoir un intérêt diagnostique.

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