Aviscène, l'interne aux 60 000 fans : "J’ai découvert l’argent, les femmes… mais je suis resté droit dans mes bottes : j'ai pas fait radiologue"

30/07/2019 Par Yvan Pandelé

À 25 ans, il est sans doute le podcaster le plus connu des jeunes médecins et carabins, qui sont quelque 60 000 à le suivre sur Facebook. Auteur de vidéos au ton humoristique, mais où la dureté des études revient comme un leitmotiv, cet interne de Lille sait aussi faire preuve de pédagogie et de chaleur, comme pour expliquer son choix de la médecine générale. Portrait du phénomène Aviscène.   Dans l'une de ses pastilles vidéo, Aviscène égrène les profils de carabins : le "bien-pensant", qui aime les beignets au soja et les enfants ; le "mec franc", qui assume de vouloir "la thune et les meufs", "l'héritier", médecin de père en fils depuis huit générations, et le "J'sais pô", major malgré lui, qui a juste coché la case dans "admission post-bac"… Et lui-même, pourquoi a-t-il opté pour la médecine ? "Je me mets dans la catégorie des gens qui voulaient faire ça depuis toujours et qui ont eu la 'chance' d'avoir leur Paces", tranche-t-il. Une pause. "Et après j’ai été corrompu par la vie : j’ai découvert l’argent, les femmes… Mais bon, je suis resté droit dans mes bottes : j'ai pas fait radiologue." Tout Aviscène est dans cette entrée en matière : simplicité, franchise, autodérision, et une dose de provocation savamment calibrée. Une touche très générationnelle, puisée aux sources d'un Djamel Debbouze ou d'un Norman – deux humoristes dont il assume l'influence. Aujourd'hui interne en deuxième année de médecine générale à Lille, le podcaster connaît un succès non démenti depuis la fin de son externat : plus de 60 000 abonnés sur Facebook et 100 à 200 000 vues par vidéo… "On est arrivé à un stade où dans le milieu médical, à chaque fois que je vais dans un endroit, on me reconnaît", admet-il. Ce qui, tout bien pesé, n'est pas pour lui déplaire. .avi + scène = Avicenne Sa sociabilité est pour beaucoup dans ce succès, au sein d'un univers médical pourtant très éloigné de son milieu d'origine. "Mes parents ont au moins huit frères et sœurs chacun, j’ai toujours vécu entouré de monde, je suis habitué au contact simple", explique ce fils de Berbères chaouis. "J'ai grandi à Tourcoing, d'abord dans de petits HLM un peu pourris puis dans une maison en centre-ville." Son père, éducateur spécialisé, a émigré jeune en France, tandis que sa mère, professeur de mathématiques, a sauté le pas à l'âge adulte. À la maison, "on mange et vit algérien". Lui-même est musulman pratiquant. "On peut pas me le reprocher, non ?", s'inquiète-t-il soudain. "Bah en ce moment je suis à Roubaix, la moitié des gens le sont !", finit-il par balayer dans un rire. C'est d'ailleurs de la culture arabo-musulmane que lui vient... son pseudonyme, référence à l'illustre médecin perse Avicenne. C'est aussi un mot-valise qui résume ses passions : la vidéo (".avi" est un format de fichier) et la "scène". Il crée le personnage d'Aviscène en cinquième année de médecine, afin d'évoquer "les études et les galères d'étudiants" dans de courtes vidéos web. En fait en parallèle la découverte de la "vraie" scène au Spotlight, un café-théâtre de Lille. "J'ai commencé à faire des sketchs là-bas : ça marchait bien mais j'ai dû mettre en pause", raconte-t-il. "En très grande pause, même." L'internat se profilant, il a fallu privilégier la blouse blanche aux planches. À charge de revanche. Faites-moi des QCM, comme l'année dernière ! Après des études secondaires dans le privé – au collège-lycée du Sacré-Cœur, à Tourcoing – et un bac S mention bien, Aviscène débarque en faculté de médecine à Lille. Il a 16 ans, et le premier contact avec l'univers carabin est rude : le milieu lui paraît bourgeois et guindé, le rythme infernal, et surtout il manque sa Paces "à trente places près", sur près de 3000 étudiants. S'il se rattrapera l'année suivante en étant reçu dans les 100 premiers, l'épisode demeure parmi ses "pires souvenirs". C'est d'ailleurs un des leitmotive de ses productions, et une des raisons de sa popularité : sans rien perdre de sa bonne humeur, Aviscène a le front de dire sans fard combien les études médicales sont dures. Gratifiantes, parfois ; impitoyables, souvent. Comme dans ce sketch (ci-dessous) où il met en scène les affres du premier stage d'internat. "Hémoglobine à 6,5 : on fait quoi ? Il sature à 85 % sous 3 litres d'O2, on fait quoi ?? 450 cc au bladder, on fait quoi ???", s'enquiert l'infirmière. "– J'en sais rien moi, faites des propositions, des QCM, comme l'année dernière !", crie l'externe. Toutes ses prestations ne sont pas dans cette veine. Dans une de ses vidéos les plus populaires (ci-après), l'interne de Lille raconte... très sérieusement comment son rang aux ECN – aux alentours de 2400 sur 8763 – a bien failli lui "retourner la tête" et lui faire choisir une spécialité cotée, comme la cardiologie ou la radiologie. "[Les choix] les plus difficiles sont ceux qui vous obligent à rester fidèle à vous-même", conclut-il sur Facebook, après avoir expliqué pourquoi il persistait dans sa vocation initiale : la médecine générale. Vers une carrière de comédien ? Depuis quelques mois, Aviscène multiplie les formats : vulgarisation médicale (sur les vaccins, par exemple), témoignage (avec un interne agressé) ou vidéos en collaboration – celle où il interviewe Marine Lorphelin (Miss France 2013 et interne en MG) reste à ce jour son plus gros carton, avec 150 000 vues au compteur Youtube. Le ton se cherche, mais les propositions affluent : un partenariat vidéo avec What's up Doc, des chroniques dans les colonnes du Généraliste, quelques partenariats commerciaux, et surtout un "gros projet" pour l'année prochaine, encore secret. "Un truc de ouf", jure-t-il, sans feindre l'enthousiasme. Mais son vrai rêve reste du côté de la scène. Sans délaisser la médecine, il compte bien profiter de sa période de remplacement pour "bosser en fractionné" et profiter des opportunités que sa notoriété lui offre. "Mon objectif ultime ce serait de faire le comédien plus tard : être dans des séries ou des films, c‘est THE but", se prend-il à rêver, quelques étoiles dans la voix. Il confie avoir croisé le réalisateur Thomas Lilti il y a peu. "Il ne s'est rien passé mais c’était déjà ouf que je le mec sache que j’existe !", se reprend-il en riant. Tout à la fois grisé par ce qui lui arrive, et vaguement inquiet que la vague ne retombe…

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