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"J'ai toujours cru aux valeurs de la France, aujourd'hui je me sens épuisée" : le combat d'une Padhue

Pharmacienne biologiste dans la Manche, Amira Poquet a été recalée des dernières EVC, passées en voie interne. Et ce, malgré une note de 12/20 et la volonté exprimée par ses responsables de la titulariser. Epouse d'un médecin français, mère d'une jeune fille française, cette praticienne à diplôme hors Union européenne (Padhue) se retrouve aujourd'hui dans une impasse. Avec son autorisation, Egora publie ce témoignage.

18/05/2026 Par Amira Poquet
Padhue
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"Je me permets de vous écrire afin de dénoncer une situation que je considère profondément injuste.

Je suis pharmacien biologiste, Padhue, et j’exerce en France depuis fin 2019, actuellement dans le département de la Manche, en zone sous tension médicale. J’ai été pleinement mobilisée durant la crise du Covid-19 et, en parallèle de mon activité professionnelle, j’ai poursuivi un parcours de formation exigeant, incluant plusieurs diplômes français (DFMS/DFMSA, Master 2 recherche, deux DIU, et un autre en cours).

Dans tous les services où j’ai exercé, mes responsables ont exprimé leur volonté de me titulariser et de me garder au sein de leurs équipes. À ce jour, mon poste est officiellement ouvert pour moi, et je bénéficie du soutien clair et constant de mon chef de service ainsi que de l’ensemble de mon équipe en faveur de ma titularisation.

Cependant, le nombre de postes ouverts aux EVC reste systématiquement très inférieur au nombre de candidats. Cette année, une voie interne a été mise en place afin de permettre la validation d’un maximum de professionnels, sous réserve de remplir certains critères. Un recensement des besoins a été réalisé auprès des établissements pour les EVC 2025.

Or, nous avons constaté que, malgré les besoins réels exprimés par les structures, un nombre arbitraire de 25 postes a été fixé pour environ 50 candidats inscrits. De plus, aucune liste complémentaire n’a été prévue cette année, et le jury lui-même n’aurait pas été informé de cette possibilité.

Nous nous retrouvons ainsi dans une situation paradoxale : certains d’entre nous ont obtenu des notes supérieures à la moyenne (me concernant, plus de 12/20), sans pour autant être admis, alors même que nous occupons déjà des postes, assurons des responsabilités identiques à celles de nos homologues inscrits à l’Ordre (gardes, astreintes), et répondons à un besoin réel et documenté des établissements de santé.

Plus préoccupant encore, certains collègues actuellement en poste ont obtenu des moyennes élevées, parfois autour de 13/20, sans être admis, alors même qu’il s’agissait pour eux de leur dernière possibilité de se présenter aux EVC. Que vont-ils devenir ? Devons-nous envisager une reconversion alors que nous sommes déjà formés, expérimentés, validés par nos chefs de service et indispensables au fonctionnement des structures dans lesquelles nous exerçons ?

À titre personnel, j’ai même obtenu une autorisation d’exercice dans les DOM-TOM il y a deux ans*. Si je n’ai pas donné suite à cette opportunité, c’est en raison de contraintes familiales et professionnelles majeures : mon époux, médecin exerçant en France, n’était pas en mesure de me suivre, et son départ aurait eu des conséquences directes sur l’offre de soins locale, notamment sur l’activité d’un laboratoire de procréation médicalement assistée déjà en difficulté de recrutement dans le département.

Dès lors, une question se pose légitimement : que devons-nous faire de plus ?

Au-delà de l’aspect administratif, cette situation a un impact humain considérable. Les EVC nécessitent une préparation extrêmement intensive, qui s’ajoute à une activité professionnelle déjà exigeante. Cela empiète fortement sur notre qualité de vie, réduit drastiquement le temps consacré à nos familles et à notre bien-être, et s’inscrit dans une incertitude permanente quant à l’issue de nos efforts.

Je suis aujourd’hui pleinement intégrée en France : mon époux est médecin Français (de souche) exerçant en France, notre situation familiale et professionnelle est durablement ancrée sur le territoire, et notre enfant est Française. Ma procédure de naturalisation est en cours. J’ai toujours cru aux valeurs de la France, en particulier à celles d’un État de droit où le mérite et l’engagement sont reconnus.

Aujourd’hui, je me sens épuisée, moralement et physiquement, et surtout, j’ai le sentiment de ne pas être entendue.

Je vous remercie de l’attention que vous porterez à ce message et reste à votre disposition pour tout complément que vous jugerez nécessaire."

 

*L’autorisation d’exercice obtenue dans les DOM-TOM permet une inscription à l’Ordre et un exercice de plein droit dans ces territoires, mais ne permet pas d’exercer en métropole.

 
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