"Tous les patients doivent pouvoir aller voir leur spécialiste sans passer par le généraliste" pour Avenir Spé

26/03/2021 Par S. B.
Elections URPS
Les syndicats Avenir Spé et Le Bloc ont décidé de s'unir en vue des prochaines élections URPS. Ils partagent une vision commune de la médecine mais aussi de l'expertise des médecins spécialistes et de l'innovation. Pour Egora, le Dr Patrick Gasser, président d'Avenir Spé revient sur les points essentiels de leur programme comme la mise en place d'un médecin spécialiste référent ou la défense du secteur 2.
 

Egora.fr : La branche FMF spécialistes a annoncé avoir mandaté ses avocats à cause d'une irrégularité sur votre liste en Ile de France. Le syndicat vous reproche la présence du Dr Nicolas Crocheton sur une liste de spécialistes, alors qu'il est inscrit comme généraliste sur la liste Ameli des médecins conventionnés et sur celle du Conseil de l'Ordre. Que leur répondez-vous ? Dr Patrick Gasser : Je l'apprends par vous, déjà. Le Dr Crocheton est un urgentiste et les urgentistes ont été considérés comme des spécialistes. La question de savoir si les urgentistes étaient considérés comme des spécialistes a été posée à la commission nationale de vote électronique (CNVE). La réponse a été oui, de même que les allergologues par exemple. Le Conseil de l'Ordre considère que les urgentistes, les allergologues, les angiologues…sont une spécialité. Je ne sais pas où en est la FMF, mais elle va avoir quelques difficultés. Mais ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Il faut rester humble avant les élections.   Comment et pourquoi est née cette alliance avec le Bloc ? Le premier constat est qu'on s'est aperçu que depuis 20 ans, appartenir à la branche "spécialistes" d'une centrale polycatégorielle ne faisait pas beaucoup avancer la médecine spécialisée. On ne parle que de la médecine générale et on parle assez peu de la médecine spécialisée libérale. D'un côté il y a la médecine générale et de l'autre la médecine hospitalière, notamment publique. Au milieu il n'y a rien. On sait pourtant pertinemment qu'en ce qui concerne les maladies chroniques, 80% de la population est prise en charge par des spécialistes. Fort de ce constat et de ce que MG France a porté depuis de nombreuses années nous avons vu l'intérêt d'un syndicat monocatégoriel, comme c'est le cas pour MG.  La médecine générale a avancé surtout grâce à eux, et pas grâce aux autres. Le Bloc est également un syndicat monocatégoriel. On s'aperçoit également des avancés non négligeables, notamment sur le plan tarifaire, pour nos confrères chirurgiens. On se dit donc qu'il faut que les médecins spécialistes portent leurs voix et que ça ne soit pas d'autres qui le fassent à leur place. Les centrales polycatégorielles sont...

tiraillées entre médecine générale et spécialisée. C'est un grand écart permanent. La médecine générale a besoin d'être valorisée et je ne veux pas me mettre en opposition avec elle. Nous voulons juste affirmer ce que nous sommes. Nous voulons avec le Bloc, créer un grand syndicat de médecins spécialistes. Nous avons une dynamique commune. Nous ressentons les mêmes problématiques au travers de l'expertise et de l'innovation.   Vous voulez renforcer et garantir la pérennité du secteur 2. Avez-vous le sentiment que le secteur 2 est en danger ? Oui et c'est le cas depuis très longtemps. Nos politiques et beaucoup de députés veulent le faire disparaître. Certaines spécialités ne pourraient pas vivre sans le secteur 2. Les tarifs n'ont pas évolué depuis les années 1990. Lorsqu'on a mis la CCAM en place, le tarif cible qu'on n'avait fixé n'était pas atteint en 2004. On a atteint le tarif cible pour les ophtalmologues il y a à peine deux ans. Et on l'a obtenu en négociant des baisses de tarif sur d'autres actes. Ça ne va plus. Il faut un espace de liberté. Le secteur 2 est remis en cause au travers de la réforme des études médicales. Le Dr Junior ne pourra pas y avoir accès. Il n'aura pas les titres et travaux pour accéder au secteur 2. Ça n'est pas admissible. Il en va aussi de la pérennité de nos cabinets. Nous nous battrons pour la continuité du secteur 2 et pour que les jeunes puissent y avoir accès. C'est fondamental et c'est parce que les tarifs ne sont pas à la hauteur. Dans ma spécialité ils n'ont pas augmenté depuis 1993.  Une étude a démontré que plus on augmente les tarifs plus les dépassements d'honoraires diminuent. Notre programme est un programme socle. Si on veut redonner de la confiance à nos professionnels de santé libéraux il va falloir faire du rattrapage. On a un programme simple et réaliste. Les autres proposent de renverser la table. Pourquoi ils ne l'ont pas fait avant.   Vous dites que les spécialistes devraient être une des portes d'entrée dans le parcours de soins. C'est l'idée d'un médecin spécialiste traitant que vous défendez ? Non pas du tout. Je parle plutôt de spécialiste référent. Ça change tout. Dans des périodes données, le spécialiste devient le référent d'un patient. Un patient qui a un asthme sévère avec un BPCO chronique, son référent c'est le pneumologue. Il y a plusieurs entrées au parcours de soin. L'une d'elle peut être faite par un médecin spécialiste. Tous les patients en ALD notamment doivent pourvoir aller voir leur spécialiste sans passer par le généraliste et sans retenue sur leurs remboursements. Et cela ne signifie pas que ça va nuire à la coordination et à la prise en charge des patients. Les spécialistes sont les seuls à faire systématiquement des lettres dès qu'ils voient un patient. Donc c'est bien un outil de coordination. Les malades me le demandent. Et mes collègues généralistes n'en prennent pas ombrage...

On discute ensemble sur la prise en charge de tel ou tel patient. Les référentiels de prise en charge changent en moyenne tous les trois ans. Pensez-vous que, lorsqu'on fait de la médecine générale, on connait à chaque fois tous les référentiels sur telle ou telle pathologie ? Nous, spécialistes, avons déjà du mal dans nos propres spécialités. C'est donc une mesure qui est plutôt au bénéfice des patients. Il ne s'agit pas du tout de nous opposer à nos confrères généralistes.   Cette proposition s'adresse à tous ou uniquement aux patients en ALD ? A tous. Nous avons tous le droit à la même prise en charge.   Vous proposez de renforcer le rôle des spécialistes dans la gestion des crises. Comment ? Il faut que les spécialistes aient une plus grande participation dans la gestion des crises. Aujourd'hui on déprogramme un grand nombre d'interventions. Certains services ne sont pourtant pas en tension, et les médecins spécialistes n'ont pas été consultés. Il faut qu'ils participent de façon plus active. Quand on parle de médecins spécialistes il ne faut pas s'adresser qu'aux fédérations hospitalières. Elles ne nous représentent absolument pas mais sont consultées sur toutes les problématiques de la médecine spécialisée. Ça n'est pas à elles de répondre. Les médecins spécialistes doivent reprendre leur place.   Le programme d'Avenir Spé - Le Bloc à lire en intégralité : Elections URPS 2021 : Les médecins spécialistes à l’offensive

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