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"Nous sommes devenus la poubelle de la médecine de ville" : 24 heures en "enfer" avec une urgentiste

Après une éprouvante garde aux urgences, le Dr Mathilde Winter, urgentiste dans le Vaucluse a eu besoin de coucher sur le papier ces 24 heures d'"enfer". Passionnée par son métier, la praticienne y décrit la lassitude et le désespoir d'exercer un métier qui a perdu sa reconnaissance et qui devient de plus en plus pénible à exercer, faute de moyens et de personnel.

"J’arrive en garde un samedi matin. En entrant dans le service, je sens déjà que la garde va être compliquée. Je vois des brancards partout dans les couloirs, des personnes en attente sur des chaises… J'entends une sorte de brouhaha entre les gémissements des personnes âgées dans des lits, les bips des scopes, les pas des infirmières qui essayent de faire le tour des constantes de toutes ces personnes qu’il faut surveiller en plus des nouvelles arrivées, à qui il faut faire des bilans, des pansements, des soins...

Je me dirige dans le bureau médical et mon impression était bonne, le tableau est plein. Plus d’une vingtaine de personnes sont présentes dans l’enceinte des urgences et certaines sont là depuis plus de 48h (le record, 50h de présence dans les urgences...). Un instant, j'ai l’envie furtive de repartir, de tout laisser et de rentrer chez moi car je sais que les prochaines 24h vont être éprouvantes...

Mon impression se confirme au fil de la journée. Il y a d’abord la relève de tous ces patients de la veille ou même parfois de l’avant-veille qu’il faut réévaluer, orienter et surtout pour qui médicalement rien n’est plus à faire mais qui stagnent dans les urgences par manque de place dans les services. La matinée passe finalement vite car rien que le fait de gérer ces patients-là prend un temps fou. Il faut faire le tour des lits de l’hôpital, essayer dans d’autres structures, appeler l’administrateur de garde car à 13h, les sorties des étages sont faites, les lits déjà pris et l’UHCD déjà pleine...

De moins en moins de "vraies urgences"

On m’explique que l’on va mettre l’hôpital en « tension », j’appelle le Centre 15 en leur disant d’essayer de détourner les entrées vers d’autres urgences mais le constat est le même partout, toutes les urgences de la région sont dans le même état que nous. Et puis « mazel tov » l’administrateur me rappelle pour me dire qu’il a réussi à libérer...UN lit en HDJ de gériatrie...UN lit alors que j’ai déjà une dizaine de personnes encore à hospitaliser dans les urgences et que je ne compte pas celles qui continuent d’arriver car il n’est QUE 13h...

Arrivent une femme en état d’acidocétose diabétique très grave puis un patient en détresse respiratoire qu’il faut intuber... Deux transferts en réanimation avec une équipe d’Avignon qui vient les chercher l’un pour la réa d’Avignon et l’autre pour Salon de Provence...Un état d’alerte maximum pour les équipes déjà sous tension mais au moins, enfin des « vraies » urgences noyées dans un flot incessant d’entrées pour des motifs qui ne relèvent pas de « l’urgence ». Le sentiment retrouvé de...

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