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"L'IA a tendance à donner raison au patient" : quand ChatGPT transforme les consultations médicales

De plus en plus de patients arrivent chez leur médecin après avoir consulté ChatGPT sur leurs symptômes. Trois généralistes racontent à Egora comment l'IA redessine la relation médecin-patient et oblige les soignants à adapter leur pratique.

16/06/2026 Par Isabelle Veloso Vieira
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Maux de ventre, douleurs, rhume persistant… De plus en plus de patients utilisent l’IA générative pour répondre à leurs questions de santé. Ils seraient 45%, d'après une étude réalisée par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès auprès de soignants et de 8000 patients, en mai 2026. Ce phénomène se confirme dans les cabinets médicaux. 

"C’est fréquent qu’un patient me dise qu’il s’est informé sur ses symptômes ou sa pathologie via l’IA avant de venir en consultation, affirme le Dr Pierre de Bremond D’Ars, médecin généraliste dans un centre de santé à Malakoff (Hauts-de-Seine). Et cela va arriver de plus en plus." Dans le cabinet de la Dre Natacha Regensberg de Andreis, généraliste installée dans le 17ème arrondissement de Paris, c’est quasiment systématique, même s’ils ne mentionnent pas spécifiquement l’IA, mais internet. "Pour les plus âgés, c’est Google et pour les jeunes, c’est l’IA", résume la médecin. Une réalité confirmée dans l’étude de Doctolib et de la Fondation Jean-Jaurès : 75 % des 18-24 ans disent utiliser l’IA, contre 13 % des 75 ans et plus.

Avec cette "personnalisation à l'extrême de l'information", "les patients vont adhérer et croire plus facilement à l’interprétation de l’IA"

Selon les médecins interrogés, les patients arrivent avec différents arguments. Certains vont simplement dire qu’ils se sont fait peur, d’autres présentent le résultat de leurs recherches et vont même suggérer un autre traitement. Natacha de Regensberg de Andreis se souvient de cette patiente mordue par une tique, "persuadée de devoir prendre des antibiotiques pour ne pas contracter la maladie de Lyme, alors que ce n’était pas nécessaire".

Ces situations ne sont pas nouvelles. L’émergence d’internet et des forums avaient déjà augmenté le nombre de patients arrivant avec des idées préconçues en consultation. "Et avant ça, c’était la gardienne, le voisin ou le cousin", relève la généraliste parisienne. Pour le Dr Nicolas Camus, médecin généraliste à Bordeaux, l’effet des forums et de Google était encore plus néfaste. "Les patients pouvaient être confrontés à des photos qui faisaient peur. Alors que l’IA est plus factuelle et propose parfois des choses pertinentes, même si elles ne sont que partiellement vraies."

La différence repose sur la capacité de l’IA à personnaliser la réponse donnée aux patients, avec un ton faussement empathique. "Cette personnalisation à l'extrême de l'information interroge parce que les patients vont adhérer et croire plus facilement à l’interprétation de l’IA sur leur maladie ou symptômes, s’inquiète Pierre de Bremond D’Ars. Et là, ce sera plus compliqué pour le médecin à désamorcer."

"L’IA ne prend pas en compte l’examen clinique et les antécédents médicaux du patient"

Pour ne pas braquer le patient, les soignants se placent dans une position d’écoute. "Je vois ce recours à l’IA comme une base de discussion", envisage Nicolas Camus. Le praticien de 46 ans ne s’arrête pas sur le diagnostic posé par l’IA, mais reprend les symptômes et l’examen clinique avec les patients. "Je prends le temps de réexpliquer les symptômes de façon plus précise aux patients. Je leur détaille leur prise en charge en appuyant mes arguments sur des sources médicales vérifiées et plus fiables que l’IA."

Cet exercice prend du temps et rallonge les consultations. "L’IA propose souvent des diagnostics plus lourds qui nécessitent des examens importants, constate Natacha Regensberg de Andreis. Donc il faut expliquer aux patients pourquoi notre diagnostic est différent." Mais cela fonctionne. La généraliste a noté une baisse de l’anxiété des patients lorsqu’ils échangent sur le diagnostic posé par l’IA. "L’IA délivre un diagnostic d’emblée, ce qui peut être violent pour le patient et provoquer de l’anxiété, analyse la médecin. Dans la vie courante, on ne délivre jamais des diagnostics génétiques ou anatomopathologique aux patients sans leur expliquer.” 

Dans des situations plus dramatiques, lorsque Pierre de Bremond D’Ars perçoit un risque de glissement vers un arrêt des soins, il s’attache à garder le lien avec le patient en restant dans une posture empathique. "Je leur dis comprendre que ChatGPT est important pour eux mais je leur rappelle que c’est un outil algorithmique et non un humain, explique le docteur. Car l’IA a tendance à donner raison au patient donc si ce dernier oriente ses questions sur l’arrêt d’un traitement, cela peut devenir dangereux."

Ces échanges sont l’occasion pour les médecins de faire de la pédagogie. "Je leur explique que la façon dont ils posent la question à l’IA et les éléments qu’ils lui donnent influencent la réponse de l’algorithme, résume Nicolas Camus. Et surtout, l’IA ne prend pas en compte l’examen clinique et les antécédents médicaux du patient. Sa réponse sera donc incomplète." Les médecins interrogés se sont formés à l’IA, à la fois pour leur usage professionnel afin de les aider dans leurs tâches, notamment administratives, mais aussi pour "se mettre au niveau de leurs patients", confie Natacha de Regensberg de Andreis. "C’est notre rôle en tant que soignant de continuer à nous informer sur ces outils pour en exposer les limites ou les intérêts -si on en trouve- aux patients", abonde Pierre de Bremond D’Ars.

"Si les études de médecine sont aussi longues, ce n’est pas un hasard"

Ainsi, les patients seront plus réceptifs aux arguments des médecins. "Ils voient que l’on est pas pris en défaut par ce qu’ils disent ou par l’IA et que l’on ne réagit pas de façon brutale", appuie Nicolas Camus. Leur rôle de médecin n’est donc, selon eux, pas remis en cause. "Je ne l’ai jamais mal pris que mes patients aillent demander des informations ailleurs, continue le médecin. La relation médicale a de toute façon changé depuis 15-20 ans. Elle n’est plus descendante mais horizontale." Les échanges de savoirs entre patients et soignants priment sur la figure du médecin sachant. "La médecine d’aujourd’hui n’obéit plus à un modèle paternel. On est dans une prise de décision partagée", ajoute Pierre de Bremond D’Ars. L’IA devient donc une façon d’engager une conversation avec les patients. 

Pour autant, Nicolas Camus considère que le médecin doit garder "une position d’expert" en réalisant un examen et un interrogatoire médical précis. "Si les études de médecine sont aussi longues, ce n’est pas un hasard. Elles nous permettent d’engranger plein de situations cliniques, de regards et d’attitudes de patients pour affiner nos compétences."

D’autant plus que les IA sont entraînées sur des bases de données biaisées qui ne reflètent pas la population générale. Les études sur lesquelles l’IA va s’appuyer pour délivrer un diagnostic ne sont, pour la plupart, pas réalisées sur des femmes enceintes, des enfants, des personnes âgées ou en phase de transition de genre. La réponse ne sera donc pas adaptée à la personne en face. "Quand l’on est médecin, nous avons ces biais en tête donc on adapte nos prises en charge", rappelle Pierre Bremond D’Ars.

Les échanges avec le patient sont donc au cœur du diagnostic médical. Certes, les soignants s’aideront davantage d’outils d’intelligence artificielle. "Mais la décision finale restera toujours entre le patient et le professionnel de santé en face de lui", conclut le docteur.

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Herve  Koskas

Herve Koskas

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Nous restons dans le gre à grè. L information doit etre claire: pas de surprise ; pas de dessous de table; c'est le but du S2 !. ... Lire plus

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