Coronavirus : "Au moindre grain de sable, on sera incapable de gérer"

27/02/2020 Par S. B.
Santé publique
Alors que le dernier bilan du coronavirus en France s'établit à deux morts, onze guérisons et quatre malades toujours hospitalisés, 108 hôpitaux ont été activés pour répondre à une éventuelle épidémie. Ces établissements sont-ils prêts à faire face à un afflux de malade et à répondre à la psychose qui commence à s'étendre ? Pour l'heure, les équipes n'ont "pas le sentiment d'être préparées".
 

"L'hôpital est à flux tendu. Les personnels sont à saturation. Nous n'avons pas le sentiment d'être préparés à l'épidémie de coronavirus. Rien de concret n'a été activé. A aucun moment on a stimulé les personnels", s'alarme le Dr Thierry Teillet, praticien hospitalier au centre hospitalier de Melun. Pourtant, l'établissement du Dr Teillet fait partie des 107 hôpitaux "activés" pour prendre en charge les patients atteints de coronavirus.

38 hôpitaux de niveau 1, essentiellement des CHU, ont d'abord été mobilisés pour gérer le premier stade d’une éventuelle épidémie. Ils ont été rejoints par 70 autres établissements de niveau 2, avec au moins un centre de référence par département. Une décision prise par le nouveau ministre de la Santé Olivier Véran après une réunion d'urgence autour d'Édouard Philippe à Matignon.   "Je ne vois pas comment on peut faire plus avec moins" "Le gouvernement est à la manœuvre, mais ensuite ça sera aux hôpitaux de gérer", s'énerve le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) qui déplore...

une absence de moyens. "La loi de financement ne nous permet déjà pas de maintenir les moyens existants. Je ne vois pas comment on peut faire plus avec moins", s'agace-t-il. Pour l'instant, aucune dotation spécifique n'a été allouée aux établissements hospitaliers pour répondre à la menace de coronavirus.

Les 107 hôpitaux "activés" répondent à plusieurs critères. "Ils sont sièges de Samu, sont capables de pratiquer des analyses biologiques et ont un service de maladies infectieuses. C'est là que les patients seront pris en charge, sans passer par les urgences", explique Alexis Thomas, directeur de cabinet de la Fédération hospitalière de France (FHF). "Nous avons effectivement un laboratoire de biologie de niveau 3 en version bactériologique, mais nous n'avons pas les équipes nécessaires pour la virologie. Nous avons eu une réunion ce lundi avec le chef du labo. Selon lui, nous ne sommes pas en mesure de réaliser les analyses virologiques", s'inquiète le Dr Teillet.   "Il n'y a pas de lit" Mise en place très rapidement, l'organisation des services en cas de venue de patients infectés reste floue. "La force de l'hôpital public est de savoir répondre aux crises sanitaires. L'hôpital est en première ligne. Les personnels hospitaliers sont formés à un certain nombre de process. Il y a une vraie organisation dans les hôpitaux", se félicite la FHF sans rentrer dans le détail. Un guide méthodologique a été mis au point par le ministère de la Santé. Destiné aux professionnels de santé, il a pour objectif d’accompagner les soignants "dans leur démarche locale pour se préparer à la prise en charge d’un patient classé cas suspect, possible et confirmé du nouveau coronavirus", indique le document.

"L'hôpital est sous tension et a déjà du mal à assurer le quotidien. Nous ferons face au coronavirus mais...

dans une situation très tendue", analyse le Dr Christophe Prudhomme. "Un grain de sable dans ce système et nous serions incapables de gérer. Le temps d'attente aux urgences est déjà monstrueux. Il n'y a pas de lits", abonde le Dr Thierry Teillet.     "Ambiance électrique" Car au-delà du soin, la problématique de la contamination pose question. "Aux urgences, les précautions sont prises. L'information est passée. Il y a très vite un processus de confinement qui va se mettre en place en cas de suspicion d'infection", rassure Alexis Thomas. Des propos démentis par Christophe Prudhomme qui constate déjà "une ambiance électrique" dans les services. "On n'applique déjà plus les mesures de précaution pour les premiers cas. Avant, dès la moindre suspicion, on hospitalisait. Aujourd'hui les critères sont plus souples. Si l'épidémie est avérée, il faudra changer de stratégie avec un confinement à la maison", réagit l'urgentiste. "On nous demande de nous organiser et gérer le circuit des patients infectés. On se demande encore comment on va faire. Tout cela sans renfort de personnel. Il va falloir condamner des box. Cela va bloquer les équipes, sachant qu'il faudra du personnel dédié au coronavirus pour éviter les contaminations. Pour l'instant, les lits sont occupés. Si on ouvre des lits, il va nous falloir du renfort", prévient le Dr Teillet.   En cas d'épidémie massive, "les plans blancs des établissements seront activés. A ce moment là on ouvrira des capacités d'hospitalisation, on déprogrammera de l'activité, on rappellera du personnel supplémentaire", affirme la FHF. Quant à la protection des soignants, plusieurs millions de masque FFP2, efficaces pendant trois heures et destinés aux professionnels en contact étroit avec des malades, auraient été commandés par le ministère de la Santé.

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