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"Affaire de la sextape" : l'ancien médecin du Sénat interdit d'exercer durant 6 mois

Dans une décision rendue le 19 mai, dont Egora a obtenu copie, la chambre disciplinaire régionale de l'Ordre des médecins d'Ile-de-France a jugé que le Dr El Hassan Lmahdi, poursuivi par le président du Sénat Gérard Larcher, avait violé le secret médical, déconsidéré la profession et manqué à son devoir de probité.

01/06/2026 Par Aveline Marques
Déontologie
Sénat

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En révélant à sa hiérarchie, en octobre 2023, l'existence d'une "sextape" impliquant un sénateur, le Dr El Hassan Lmahdi, alors chef de service du cabinet médical de l'institution parlementaire, ne pouvait imaginer que la situation se retournerait contre lui. Le généraliste, qui entendait ainsi dénoncer le comportement de sa secrétaire - amante de l'élu en question, a non seulement été licencié pour faute grave, mais vient d'être sanctionné par la chambre disciplinaire de première instance de l'Ordre des médecins. 

Alors que "l'affaire de la sextape" était amplement relayée par la presse, le président du Sénat, Gérard Larcher, a en effet porté plainte devant l'Ordre des médecins. Il reproche en premier lieu à El Hassan Lmahdi d'avoir exercé une activité en parallèle de ses fonctions au Sénat. Licencié pour cette raison, le médecin se serait ensuite lancé dans "une campagne diffamante" ayant pour objet de discréditer" la chambre haute "en faisant naître un scandale" autour de la vidéo intime, en commentant la vie sexuelle des sénateurs (prescriptions de viagra, bilans MST, "parties fines"…) et en tenant des "propos allusifs" sur la santé de Gérard Larcher dans l'émission de Cyril Hanouna. 

Enfin, le généraliste est également accusé par Gérard Larcher d'avoir violé le secret médical en évoquant dans la presse l'état psychologique de l'ancien sénateur Joël Guerriau, à qui il avait délivré un arrêt de travail à la suite de sa garde à vue*. 

A l'audience, l'avocat d'El Hassan Lmahdi avait notamment fait valoir que les propos tenus à la télévision par son client ne visaient nommément aucun sénateur et que Joël Guerriau l'avait autorisé à évoquer son état de santé. Enfin, si El Hassan Lmahdi disait croiser "régulièrement" Gérard Larcher, c'est parce que leurs logements de fonction respectifs se trouvaient dans le même immeuble, avait-il soutenu. 

Des arguments qui n'ont pas convaincu la chambre disciplinaire d'Ile-de-France. Si un patient peut révéler librement une information le concernant couverte par le secret médical, il ne peut "demander à son médecin de le faire", rappelle la décision. En outre, en évoquant la vie sexuelle des sénateurs, "alors même que les parlementaires concernés n'ont pas été nommés, le Dr Lmahdi, outre son manque de délicatesse, a méconnu le secret médical qui implique […] que le praticien ne doit pas faire état de ce qu'il aurait pu voir ou entendre dans l'exercice de ses fonctions", souligne la chambre disciplinaire. 

Elle considère également que le public "pouvait induire de ses propos le fait que le Président du Sénat consultait régulièrement le praticien pour des motifs médicaux". Les propos "tenus sur le ton de la moquerie" "revêtent un caractère particulièrement dénigrant envers l'institution parlementaire et portent atteinte à la dignité de ses membres", charge encore la juridiction disciplinaire, qui reproche à Hassan Lmahdi d'avoir "méconnu le principe de moralité". Enfin, en manquant à ses "obligations contractuelles", il a méconnu le principe de "probité". 

Plus généralement, la chambre disciplinaire de première instance considère que l'ancien médecin du Sénat a déconsidéré la profession et a prononcé à son encontre une interdiction d'exercer la médecine pour une durée d'un an, dont six mois avec sursis. Une sanction applicable à compter du 1er septembre prochain, dont le médecin peut faire appel. Contacté par Egora, son avocat n'a pas encore réagi. 

 

*Joël Guerriau a été condamné en janvier dernier à quatre ans de prison, dont dix-huit mois ferme, pour avoir drogué la députée Sandrine Josso dans le but de l’agresser sexuellement ou de la violer. Il a fait appel. 

Faut-il instaurer une attestation d'honorabilité pour tous les médecins ?

FRANCOIS CORDIER

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