Médecin et avorteur en 1910 : retour sur le scandaleux procès du Dr Long-Savigny | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

Médecin et avorteur en 1910 : retour sur le scandaleux procès du Dr Long-Savigny

Depuis la révocation par la Cour suprême des Etats-Unis de l'arrêt Roe v. Wade, en juin dernier, les médecins américains qui pratiqueraient l'avortement sont menacés de poursuites dans une dizaine d'états. Par le passé, des médecins français se sont eux aussi retrouvés sur les bancs des accusés pour de tels faits. En 1910-11, l'arrestation puis le procès du Dr Georges Long-Savigny, éminent médecin de Biarritz, pour "avortements en série" a défrayé la chronique.

 

26 décembre 1910. L'aube pointe sur la rue du Champ-Lacombe, à Biarritz, lorsque débarquent un commissaire et deux agents de police. Les trois hommes se mettent en planque. Les yeux rivés sur la "Villa Dominique", ils se tiennent prêts à bondir sur son occupant. Mais les heures passent sans ce que ce dernier ne se montre. A bout de patience, les policiers lancent l'assaut à 9h30 : le Dr Georges Long-Savigny, éminent médecin de la commune, est interpellé, inculpé et placé en détention. Son crime : avoir pratiqué un avortement sur une certaine Marthe Labeguerie, 31 ans. Un crime puni par le code pénal depuis 1810.

 

Une lettre anonyme

La nouvelle fait immédiatement scandale. Car le Dr Long-Savigny, 53 ans, est non seulement "l'un des médecins les plus reconnus et les plus respectés de Biarritz", mais aussi une figure politique locale. Membre du parti radical-socialiste, il a été durant quatre ans le premier adjoint du maire Pierre Forsans. Après avoir dirigé l'Assistance publique, l'état civil et les mœurs, Georges Long-Savigny venait d'être nommé à la tête du Bureau municipal d'hygiène et de salubrité publique.

Tout est parti d'une lettre anonyme, parvenue au parquet de Bayonne quelques semaines auparavant. Marthe Labeguerie, "ménagère", y est accusée d'avoir fait "passer" son bébé alors qu'elle était enceinte de 3 mois. Arrêtée le 20 novembre, elle confesse un mois plus tard le nom du faiseur d'ange auquel elle a fait appel, indiquant l'avoir rémunéré "50 francs"* : le Dr Long-Savigny lui aurait été recommandé par plusieurs personnes. Le médecin nie fermement, reconnaissant simplement qu'il l'a prise en charge pour une autre raison. Le praticien est en effet réputé pour pratiquer la gynécologie, et prodiguer des soins à tous les patients, quels que soient leur statut social. Mais une lettre retrouvée lors des perquisitions atteste d'une complicité entre le médecin et sa patiente.

 

La vengeance d'une "fille publique"

L'affaire ne s'arrête pas là. L'enquête permet d'identifier et d'interpeler d'autres patientes avortées par le Dr Long-Savigny moyennant 50 à 200 francs* : Marie, Marguerite, Victorine, Pauline… La plupart sont des jeunes filles qui se retrouvées imprudemment dans une "position intéressante", ou des femmes mariées qui ne voulaient pas d'un autre enfant à charge. Le médecin aurait aussi dépanné une "demi-mondaine" ainsi qu'une danseuse espagnole, du nom de "Pépita", disparue sans laisser de traces. Les premiers faits datent de 1903. Deux hommes sont également arrêtés et inculpés pour complicité d'avortement : un riche...

9 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

Aujourd'hui dans l'actu

Gestion du cabinet

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…