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"Nous sommes la profession la plus surveillée" : les syndicats de médecins dénoncent "l'affront" du président de la Mutualité

"Le médecin est la seule personne en France à pouvoir prescrire de l'argent public sans contrôle", indiquait le président de la Mutualité, dans les colonnes d'Egora, appelant à poser dans le débat public la question de la pertinence des prescriptions. Une déclaration qui a suscité la colère de l'Ordre des médecins, et désormais de plusieurs syndicats, la jugeant "insultante".

02/02/2026 Par Louise Claereboudt
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"Lorsqu'[Éric Chenut] fait cette déclaration, il sait très bien qu'elle est fausse. Il la fait soit sur ordre […] soit pour son intérêt propre. Dans les deux cas, je ne ferai pas l'affront à Monsieur Chenut de penser qu'il ne connaît pas le fonctionnement du système ni ses rouages", lance le Dr Jérôme Marty, président de l'UFML, dans une vidéo postée il y a deux jours sur Facebook. Le généraliste réagit vivement aux propos du président de la Mutualité française tenus dans le cadre d'une rencontre avec Egora.

Dans cet article, le président de la Mutualité Éric Chenut évoque son parcours, ses ambitions mais aussi plusieurs pistes pour réformer le système de santé. Parmi elles : améliorer la pertinence des prescriptions. "Si on harmonise les prescriptions à partir des référentiels validés, on peut redéployer 15 à 20 milliards, ça vaut peut-être le coup quand on voit le niveau de déficit de l'Assurance maladie", soumet le président de la Mutualité, évoquant des "soins parfois redondants ou inadéquats"

"Ça ne grève en rien la liberté de prescription, puisque le médecin a toujours la liberté de déroger en le justifiant simplement", poursuit Éric Chenut, selon qui "le médecin est dans une situation atypique : c'est la seule personne en France à pouvoir prescrire de l'argent public sans contrôle".

Pour le président de l'UFML, comme de nombreux médecins qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux, cette déclaration est erronée. "Nous sommes la profession la plus surveillée. […] Chacun de nos actes est scruté, mesuré, sous-pesé. Nous faisons l'objet de pénalités pour certains d'entre nous, de tribunaux pour d'autres. On a jusqu'à des médecins qui se flinguent [à cause de] cette surveillance trop importante de l'administration", lâche Jérôme Marty, qui aurait obtenu un rendez-vous avec le président de la Mutualité mercredi 4 février. 

Dans un billet publié sur le site de la FMF, le Dr Bassam Al Nasser dénonce également une "interprétation erronée et réductrice du rôle du médecin". "Depuis plusieurs semaines, la Mutualité française cherche à imposer un récit simplificateur : la hausse continue des cotisations des complémentaires santé serait la conséquence quasi mécanique d'un système à bout de souffle, grevé à la fois par des décisions politiques jugées injustes… et par des professionnels de santé implicitement présentés comme des prescripteurs irresponsables 'd'argent public sans contrôle'", écrit-il.

"Pointer les médecins permet surtout d'éviter de poser la question centrale : que font réellement les mutuelles de l'argent des cotisants ?"

"Cette rhétorique appelle une réponse claire et ferme, tant elle est inexacte, biaisée, et potentiellement préjudiciable à la cohésion du système de soins", ajoute cet adhérent au syndicat, qui rappelle à son tour que la prescription est "l'un des actes les plus encadrés du système public". "Les médecins libéraux exercent sous une contrainte réglementaire et financière permanente, souvent au détriment de leur autonomie clinique."

Pour l'auteur de ce billet, le discours du président de la Mutualité contribue à "opposer médecins et patients, en laissant entendre que la prescription serait avant tout une dépense à contenir plutôt qu'un acte de soin. Cette vision comptable est non seulement réductrice, mais dangereuse : elle fragilise la relation de confiance, déjà mise à mal par la pénurie médicale, la surcharge administrative et la perte de sens". Une vision partagée par le Dr Frédéric Villeneuve, président de la FMF-Gé, qui dénonce, sur LinkedIn, ce "médecin bashing"

Pour Bassam Al Nasser, cette déclaration d'Éric Chenut constitue aussi une "stratégie" visant à renverser la "responsabilité" sur autrui. "Les mutuelles refusent d'absorber la moindre contrainte, alors même qu'elles se posent en pilier indispensable du système", souligne-t-il, évoquant la hausse des cotisations des complémentaires santé malgré le gel tarifaire voté dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. "Pointer les médecins permet surtout d'éviter de poser la question centrale : que font réellement les mutuelles de l'argent des cotisants ?"

S'il partage avec Éric Chenut "l'obligation d'optimiser la dépense de santé", "qu'elle soit financée par de l'argent public ou par des cotisations individuelles", le syndicat MG France estime, dans un communiqué diffusé vendredi 30 janvier, que "le ratio entre le montant des remboursements et le montant des primes versées, notamment aux assureurs complémentaires, […] mérite d'être soigneusement étudié dans un souci d'efficience".

"Contrairement aux contrats d'assurance, chaque patient que le médecin généraliste prend en charge est différent du patient suivant", il "est, de ce fait, complexe de normer les pratiques", poursuit le syndicat, selon qui, en revanche, "il devrait être possible de pouvoir comparer facilement les pratiques assurantielles pour que chaque contributeur sache précisément ce qu'il finance par ses cotisations".  

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