"L'avenir de notre système solidaire ne se construira pas contre les médecins" : l'Ordre recadre le président de la Mutualité
Dans un communiqué de presse diffusé ce vendredi, le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) réagit vivement aux propos tenus par le président de la Mutualité française dans le cadre d'une rencontre avec Egora. L'institution ordinale affirme rejeter "toute tentative de dévalorisation ou de dilution du rôle médical".
"Affirmer que 'tout ne doit plus nécessairement passer par le médecin' ou que celui-ci serait 'le seul à pouvoir prescrire de l'argent public sans contrôle' constitue une lecture réductrice et, surtout, dangereusement éloignée, voire légèrement méprisante, de la réalité de l'exercice médical", dénonce le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom), dans un communiqué de presse diffusé ce vendredi 30 janvier. Une réponse au portrait du président de la Mutualité française paru ce jour sur Egora.
Dans cet article, le président de la fédération d'entreprises mutualistes Éric Chenut évoque notamment plusieurs pistes pour réformer le système de santé. Parmi celles-ci : améliorer la pertinence des prescriptions. "Si on harmonise les prescriptions à partir des référentiels validés, on peut redéployer 15 à 20 milliards, ça vaut peut-être le coup quand on voit le niveau de déficit de l'Assurance maladie", soumet le président de la Mutualité, évoquant des "soins parfois redondants ou inadéquats".
"Ça ne grève en rien la liberté de prescription, puisque le médecin a toujours la liberté de déroger en le justifiant simplement", poursuit Éric Chenut, selon qui "le médecin est dans une situation atypique : c'est la seule personne en France à pouvoir prescrire de l'argent public sans contrôle".
Mais pour l'Ordre des médecins, "opposer la liberté de prescription à la nécessaire efficience du système revient à méconnaître profondément ce qu'est l'acte médical : un acte intellectuel complexe, fondé sur une expertise acquise après 10 à 15 années d'études et de formation, encadré par un cadre déontologique strict et déjà soumis à de nombreux contrôles, référentiels et recommandations de bonnes pratiques".
Le président de la Mutualité défend également une évolution des organisations. "Soit on continue de penser que tout passe par le médecin, soit à un moment donné on regarde la réalité des pratiques", indique-t-il dans notre article, précisant que cela doit s'accompagner de mesures ciblant la rémunération des professionnels. La fédération plaide de longue date pour les équipes de soins traitantes ; une organisation qui devrait faire l'objet d'une expérimentation conformément au vote de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026.
"Laisser entendre qu'un système de santé pourrait se structurer en marginalisant le rôle du médecin constitue une dérive préoccupante", estime l'institution ordinale pour qui "le rôle du médecin ne peut être substitué sans risque majeur pour la sécurité des patients, la pertinence des décisions thérapeutiques, la cohérence du parcours de soins et la relation de confiance indispensable entre soignants et citoyens".
Et d'ajouter : "La démographie médicale insuffisante ne saurait devenir un prétexte à transformer le modèle français en un système où les décisions cliniques seraient standardisées, automatisées ou pilotées par des logiques financières."
Le président de la Mutualité française, qui a lancé des Etats généraux de la santé et de la protection sociale pour faire émerger des pistes de réflexion et de réformes dans ces domaines, précise, dans son portrait, qu'il souhaite que tous les sujets puissent être discutés dans ce cadre, à l'instar du financement, déserts médicaux, ou encore de la gouvernance… "Certains ne feront pas consensus, mais ce n'est pas grave. On ne va pas mettre la poussière sous le tapis."
Oui, "mais ils ne peuvent être posés dans une logique d'opposition artificielle entre médecins et autres acteurs du système de santé", tient à souligner le Cnom, rappelant qu'en décembre, Éric Chenut avait déclaré : "On ne transformera pas le système les uns contre les autres." "L'avenir de notre système solidaire ne se construira pas contre les médecins, mais avec eux, en respectant leur rôle pivot dans le soin", soutient l'institution ordinale.
Dans un contexte de "tension historique, marquée par une pénurie temporaire, organisée, mais réelle de médecins", le Cnom se dit "disposé" à "participer à toutes les réflexions visant à améliorer l'organisation de notre système de santé". Mais "rejette fermement toute tentative de dévalorisation ou de dilution du rôle médical, qui constituerait une atteinte directe à la qualité des soins et à la sécurité des patients".
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