@Feng Yu/stock.adobe.com
Charlotte a arrêté médecine à cause de la cocaïne : "Mes études passaient après la drogue"
Charlotte Chaleil, 25 ans, est tombée dans la cocaïne en plein milieu de ses études de médecine. Désormais sevrée, elle partage son histoire via les réseaux sociaux et souhaite devenir patiente experte.
@Feng Yu/stock.adobe.com
Après sept années d'études pour devenir médecin, Charlotte Chaleil l'affirme haut et fort : la médecine, "c'est fini". Pourtant, l’histoire d’amour entre la jeune femme de 25 ans et la santé commençait si bien. Pas de professionnels de santé autour d'elle, mais un modèle qui se dessine en la personne de son grand-père, chirurgien orthopédique au sein d'une clinique. "J’ai toujours entendu plein de choses incroyables sur lui, lance l’intéressée, voix tremblante mais discours assuré. Il avait un bureau dans la maison où il y avait tous ses livres, sa thèse. J'ai toujours été très admirative de lui."
L'envie d'aider les autres, une soif intarissable de connaissances et des notes de "première de la classe" finissent de baliser la voie vers les études de médecine. Mais rapidement des obstacles surviennent. "Quand j'ai commencé ma Paces, je suis tombée dans l'anorexie et la boulimie", rembobine l'ex-étudiante, qui débute son cursus en 2018. Un mal qui la ronge au point de présenter "un Mallory-Weiss", la veille du concours.
Les choses se déroulent un peu mieux lors de sa seconde Paces, ainsi que lors de la deuxième et de la troisième année de médecine. "J'avais une vie à 1000 à l'heure. Je faisais du baby-sitting, je travaillais pour la plateforme téléphonique du Samu, je sortais en soirée tous les soirs…", énumère celle qui était également pacsée avec son "grand amour". Une vie idéale, en apparence. La boulimie ainsi qu'une dépression "latente" bouillonnent sous la surface. Jusqu'à l'explosion.
14 hospitalisations
Au début de son externat, Charlotte Chaleil monte à Paris pour rejoindre son compagnon. Mais quitter son entourage fait tout basculer. "C'est super dur pour moi et je tombe vraiment profondément dans l'anorexie, la dépression, les crises suicidaires…" Une situation qui rend l’hospitalisation indispensable. Elle en fera 14 entre mai 2023 et janvier 2025. "Je révise à l'hôpital et puis je sors en permission pour mes partiels." Pendant cette période, une rencontre va faire basculer sa vie.
Après une énième hospitalisation, la jeune femme décide de revoir "une fille" rencontrée en clinique. "Je vais chez elle et je vois trois gars complètement affalés, mais ils ont l'air hyper heureux, ils sont drogués. Je me dis que je veux goûter à ça, que moi aussi je veux être heureuse. Je ne savais pas tout ce que ça allait engendrer dans ma vie, tout ce que ça allait créer." Elle teste alors plusieurs drogues comme le speed et la kétamine. Puis vient la cocaïne, en 5e année de médecine. "Il faut savoir qu'à cette période, je sors de mon anorexie et donc je traverse une période de faim extrême, une faim qui est intarissable, que je n'arrive pas à faire taire. Je fais des recherches sur la drogue et je vois que la cocaïne coupe l'appétit."
La première "trace" viendra donc peu de temps après. "Au début, je ne ressens rien et au bout de dix minutes, mon cerveau s'allume. [...] Je ressens tout ce que je n'avais jamais ressenti avant : de l'assurance, de la confiance, plus de doutes, de l'énergie, des projets. C'est comme si ma dépression était guérie." Dès le lendemain, elle achète "dix grammes" qu’elle consommera en trois jours. "Je suis vraiment tombée amoureuse de cette substance."
"Je ne pouvais plus tenir sans consommer"
La spirale s’enclenche et devient rapidement incontrôlable. "Je me médicamentais avec la cocaïne." À tel point que le produit contamine tous les pans de la vie de la jeune femme en commençant par la médecine qu’elle met de côté. "Mes études pour lesquelles j'ai travaillé toute ma vie passaient complètement après la drogue." L’étudiante se rendra tout de même, en mars 2025, à ses partiels. "Je suis sortie au bout de 20 minutes parce que je ne pouvais plus tenir sans consommer." Elle passera le reste de l’épreuve à prendre de la cocaïne dans les toilettes de la fac.
Jusqu'en mai, elle parvient à cacher sa consommation à sa famille et à ses amis. "Même si j'avais tout le temps le nez bouché, qui saignait, que j'allais tout le temps aux toilettes, j'avais toujours une bonne excuse vu que j’étais étudiante en médecine", se remémore-t-elle. Les allers et retours aux toilettes sont justifiés par une infection urinaire, le nez pris par des allergies. Mais après une tentative de suicide en avril, où elle est "quasiment retrouvée pour morte" avec un score de Glasgow de 3, ses proches commencent à comprendre. Même si elle arrive à brouiller les pistes au départ, un mois plus tard, Charlotte Chaleil avoue tout à sa mère.
Malgré ses réticences, elle décide finalement, après s'être perforé la cloison nasale, de se soigner. En dépit des rechutes, Charlotte Chaleil touche enfin du bout des doigts la sobriété et arrête la cocaïne le 1er décembre 2025. Une première victoire dans un long combat qu'elle a réussi à obtenir notamment grâce aux mots des patients experts qu’elle a pu rencontrer lors de ses cures.
"Faire passer un message"
"La phrase qui littéralement m'a sauvée et a engendré mon abstinence, c'est un patient expert qui me l'a dit", confirme l’intéressée qui énonce : "Charlotte, il faut que tu acceptes que la sobriété c'est dur." Des mots plus simples à entendre de la part de "quelqu’un qui l’a vécu", même si Charlotte Chaleil salue également le travail des addictologues. "Il n'y en a pas un qui remplace l'autre, le patient expert ne prétend pas être médecin. [...] Ils se complètent, c'est une équipe", ajoute-t-elle.
Des rencontres tellement marquantes que Charlotte Chaleil, qui a définitivement arrêté médecine, souhaite désormais devenir patiente experte et s'est inscrite au sein d'un cursus "partenariat-patient" au sein de l’université de Nantes. "J'ai l'impression d'avoir une sorte de mission."
Un parcours de vie qu’elle partage aussi au grand public sur les réseaux sociaux et sur YouTube, sur sa chaîne intitulée "Sobrement moi". Objectif : faire en sorte que les addicts "se sentent moins seuls" et "ne se disent pas : je suis une mauvaise personne", tout en évitant la banalisation de l’addiction. En parallèle, Charlotte Chaleil a publié récemment un livre intitulé Revenir de la cocaïne qui raconte son histoire. "Les addicts, c'est aussi des personnes qui sont souvent très endettées, donc quand un addict me contacte, je lui envoie gratuitement. [...] Le but, ce n'est pas de gagner de l'argent, c'est de faire passer un message." La mission semble être en passe d’être accomplie.
La sélection de la rédaction
Redoutez-vous la mise en œuvre de la certification périodique?
DANIEL BUYCK
Non
Non, mais...Retraité depuis plus de 3 ans, si je voulais reprendre une activité MG à temps partiel dans la maison de santé qui se ... Lire plus