Loupe

@WhoisDanny/stock.adobe.com

Fraude à l'Assurance maladie : un rapport veut resserrer l'étau sur les professionnels de santé

Dans un rapport rendu public fin juillet, les inspections générales des Finances (IGF) et des Affaires sociales (Igas) recommandent de prioriser davantage le contrôle des professionnels de santé, "porteurs de forts enjeux financiers", par rapport au contrôle des assurés. 

19/08/2026 Par Aveline Marques
Assurance maladie / Mutuelles
Loupe

@WhoisDanny/stock.adobe.com

Formuler des recommandations pour renforcer la lutte contre la fraude aux prescriptions et aux facturations à l'Assurance maladie. C'est la mission qu'avait confiée en mai 2025 l'ancien Premier ministre, François Bayrou, à l'Inspection générale des finances (IGF) et à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), en amont des débats budgétaires de fin d'année. Le rapport, bouclé en octobre 2025, n'a été publié que le 29 juillet dernier sur le site de l'IGF. Si certaines des 15 recommandations ont d'ores et déjà été inscrites dans la LFSS 2026 ou dans la loi fraude adoptée en mai dernier (en particulier l'échange de données entre Assurance maladie et complémentaires), d'autres propositions pourraient bousculer les relations entre les caisses et les professionnels de santé. 

Des médecins spécialistes "peu contrôlés" 

Les fraudes, abus et fautes réalisées par les libéraux et centres de santé, ou par des personnes usurpant ou falsifiant leur identité, sont en effet "prédominantes par rapport aux fraudes des assurés, des établissements de santé et des employeurs", rappelle ce rapport. D'après les derniers chiffres de la Cnam, elles représentent 73.5% du montant des fraudes détectées et stoppées en 2025 (723 millions d'euros) pour 28% des dossiers, contre 16% du montant et 53% des dossiers pour les assurés. Afin d'augmenter la détection de la fraude, la mission IGF/Igas recommande donc de "prioriser davantage les dossiers de contrôle des professionnels de santé, porteurs de forts enjeux financiers". Elle note au passage que les médecins spécialistes "sont peu contrôlés (à l'exception des radiologues et ophtalmologues)". 

La mission appelle par ailleurs à "opérer une bascule des contrôles" de l'aval à l'amont des paiements, en accélérant l’intégration de contrôles embarqués dans le système de paiement, pour rejeter les indus avant paiement (projet METEORe), prévus pour 2030.  

En effet, la généralisation du tiers payant depuis 2016 (assorti d'une garantie de paiement des professionnels), le développement des offres 100% santé et la priorité à la rapidité de remboursement par l'Assurance maladie (90% des feuilles de soins ont été remboursées sous 4.4 jours en 2025) a conduit à "privilégier de facto le contrôle a posteriori", constate la mission. Le remboursement est donc "pour l’essentiel fait 'à l’aveugle'". Même en cas de transmission tardive des feuilles de soins (jusqu'à deux ans et un trimestre), l'Assurance maladie est tenue de rembourser, souligne la mission, s'appuyant sur une décision de la Cour de cassation. Elle recommande de ramener ce délai – "héritage" d'un passé où les assurés avançaient les frais et devaient envoyer leurs feuilles de soin papier – à quatre mois. Passé ce délai, les facturations seraient rejetées.  

Conditionner le remboursement à la transmission des pièces justificatives 

Alors que 1.6 milliard d'euros de prestations ont été payées malgré l'absence des pièces justificative (ordonnance, prescription) plus de six mois après facturation, l'Igas/IGF recommande "d'étudier la faisabilité de conditionner les remboursements de dépenses de santé à la complétude du dossier présenté par le professionnel de santé" et de rendre obligatoire l'utilisation du téléservice SCOR pour la transmission des pièces justificatives dématérialisées. 

Autre faille identifiée dans la chaine de facturation et de paiement : la possibilité pour les professionnels de transmettre les feuilles de soins en flux dégradé en l'absence de carte Vitale pour pratiquer le tiers payant (16% en 2024), qui facilite la possibilité de facturer des actes fictifs selon la mission. Pour les cas exceptionnels (populations vulnérables), elle suggère de fixer un taux maximum, pour chaque catégorie de professionnels. 

En matière de sanction, l'IGF/Igas conseille de mettre en place un barème indicatif de pénalités financières et d'harmoniser les procédures et les durées des sanctions conventionnelles applicables aux différentes professions.  

Faut-il imposer à tous les généralistes libéraux d'être le médecin traitant d'au moins 500 patients ?

Pascale Debenest

Pascale Debenest

Non

J'ai choisi médecine libérale justement pour être libre d'organiser mes journées comme je l'entends . Je suis en campagne (bourg d... Lire plus

Photo de profil de M A G
M A G
4,9 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 2 mois
"elles représentent 73.5% du montant des fraudes détectées et stoppées en 2025 (723 millions d'euros) pour 28% des dossiers, contre 16% du montant et 53% des dossiers pour les assurés. " Traduction: les professionnels de santé fraudent moins, en proportion, que les assurés (en tout cas, dans les dossiers controlées), mais , comme les montants en jeu (par dossier) sont moindres, on va pointer du doigt les professionnels de santé. Et, en ce qui me concerne, le mode dégradé ne concerne pas en premier lieu les "populations vulnérables". C'est "j'ai oublié la carte Vitale", "c'est ma femme qui l'a", "elle est sur la carte de son père", "j'ai perdu la carte", ou la carte du patient en CSS, non mise à jour etc etc
Photo de profil de GAELLE 22
GAELLE 22
1,4 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 2 mois
Il faut trouver des milliards pour créer des marchés économiques satisfaisants aux grands financiers sous prétexte d économies ….. il faut un coupable le marché est mur ! un tiers payant qui déresponsabilise les patients et les transforme en consommateurs exigeants, une consultation medicale sous payée, et des obligations sociales financières administratives grandissantes et contraignantes nos décideurs politiques ont vendu la protection sociale et excluent les petit acteurs économiques ( cabinets Libéraux ) Le soin était assurés par des acteur indépendants éthiques et performants et économiquement prospères. Les financiers ne peuvent pas laisser cette opportunité leur échapper. Donc on descredite les acteurs de l’ancien système on les acablent de travail ce que devient la preuve de leur inefficacité pour le remplacer par un Système performant ÉCONOMIQUEMENT et dirigé par de grandes sociétés…. Éthique soin Sciences et performance… voir le SAV 3615 c est pas notre problème ….
Photo de profil de Michel Rivoal
Michel Rivoal
14,2 k points
Plume
Anesthésie-réanimation
il y a 2 mois
Intéressant le document. Intéressantes les réactions. Voilà donc une enquête qui donne à réfléchir. La fraude existe, elle est estimée à quasi un milliard et comme toute fraude, sans doute sous estimée: les fraudeurs ne vont pas se précipiter pour se dénoncer. Ce qu’on peut regretter, c’est que ce soit si tard. Bien sûr à la fin du double quinquennat comme toute nouvelle impopulaire. Mais bien sûr aussi qui ne concerne pas que ces seuls deux quinquennats: la fraude ne date pas d’hier. Les réactions ne se font pas attendre: « C’est pas moi, c’est l’autre ». En l’occurrence le patient et donc pour lui (en tant que collectif), c’est la double peine. Non seulement malade mais aussi malhonnête. Parce que oui, les gens qui viennent « nous » voir sont quand même très majoritairement malades. Personnellement, je pense qu’on devrait se féliciter que l’IGS et l’IGAS fassent (enfin) leur boulot. Je pense aussi que les soignants devraient admettre que certains d’entre eux ne sont pas des enfants de chœur et que certains patients non plus. Pour autant, ce milliard manquant, non seulement il faut essayer de le restituer en « chassant les fraudeurs », mais ce n’est pas cette somme qui restaurera les finances de la sécurité sociale comme ce n’est pas l’AME qui pèse sur elles. Restaurons l’intégralité des cotisations patronales, les salariés n’en sont pas exemptés. Attachons nous à retrouver le plein emploi. Donc attachons nous à la formation… J’en passe et pas forcément des meilleures et ne serait ce qu’en santé le non remboursement des médicaments sans SMR serait enfin le bien venu et le ménage dans les cures et une campagne contre les arrêts de travail réellement abusifs en faisant un peu confiance aux prescripteurs sans pour autant négliger les contrôles. Pailles et poutres, un peu d’objectivité ne ferait pas de mal.
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Histoire
De jeune médecin inconnu à bourreau… Un historien retrace le parcours de Mengele, "l'Ange de la mort"
07/05/2026
0
Témoignage
Après la leucémie de son fils, elle se lance dans des études de médecine : "J'ai voulu redonner ce qu’on m...
05/05/2026
3
Témoignage
"Ma concentration ne dépassait pas les 30 minutes" : médecin généraliste, elle raconte "l'enfer" de son burn...
15/04/2026
23
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Maladies rares
Qu’est-ce que le syndrome de Moersch-Woltman, dont est atteinte Céline Dion ?
01/04/2026
14
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2