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Consultation longue de déprescription : la nouvelle cotation "inapplicable" ?
Théoriquement applicable depuis le 1er janvier dernier, la cotation GL2 dans le cadre d'une consultation longue de déprescription est jugée "inapplicable" par les syndicats de médecins libéraux. Pour être utilisée, elle doit être précédée d'un bilan de médication réalisé par le pharmacien. Un acte qui serait rarement réalisé.
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C'était une demande forte des syndicats. La convention médicale 2024 a introduit une consultation longue du médecin traitant (MT) afin de favoriser la prise en charge de la personne âgée de plus de 80 ans. Valorisée 60 euros, celle-ci est facturable une fois par an et par patient dans chacune des situations suivantes : pour une consultation de sortie d'hospitalisation (GL1), pour une consultation de déprescription pour des patients hyperpolymédiqués (GL2), ou dans le cadre d'une consultation d'orientation vers un parcours médico-social (GL3).
Ces nouvelles cotations sont théoriquement applicables depuis le 1er janvier 2026. Sauf que cela coince du côté de la GL2. Cette consultation, qui s'adresse aux patients de plus de 80 ans ayant au moins 10 lignes de traitements médicamenteux, a pour objectif de revoir l'ensemble des traitements, d'identifier ceux qui ne sont plus nécessaires et de réduire les risques liés à la polymédication/hyperpolymédication, a rappelé la Caisse nationale de l'Assurance maladie (Cnam) lors de la commission paritaire nationale du 25 février.
Un bilan de médication "chronophage et mal rémunéré"
Cette consultation est censée s'appuyer sur un bilan de médication prescrit par le médecin traitant et réalisé par le pharmacien. Ce bilan comprend plusieurs étapes : un entretien de recueil des traitements, une analyse de ces traitements avec transmission de la conclusion du pharmacien au MT et enregistrement dans le dossier médical partagé (DMP), un entretien-conseil, et un suivi de l'observance. Il est rémunéré 65 euros pour le pharmacien la première année, 30 euros les suivantes. Oui, mais voilà, cet acte n'est, en pratique, "jamais fait", note la Dre Patricia Lefébure, présidente de la FMF, dans sa lettre hebdo du 12 mars.
"La plupart des pharmaciens refusent de réaliser ce bilan, arguant que cela est chronophage et mal rémunéré", souligne le Dr Luc Duquesnel, président des Généralistes-CSMF, dans un éditorial diffusé aux adhérents du syndicat. Et d'ajouter que, pour les pharmaciens qui réalisent ce bilan, "l'intérêt est souvent limité, puisqu'ils se contentent de reprendre les interactions médicamenteuses qui figurent déjà sur nos logiciels lorsque nous effectuons notre ordonnance".
Cette difficulté a été soulevée par les syndicats médicaux lors de la commission paritaire nationale du 25 février. Mais selon le président des Généralistes-CSMF, aucune solution concrète n'a été apportée. "Le directeur de la Cnam a interdit aux médecins généralistes de coter cette GL2 en l'absence du bilan du pharmacien. Cela revient donc à nous interdire de réaliser cette consultation, qui présente pourtant un intérêt majeur de santé publique et qui, de plus, génère des économies de santé !", déplore le généraliste mayennais.
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