Morts aux urgences : l'interview sans langue de bois d'un chef de service | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

Morts aux urgences : l'interview sans langue de bois d'un chef de service

La semaine dernière, 14 chefs de service d'urgences ont co-signé une tribune publiée dans Le Monde dans laquelle ils s'alarmaient du fort risque d'accident encouru par les patients aux urgences. Ils ont exposé plusieurs propositions concrètes pour enrayer cette multiplication de drames. Le Dr Mathias Wargon, chef de service des urgences-SMUR au centre hospitalier de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et co-signataire de cette tribune, nous les explicite concrètement.

 

Egora.fr : Comment est née cette tribune ?

La problématique de la sécurité des patients aux urgences fait l'objet de discussions permanentes. Il y a aussi eu le récent drame survenu aux urgences de l'hôpital Lariboisière. Ce drame, c'est quoi ? C'est un service d'urgence qui est impossible à surveiller. Je n'ai pas fait partie de la commission d'enquête donc je ne connais pas officiellement les détails de ce qu'il s'est passé mais clairement il y a un moment où on est dépassé, quels que soient les efforts d'organisation. Les locaux ne sont jamais complétement adaptés. Même lorsqu'il y a des travaux, le temps que cela se fasse, c'est déjà obsolète. Les locaux sont toujours trop petits. Et en ce qui concerne le personnel, il n'y en a jamais suffisamment. Ça n'est même pas forcement une question d'argent. Actuellement il est difficile de trouver des infirmières, des aides-soignantes ou des médecins. On a énormément de monde en permanence, ce qui est fait que le service est constamment saturé.  

 

 

Ce qui nous prend le plus de temps, c'est l'afflux de patients à évaluer. Le taux d'hospitalisation dans les urgences est entre 15 et 25%. Mais il y a 60/ 70% des patients que l'on évalue, qui vont avoir des examens complémentaires. Ces derniers vont rester et vont occuper les urgences. On se retrouve à faire des bilans, parce que c'est plus facile d'avoir des bilans ou des scanners en urgences qu'en salle. Je pense que l'hôpital ne s'est pas adapté à gérer ces patients plus rapidement. Il le fait sous la pression des urgences mais il ne le fait pas vraiment.

Nous sommes en saturation permanente, comme un nageur qui aurait de l'eau jusqu'aux lèvres. A chaque vague, ça lui arriverait au nez. De temps en temps, il boirait la tasse. Il suffirait d'un tout petit peu d'eau pour l'asphyxier. La croissance de la fréquentation des urgences est permanente, de l'ordre de 2/3% par an. Plus on a de patients, plus il faut s'en occuper et les médecins gèrent un nombre de patients importants en même temps.

Pour éviter le drame de Lariboisière, je fais plusieurs staffs dans la journée. Je sais que d'autres services comme Bichat le font aussi. L'autre jour, cela m'a permis de rattraper une patiente que l'on avait oubliée. Nous ne l'avons pas rattrapée au bout de six heures mais...

25 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…