Réduire les délais d'attente : priorité numéro 1 des Français en matière de santé
La Mutualité française et ses partenaires ont présenté mardi 10 mars les résultats de la phase de consultation des Etats généraux de la santé et de la protection sociale. Près de 80 000 participants ont livré leurs idées pour améliorer ce système aujourd'hui à bout de souffle.
Lancée en novembre dernier, la première phase des Etats généraux de la santé et de la protection sociale est close. Les résultats de cette vaste consultation, organisée par la Mutualité française et plus de 50 organisations de la société civile, ont été rendus publics ce mardi 10 mars à l'occasion d'une conférence de presse. Au total, plus de 76 000 citoyens et professionnels de santé et de l'accompagnement ont participé à cette première étape. Ils étaient invités à donner leur avis sur le système de santé et de protection sociale via des questionnaires en ligne, mais également à formuler des propositions pour l'améliorer. Plus de deux millions de réponses ont été récoltées.
Il ressort de cette consultation un fort "attachement au modèle" de protection sociale, exprimé par 9 Français sur 10. Cet attachement s'illustre dans la demande formulée par 68 % des répondants de lutter contre la financiarisation du système. "On a aussi à côté de ça de fortes attentes pour réformer ce système, et donc pour le protéger en quelque sorte", a ajouté Séverine Salgado, directrice générale de la Mutualité française. Deux grandes priorités, parmi celles proposées, se dégagent : l'accès à des soins de qualité pour tous et la réduction des délais d'attente pour un rendez-vous médical.
Du côté des professionnels de santé et de l'accompagnement, l'attractivité des métiers de ces secteurs devrait également être prise en compte dans l'immédiat par les pouvoirs publics. Interrogés sur leurs difficultés dans le cadre de leur exercice, 32 % pointent en effet un manque d'attractivité et de valorisation lié, pour 12 % d'entre eux, à un manque de reconnaissance du métier, à une rémunération insuffisante (11 %), ou encore à une augmentation des charges (3 %). En outre, 48 % des professionnels rapportent une dégradation de leurs conditions de travail (manque de moyens humains et financiers, surcharge de travail, épuisement professionnel).
Les participants, citoyens comme professionnels, étaient invités à suggérer d'autres priorités immédiates que celles évoquées. Près d'un tiers des participants ont cité comme priorité la nécessité de réorganiser l'offre de soin, en augmentant les effectifs médicaux (8 %), en réduisant la lourdeur administrative (5 %), en luttant contre les déserts médicaux (4 %), en améliorant la coordination des acteurs (3 %) ou encore en contraignant l'installation et les pratiques des médecins, en contrepartie du "financement de leurs études" (4 %).
La responsabilisation des pratiques des citoyens et des professionnels est également abordée par près d'un tiers des participants : 9 % des participants réclament un meilleur contrôle des fraudes, 6 % une meilleure responsabilisation des usagers sur les dépenses de santé, 5 % un durcissement des contrôles sur les arrêts de travail, et 4 % veulent plafonner les dépassements d'honoraires (DH). Certains appellent également à limiter l'accès à la protection sociale pour certaines populations et certains soins. Ainsi, la suppression de l'Aide médicale d'Etat (AME) apparaît comme la priorité la plus fortement exprimée (14 %) suivie de la remise en cause de la gratuité des soins (CMU).
Citons également d'autres priorités avancées par les répondants : le passage au 100 % Sécu ou encore le remboursement de la médecine douce, "prouvée ou non prouvée scientifiquement".
Maîtriser les dépenses
Les participants étaient également invités à donner leur avis sur les questions d'organisation et de financement du système. Il ressort que 74 % des citoyens et 63 % des professionnels privilégient la maîtrise des dépenses sur l'augmentation des recettes pour équilibrer le budget de la Sécurité sociale. Une mesure, parmi celles proposées par les questionnaires, semble faire consensus pour maîtriser les dépenses de santé : le renforcement de la lutte contre la fraude. L'éducation thérapeutique est également plébiscitée par les soignants comme les citoyens.
La lutte contre la fraude ressort également comme premier domaine d'action prioritaire (28 %) dans le champ réservé au partage libre des idées pour améliorer le système. Le renforcement de la prévention arrive en deuxième position (23 %). Garantir l'accès aux soins est le troisième domaine d'action, via le développement des MSP, la contrainte à l'installation pour certains, la suppression des DH pour d'autres.
Ces contributions vont désormais être étudiées et enrichies lors d'ateliers territoriaux, de groupes de travail nationaux et d'une convention démocratique, qui constitueront la deuxième étape de ces Etats généraux de la santé et de la protection sociale. Une troisième et dernière étape se déroulera à compter de l'été jusqu'à l'automne. Elle servira à lister des solutions concrètes ayant vocation à nourrir les décideurs en vue de l'élection présidentielle de 2027. Reste à savoir si ces derniers se saisiront de ce "matériau précieux”. "Il faudra un certain culot des candidats pour ne pas prendre en compte ce qu'on leur livrera le moment venu", a lancé Séverine Salgado.
La santé mentale, une priorité pour les Français
"La santé mentale est la question ouverte sur laquelle nous avons recueilli le plus de contributions volontaires", a également indiqué Séverine Salgado de la Mutualité française à l'occasion de la conférence de presse qui a eu lieu ce mardi. Les participants les plus jeunes (15-29 ans) ont particulièrement montré un intérêt à cette problématique. Ils "souhaitent faciliter l'accès aux spécialistes et à un remboursement des consultations tandis que les 30-44 ans abordent le sujet sous l'angle du travail et du bien-être professionnel", indique la fédération dans l'analyse des résultats de la consultation en ligne. "Tôt ou tard nous sommes tous confrontés à cette problématique de santé mentale. Il ressort un besoin très fort d'avoir une réponse politique qui soit à la hauteur de ces enjeux", a insisté la directrice générale.
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