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L’usage de la chloroquine encadré et réservé aux cas graves

Olivier Véran a annoncé le 23 mars que la chloroquine pouvait être administrée uniquement pour les formes graves de Covid-19, sur la base des recommandations du Haut conseil de santé publique. Une déclaration qui intervient alors que l’IHU Méditerranée Infection propose depuis le 22 mars un test diagnostic à toute personne fébrile et un traitement à l’hydroxychloroquine pour tout patient positif.

Olivier Véran a annoncé lundi 23 mars lors d’un point presse qu’un arrêté encadrant le recours à la chloroquine serait pris « dans les prochaines heures ». Cette décision fait suite à une recommandation du Haut conseil de santé publique (HCSP), qui conseille de n’administrer le médicament anti-paludéen qu’aux malades souffrant de formes graves du coronavirus. « Le Haut conseil recommande de ne pas utiliser ce traitement en l'absence de recommandation, à l'exception de formes graves, hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance stricte », a rajouté le ministre de la Santé. Le HCSP « exclut toute prescription dans la population générale ou pour des formes non sévères à ce stade, en l'absence de toute donnée probante ».

Une position opposée à la stratégie annoncée le dimanche 22 mars via un communiqué de presse par l’IHU Méditerranée Infection, dirigée par le Pr Raoult. Suite à l’annonce de l’ouverture des tests diagnostics par l’institut à toute personne fébrile, des files impressionnantes de personnes attendant d’être testées devant l’IHU avaient été observées dès lundi 23 mars.

Encore aujourd’hui, des patients attendaient à 2 mètres d’écart les uns des autres pour être dépistés.

 

Encore plus en opposition à l’HCSP : dans le cas où le dépistage s’avère positif, l’IHU Méditerranée Infection propose un traitement à la chloroquine aux patients. Et ce, quelque soit la gravité de leurs symptômes, suivant un protocole mis au point par le Pr Raoult dans une étude préliminaire encourageante quoique critiquée. Dans son communiqué, l’IHU défend cette stratégie comme relevant d’un « devoir de médecin » découlant du serment d’Hippocrate. De son côté, l’AP-HP a mis en garde lundi soir contre « une utilisation désordonnée de multiples molécules sans contrôle et surtout sans possibilité de tirer des conclusions valides ».

Les résultats de l’étude du Professeur Raoult, prépubliés le 17 mars (à paraître dans International Journal of Antimicrobial Agents), portent sur 20 patients soignés à l’hydroxychloroquine et 16 contrôles, un nombre relativement faible de personnes suivis pendant 7 jours. Les chercheurs ont observé une disparition de la charge virale chez 70% des sujets traités à l’hydroxychloroquine après une semaine, contre 12.5% dans le groupe contrôle (p-value = 0.001).  Mais les effets observés décrivent l’évolution de la charge virale, et non de la situation clinique des patients.

Bien que très encourageants en cette période de pandémie, où la rigueur scientifique doit être pondérée par l’urgence sanitaire, ces données n’ont pas encore valeur de preuve suffisante contre le Covid-19. Ce qui explique qu’un bras testant chloroquine et hydroxychloroquine ait été rajouté à l’essai clinique de l’OMS lancé le 20 mars, d’après les propos du Pr Jean-François Delfraissy sur France 2. Conclusion : pour l’AP-HP, « le meilleur, voire le seul moyen, d'avoir des réponses utiles au plus grand nombre sur l'efficacité de médicaments, repose sur des études rigoureuses ».

 

[avec AFP]

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