Poumon

Mucoviscidose : des traitements efficaces mais faisant apparaître de nouveaux défis

Les femmes et les patients greffés constituent des catégories de patients plus vulnérables. Et, si les traitements modulateurs du CFTR sont particulièrement efficaces sur la fonction respiratoire, c’est moins le cas sur la santé digestive. 

14/11/2025 Par Dre Marielle Ammouche
Pneumologie
Poumon

L’association Vaincre la mucoviscidose vient de publier les données 2024 de son Registre français de la mucoviscidose. Si ces dernières confirment les bénéfices majeurs apportés par les traitements modulateurs du CFTR, elles soulignent aussi que de nombreux patients n’ont pas accès à ces avancées thérapeutiques. Les personnes greffées, les femmes et les malades plus âgés constituent ainsi des catégories de population plus vulnérables. En outre, le vieillissement de la population met en lumière de nouvelles comorbidités, qui persistent malgré le traitement de la maladie et qui sont parfois difficiles à gérer.

Selon le Registre français de la mucoviscidose, en 2024, 71% des patients atteints de mucoviscidose étaient traités par un modulateur de CFTR, en général la trithérapie Kaftrio (pour 68%). Les bénéfices sont clairs : entre 2021 (date de commercialisation de Kaftrio) et 2024, le gain de VEMS moyen a été de 5 points tant chez les enfants que chez les adultes. Revers de ce chiffre : près d’un tiers des malades n’y ont pas accès en raison de leur profil génétique, de leur âge ou du fait qu’ils sont porteurs d’un greffon pulmonaire. 

Ainsi, depuis Kaftrio, si les greffes sont beaucoup moins fréquentes (22 réalisées en 2024), ces patients sont particulièrement vulnérables. Il s’agit de patients plus âgés (40,4 ans en moyenne), qui présentent souvent des complications et maladies chroniques (diabète pour 70%, dépression ou anxiété pour 29,4%, cancers pour 9,3%). Au final, le taux de mortalité est plus élevé chez ces patients et leur exclusion des trithérapies accentue ces difficultés.

Le registre confirme, par ailleurs les inégalités qui existent entre hommes et femmes. Ainsi, "bien qu’elles représentent 47,5% des patients, les femmes comptent pour 54% des décès en 2024", appelle l’association Vaincre la mucoviscidose, avec une espérance de vie plus faible que celle des hommes. Elles sont souvent plus maigres (8,9% d’IMC < 18,5, contre 6,1% chez les hommes), avec plus de comorbidités, et ont un accès moindre à Kaftrio (66,5% contre 69,1%). S’y ajoutent plus fréquemment des difficultés sociales (moins de patientes en activité professionnelle, plus en études...). 

Le vieillissement de la population entraîne de nouveaux défis

Le vieillissement des malades constitue, en soi, un autre défi. Ainsi, en 2024, plus de 1 550 patients avaient dépassé 40 ans. Ces patients ont la particularité de présenter des comorbidités majeures : 40,8% ont développé un diabète, 41% une ostéoporose et plus de 5% un cancer. Ils ont aussi un risque accru de recours aux antibiotiques inhalés, IV et à l’oxygénothérapie.

Les complications pancréatiques apparaissent aussi difficiles à gérer. Contrairement aux complications respiratoires, elles ont peu diminué depuis l’arrivée de Kaftrio. La présence d’altérations de la fonction pancréatique exocrine est passée de 80,5% des patients en 2021 à 78,7% en 2024. De même pour le diabète : de 22,7% à 22,5%. Les troubles digestifs restent aussi une difficulté : la prévalence d’un RGO est ainsi passée de 28,2% en 2021 à 26% en 2024. Et les maladies hépatiques, non plus, ne diminuent pas (18,1%). "Ces données mettent en lumière les limites des modulateurs de CFTR", considère l’association.

Thierry Nouvel, président de Vaincre la mucoviscidose, confirme : "Derrière les progrès apportés par Kaftrio, il y a des patients pour qui rien n’a changé, et parfois même pour qui la situation se complique, et Kaftrio ne règle pas tout notamment les aspects digestifs de la maladie. Femmes, greffés, patients porteurs de mutations sans solution thérapeutique : nous avons le devoir de faire entendre leur voix et d’accélérer la recherche."

Le rôle central du Registre dans la recherche

À l’avenir, le Registre français de la mucoviscidose – qui a contribué à la mise à disposition des innovations thérapeutiques - devrait être transformé en entrepôt de données de santé. Et une plateforme de collecte de données de santé en mucoviscidose devrait être créée, afin "d’enrichir encore la recherche en vie réelle et d’orienter les décisions publiques en faveur des patients les plus fragiles".

Références :

D'après un communiqué de l’association Vaincre la mucoviscidose (6 novembre) 

 
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