Congrès de diabétologie - Vers une remise en question du dépistage précoce du diabète gestationnel ?

06/04/2018 Par Corinne Tutin
Diabétologie

Des études récentes conduisent à rediscuter la place du dépistage par dosage glycémique actuellement pratiqué au cours du premier trimestre de la grossesse.

Jusqu'en 2010, le diabète gestationnel (DG) était dépisté entre la 24 et la 28e semaine d'aménorrhée, période au cours de laquelle cette anomalie métabolique apparait le plus souvent en raison d’une augmentation de l’insulinorésistance. En 2010, l’International Association of Diabetes and Pregnancy Study Group (Iadpsg) a cependant proposé de dépister ces DG plus tôt, et depuis lors les femmes à risque avec une glycémie à jeun supérieure à 0,92 g/l en début de grossesse sont suivies, et éventuellement traitées. Ce qui est source de contraintes pour les femmes (autosurveillance glycémique) et mobilise d’importantes ressources humaines. Trente à 40 % des diabètes gestationnels étant aujourd’hui précocement reconnus, la prévalence du DG est passée en France de 6,4 % en 2011 à 9,3 % en 2014. « Il est prouvé que le dépistage précoce des femmes avec un DG avéré, celles qui ont une glycémie à jeun supérieure à 1,26 g/L, est bénéfique pour elles et leur enfant ", a expliqué le Pr Émmanuel Cosson (CHU de Bondy, 93). En revanche, des données récentes remettent en question l'intérêt d’une prise en charge précoce et systématique des femmes avec une glycémie se situant entre 0,92 g/L et 1,26 g/L. « Une étude chinoise et une étude italienne ont, en effet, révélé que seulement la moitié de ces femmes, voire moins, présentent encore une hyperglycémie à 24 semaines de terme. Ce qui conduit à se demander s’il ne faudrait pas vérifier le diagnostic de DG précoce par un second dosage de la glycémie », s’est interrogé le Pr Cosson. Par ailleurs, on n’est pas certain que la prise en charge de ces DG précoces réduise la morbi-mortalité materno-fœtale.
  Pas d’impact sur les complications materno-foetales En réalité, une étude entreprise par l'équipe du Pr Cosson, chez 8 713 femmes suivies entre 2012 et 2016, dont 4 079 avaient eu un dépistage du DG avant 22 semaines de grossesse, laisse penser, que « cette stratégie ne permet pas d'améliorer le pronostic des grossesses alors qu'elle augmente la proportion de femmes avec dysglycémie et donc les coûts de prise en charge ». Dans cette série, le taux d'événements (éclampsie, poids élevé de l'enfant, dystocie des épaules) s'est en effet avéré similaire pour un dépistage du DG avant ou après 22 semaines : respectivement 11,8 % et 12,5 % (p = 0,35). Cette conclusion n'était pas modifiée après prise en compte des seules femmes avec des facteurs de risque de DG (population chez laquelle le dépistage précoce est actuellement préconisé en France) : 14,9 % versus 14,0 % (p = 0,31). Et, les taux des autres complications (césarienne, hypoglycémie néonatale, hospitalisation néonatale, malformations) ont été identiques dans les deux groupes. En revanche, le taux de DG repérés a été de 22,8 % avec le dépistage précoce contre 17,2 % avec le dépistage plus tardif, et une insulinothérapie a été instaurée chez 8,6 % des femmes dépistées précocement avec un DG contre 5,6 % de celles dépistées plus tardivement (p < 0,001). Une autre étude rétrospective de l'équipe du Pr Anne Vambergue (CHR de Lille) n'a, par ailleurs, pas décelé de différence significative en termes de macrosomie entre les 1 445 grossesses avec DG précoce (dans ce cas avant 20 semaines d’aménorrhée) et les 1 503 autres où le DG avait été diagnostiqué plus tardivement : 17,69 % contre 17,70 %. « Il en a été de même pour la plupart des complications materno-fœtales », a signalé le Pr Vambergue. Il est essentiel de mener des études prospectives pour trancher. Dans ce but, un programme hospitalier de recherche clinique (Phrc) national va comparer sous la direction du Pr Vambergue devenir des femmes avec DG précoce traitées et non traitées avec réévaluation de la tolérance glucidique à 24 semaines de terme.

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