Dysfonction érectile : les généralistes réticents ?

14/12/2023 Par Romain Loury
Urologie 117e congrès annuel de l'Association française d'urologie
Les médecins généralistes se montrent hésitants à assurer la prise en charge d’une dysfonction érectile, révèle une étude. Pourtant, cette affection, qui touche un homme sur trois après 40 ans, constitue un symptôme sentinelle crucial de maladies cardiovasculaires.

  Sujet encore tabou, la dysfonction érectile, qui touche moins de 10% des hommes avant 50 ans mais entre 20 et 40% chez les 60-70 ans, constitue un signe avant-coureur de pathologies cardiovasculaires (1). Parmi ses nombreux facteurs de risque, l’âge, le diabète, l’obésité, la dépression, le tabac et l’alcool. Malgré son impact sur la santé, mais aussi sur la qualité de vie, les médecins généralistes semblent encore réticents à se saisir du sujet, révèle une enquête menée auprès de 177 d’entre eux, présentée au congrès. Parmi ces répondants (une population plus jeune et féminisée que la moyenne nationale), la majorité indique avoir peu d’occasions de prendre en charge la dysfonction érectile : pour 66,6% d’entre eux, elle n’est un motif de consultation qu’une fois tous les 1 à 6 mois, contre 19,2% au moins une fois par semaine et 14,1% jamais ou moins d’une fois par an. Pour 80,2% d’entre eux, le sujet n’est abordé qu’à l’initiative du patient. Peu confiants dans leur niveau de connaissance en la matière (71,2% reconnaissant qu’il s’agit de leur principal frein), les généralistes préfèrent souvent adresser d’emblée le patient à un confrère spécialiste, en particulier un cardiologue (32,8%) ou un urologue (30,5%), plus rarement un sexologue (5,1%) ou un endocrinologue (0,6%).   Les recommandations de l’AFU encore peu suivies De même, rares sont ceux à suivre les recommandations émises dès 2005 par l’Association française d’urologie (AFU), et réactualisées en 2019, qui ont justement trait à la prise en charge de la dysfonction érectile par le généraliste (2). Exemple : seuls 19,2% prescrivent le bilan minimal préconisé, à savoir un profil glucido-lipidique et un dosage de testostéronémie. De même, si 57,6% disent prescrire des inhibiteurs de la phosphodiestérase 5 (anti-PDE5), 67,8% estiment leurs connaissances insuffisantes en la matière. Pourtant, leur niveau s’avère plutôt bon sur la plupart des points, à quelques exceptions près. Ainsi, 37% estiment qu’une évaluation cardiologique doit être systématique avant la prescription d’un anti-PDE5. A tort : selon l’AFU, l’avis d’un cardiologue n’est requis que chez les patients coronariens connus. En revanche, l’association recommande de vérifier l’aptitude à l’exercice physique que représente le rapport sexuel, et ce que le patient soit ou non atteint d’une pathologie cardiovasculaire. Les généralistes s’avèrent par ailleurs peu informés des autres solutions, aussi bien les injections intracaverneuses (96,6% estiment avoir un mauvais niveau de connaissance), l’anneau pénien (91%), le vacuum (88,7%), que les implants péniens (95,5%). Selon les auteurs de l’étude, « renforcer la formation initiale et apporter un algorithme pratique de prise en charge pourrait être utile pour aider les médecins généralistes à dépister une dysfonction érectile, parfois sentinelle d’une pathologie cardiovasculaire ». « Les Français utilisent beaucoup de traitements facilitateurs d’érection, même si cela reste tabou », rappelle la Dre Charlotte Methorst, du service de médecine reproductive du Centre hospitalier des Quatre Villes (Saint-Cloud). Selon un sondage Ifop mené en 2018, 14% d’entre eux ont pris un anti-PDE5 au cours des 12 derniers mois (2% souvent, 6% de temps en temps, 6% rarement), une proportion qui s’élève à 17% chez les 60-70 ans, à 26% chez les plus de 70 ans et à 25% chez les hommes en couple depuis moins de trois ans.    

La pose d’implants péniens en hausse
Recours de la dernière chance, les prothèses péniennes, disponibles depuis les années 1970 en France, ont le vent en poupe. Selon des données issues du Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) présentées au congrès, 3 868 implants ont été posés entre 2016 et 2021, avec une augmentation de 33% au cours de la période. Dans plus de 80% des cas, il s’agit d’implants gonflables à trois compartiments, devant ceux à deux compartiments et devant les prothèses malléables. Les données de sécurité sont rassurantes : seules 1 à 2% des poses nécessitent une réhospitalisation au cours de l’année d’implantation.
Selon le Dr Clément Larose, chef de clinique en urologie au CHRU de Nancy et co-auteur de l’étude, « c’est une technique qui se développe, qui est sécurisée : les patients sont de plus en plus demandeurs, et les urologues mieux formés ». Intéressant avant tout des hommes de plus de 65 ans, l’implantation intervient « après échec des différents médicaments, ainsi que des injections de prostaglandines (dans le corps caverneux ou dans l’urètre), qui sont souvent liées à des freins psychologiques », ajoute-t-il.

    1) Giuliano F et al., Progrès en Urologie, 3 juillet 2013
2) Colson MH et al., Revue médicale suisse, 13 mars 2019     Les autres articles de ce dossier : - Fertilité masculine : les urologues mobilisés face à une « épidémie mondiale »
- Hypogonadisme : la testostérone demeure peu prescrite
- Cancer prostatique : avec l’IRM, le diagnostic sort de l’impasse
- Cystites récidivantes : les traitements non médicamenteux montent en grade        

 
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