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Quand l’alimentation influe sur la santé respiratoire

Une alimentation équilibrée peut limiter l’exacerbation de pathologies respiratoires (asthme, allergies...). A contrario, la dénutrition et l’obésité s’inscrivent dans un cercle vicieux d’aggravation des maladies (BPCO, apnée du sommeil…). Le point avec le Dr Frédéric Le Guillou*, pneumologue, allergologue, et président de l’association Santé Respiratoire France.

07/02/2025 Par Muriel Pulicani
Nutrition Pneumologie
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Dans quelle mesure une bonne alimentation a-t-elle un impact positif sur la santé respiratoire chez le sujet sain, en prévention primaire ?

Dr Frédéric Le Guillou* : Le triptyque capital est d’avoir une nutrition équilibrée, une activité physique et un sommeil de bonne qualité. Même si le patient présente une pathologie respiratoire, il ira beaucoup mieux. Dans la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), 25 à 50 % des sujets ont un souci vis-à-vis de la nutrition, ce qui aggrave la maladie. La dénutrition ou l’obésité participe à la dyspnée, a un impact sur la qualité de vie, sur l’exercice physique – c’est la spirale du déconditionnement.

L’obésité est un fléau qui nous attend. Elle engendre une mortalité supérieure à celles du tabac et de l’alcool réunis. Elle est la première cause de cancer du foie. Elle est pourvoyeuse de syndromes d’apnée du sommeil et de syndromes obésité-hypoventilation, et aggrave des maladies respiratoires existantes. Dans l’obésité, le diaphragme ne peut plus faire son travail, entraînant une diminution de la fonction respiratoire et du volume pulmonaire. Les patients sont plus essoufflés et font plus d’exacerbations et d’infections. Et nombre d’entre eux sont carencés en vitamine D, en oligo-éléments… 

 

Quels sont les mécanismes à l’œuvre ? Le microbiote intestinal serait impliqué, en activant ou désactivant des cellules immunitaires qui modifieraient l’immunité pulmonaire…

Contrairement à ce que l’on pensait auparavant, les voies respiratoires ne sont pas stériles mais contiennent une flore polymicrobienne. L’obésité peut modifier le microbiote pulmonaire, en lien avec le microbiote digestif, avec un risque d’infections à répétition. Notons que de nombreux patients sont polypathologiques : allergies, tabagisme, diabète de type 2... 

 

En prévention secondaire, l’adoption d’une alimentation saine par un malade respiratoire peut-elle influer sur son état de santé ? Des études menées sur la cohorte NutriNet-Santé montrent qu’un apport important en fibres permet un meilleur contrôle de l’asthme, tandis qu’une consommation élevée de charcuterie entraîne une augmentation des symptômes…

Dans le cas des allergies, il peut y avoir des allergies croisées respiratoires/alimentaires. L’éviction ou le traitement de l’allergie respiratoire permet une amélioration de l’allergie nutritionnelle. Cela marche dans les deux sens. 

 

Le lien entre nutrition et santé respiratoire est-il connu du grand public et des médecins généralistes ?

Il n’est pas vraiment perçu. Il y a tellement à faire ! La priorité serait que les acteurs se parlent entre eux. A Bordeaux, la « Maison bleue » initialement spécialisée dans le sommeil, propose une prise en charge transdisciplinaire avec nutritionniste, kinésithérapeute, endocrinologue, pneumologue, cardiologue, neurologue, pédiatre, gériatre... Cette approche de médecine intégrative est idéale. 

 

Quels conseils nutritionnels le médecin peut-il dispenser à ses patients ?

L’apport énergétique doit être adapté à la maladie et sans déficit. La prise en charge de l’obésité ne vise pas à restreindre l’alimentation mais à l’équilibrer. Une diététicienne peut délivrer des conseils : qualité des aliments, supplémentation en vitamine D, repas fractionnés en cas d’essoufflement, activité physique adaptée... qui est la première thérapie non médicamenteuse reconnue avec un haut niveau de preuve. Le premier médicament, c’est l’alimentation.

Dans le cadre d’une réadaptation respiratoire, la nutrition est partie prenante du programme, avec l’activité physique, la prise en charge psychosociale, le sevrage tabagique… 

 

Dans quels cas le médecin généraliste doit-il orienter vers un spécialiste : pneumologue, nutritionniste, allergologue… ? 

Il faut orienter dès que l’on peut, selon le ressenti du patient. Mais il faut que celui-ci en ait envie. Or il est difficile de le convaincre. Les recommandations de la HAS ne sont pas suivies. Nous prônons des consultations de prévention, mais nous n’avons pas les moyens humains ni financiers de le faire pour tout le monde. Quelques consultations pluriprofessionnelles commencent à apparaître, qui tiennent à la volonté d’acteurs locaux. La plateforme MedPrev, développée par des médecins libéraux en Nouvelle-Aquitaine et dans les Hauts-de-France, invite les patients à remplir des questionnaires en amont d’un accompagnement. Il y a plus de réussite car il y a la motivation. C’est au moment où le patient est prêt qu’il faut cibler la prévention.

*Le Dr Frédéric Le Guillou n’a pas communiqué ses liens d’intérêt 

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