La ministre de la Santé Stéphanie Rist lors de la conférence dédié au hantavirus Andes, 12 mai 2026, à Paris. Capture d'écran
Hantavirus : épidémiologie, clinique, traitement, vaccin… les experts dressent un état des lieux des connaissances
Ce mardi 12 mai, les autorités sanitaires ont dressé un état des lieux de la situation actuelle sur le hantavirus lors d’une conférence de presse qui s’est déroulée au ministère de la Santé. Les experts présents ont voulu rassurer mais ont fait part de leur extrême vigilance et mobilisation sur le sujet, du fait des nombreuses incertitudes.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist lors de la conférence dédié au hantavirus Andes, 12 mai 2026, à Paris. Capture d'écran
"Onze personnes ont été diagnostiquées positives au virus dans le monde", a déclaré Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France. Parmi les cinq français rapatriés – dont quatre vont bien et sont testés négatifs à ce jour – la patiente contaminée par la souche andine et hospitalisée à l’hôpital Bichat à Paris présente aujourd’hui "la forme la plus sévère de la présentation cardio-pulmonaire et se trouve à la dernière étape des soins de support, c’est-à-dire une circulation extracorporelle pour bénéficier d’une oxygénation artificielle. Elle a un poumon artificiel, une dérivation du sang qui, on l’espère, permettra de passer le cap le temps que le poumon agressé par le virus et les lésions de la paroi vasculaire puissent se rétablir", a expliqué le Pr Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat. La patiente serait âgée de plus de 65 ans et serait porteuse de comorbidités.
"Au total, 22 cas contacts ont été identifiés en France. Ils ont tous été contactés, testés, et sont hospitalisés ou en cours d’hospitalisation et font l’objet d’un suivi sanitaire rigoureux. A ce stade, les cas positifs recensés sont exclusivement des croisiéristes. Il n’y a pas d’éléments en faveur d’une circulation diffuse du virus sur le territoire national", a insisté la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.
Des modalités de transmission encore incertaines
Transmis par voie zoonotique majoritairement, Andes présente cependant "la caractéristique d’une possible, peu fréquente et peu efficace d'une transmission interhumaine, dont on ne connaît pas exactement les modalités. C’est probablement par voie respiratoire ou par contact direct", a précisé Xavier Lescure. Les épidémiologistes évoquent la nécessité de contacts rapprochés et prolongés.
Maladie de l’endothélium, le virus va léser la paroi des vaisseaux et s’exprimer au niveau des capillaires sanguins. "Ces échanges, on les retrouve dans les reins pour la filtration du sang, mais aussi dans les poumons pour l’oxygénation. La lésion de l’endothélium provoque soit une insuffisance rénale - maladie de l’ancien Monde qu’on trouve en Asie ou en Europe - soit une atteinte pulmonaire respiratoire et cardiaque, maladie du Nouveau Monde concernant Andes", a expliqué l’infectiologue. Et d’ajouter que sur le plan clinique, "cela commence par s’exprimer par un grand silence, qui est la phase d’incubation. La particularité qui rend les choses un peu compliquées, c’est que, à l’échelle individuelle en tout cas, cette période d’incubation est longue. En médiane, de 2 à 3 semaines, et jusqu’à 6 semaines. Une fois qu’il y a une expression clinique, la phase prodromale dure deux à trois jours avec des signes banals avec une grande fatigue, puis une fièvre quasi constante apparaît. Il y a ensuite une dégradation rapide de la fonction respiratoire. En quelques jours, les patients passent de 'Je suis fatigué' à 'Je suis en réanimation, intubé, ventilé avec les techniques les plus invasives de réanimation'. Enfin, on ne connaît pas aujourd’hui les facteurs de risque de gravité de la maladie, contrairement au Covid, où l’on sait aujourd’hui que ce sont essentiellement des personnes fragiles. Ici, on a peu de données, mais on n’a pas d’éléments vraiment clairs pour considérer une population à risque. Mais ce virus andin fait partie des hantavirus qui ont la mortalité la plus élevée, entre 35 et 40 %."
Une circulation asymptomatique probablement très faible
Si des inconnues demeurent actuellement sur de potentiels cas asymptomatiques et leur éventuelle contagiosité, la littérature disponible mentionne des cas très limités. En effet, "les études de séroprévalence menées en Argentine montrent des chiffres très faibles pour cette souche donc si une circulation asymptomatique est probable, elle demeure extrêmement basse", a expliqué Xavier Lescure. "D’autant plus qu’on sait que le virus andin est responsable de petits foyers épidémiques qui s’arrêtent très tôt une fois que les mesures barrières universelles sont mises en place (masque, lavage de mains, restriction physique)." Toutefois, un des patients américains avait une sérologie positive mais ne présentait aucun symptôme. "C’est la raison pour laquelle nous appliquons le principe de précaution qui apparaît comme le plus légitime à l’heure actuelle", a précisé Caroline Semaille.
Séquençage en cours
Deux virus du cluster actuel ont été séquencés à Zurich et à Paris à l’Institut Pasteur. "Si seule une grande partie du génome a été séquencée, nous avons pu observer que les deux séquences étaient très proches et aucune différence majeure avec la souche identifiée dans les études précédentes n’a été établie à ce jour", a affirmé Olivier Schwartz, virologue à l’Institut Pasteur. Le séquençage complet du virus sera disponible dans quelques jours. On ne peut donc pas éliminer formellement, pour le moment, la possibilité d’un variant, tant que ce séquençage n’est pas disponible. "En attendant, on est obligé de prendre des mesures de précaution maximalistes", estime Xavier Lescure.
Des projets de recherche encore limités
Aucun vaccin ou traitement spécifique n’est actuellement disponible. Mais face aux incertitudes, des protocoles de recherche sont mis en place. "La première question de recherche se situe au niveau des cas contacts. C’est la raison pour laquelle nous tentons de mettre en place une cohorte de patients contacts au niveau international pour effectuer des prélèvements et voir s’ils excrètent le virus en étant asymptomatiques", a expliqué le Pr Yazdan Yazdanpanah, professeur de gastro-enterologie et hépatologie au sein du service des maladies infectieuses et tropicales de l'Hôpital Bichat - Claude-Bernard. "Par ailleurs, chez ces personnes contacts, lorsqu’elles deviennent virémiques, il est nécessaire de mettre en place un traitement le plus rapidement possible." Pour ce faire, plusieurs pistes sont explorées. Sur le plan des antiviraux, un candidat, le favipiravir, sera probablement évalué au niveau européen.
Par ailleurs, la structure du virus a été caractérisée par l’Institut Pasteur, et en particulier sa porte d’entrée dans la cellule. Cela donne la possibilité de mettre au point un anticorps monoclonal qui devrait être évalué par l’institut.
Enfin, actuellement aucun vaccin n’est encore disponible contre la souche des Andes. Un vaccin inactivé est bien disponible, mais uniquement en Corée et Chine, et contre une autre espèce. Il ne semble pas qu’il puisse être efficace contre le virus actuel. Plusieurs autres vaccins sont à des étapes encore précoces de développement, en particulier avec un vaccin à ARN en phase clinique et préclinique. "On pourrait aller vite", estime Olivier Schwartz, virologue, directeur de l'unité Virus et immunité de l'Institut Pasteur.
Pour l’heure, les experts ont rappelé que si le virus ne mute pas, les mesure barrières et le port masque pourraient suffire à arrêter sa propagation.
Références :
Conférence de presse au ministère de la Santé, 12 mai 2026.
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