Acouphènes : on en sait plus sur les facteurs de sévérité

Acouphènes : on en sait plus sur les facteurs de sévérité

Les acouphènes sont un phénomène fréquent (14% de la population mondiale). Cependant leur impact sur la vie quotidienne peut être très variable. Certaines personnes ne sont presque pas gênées. Pour d'autres, la vie quotidienne est fortement perturbée : ils peuvent entraîner des troubles du sommeil, une anxiété, une dépression ou des difficultés de concentration.
 

04/07/2025 Par Dre Marielle Ammouche
Acouphènes : on en sait plus sur les facteurs de sévérité

Or ce trouble auditif pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, sa fréquence est en augmentation, en particulier du fait du vieillissement de la population, et de l’impact des traumatismes liés à l’écoute sur casque audio. En outre, il n’existe actuellement aucun traitement spécifique, en dehors de thérapies visant à mieux soulager et accepter ce trouble.

Dans ces conditions, des chercheurs ont voulu savoir s’il serait possible de connaitre l’évolution des acouphènes pour chaque personne, dans les années à venir. Pour cela, ces scientifiques de de l’Institut reConnect à l’Institut de l’Audition (Centre Institut Pasteur, Inserm U1335, CNRS UMR8252) en partenariat avec l’Université McGill au Canada, ont fait appel à l’intelligence artificielle.

Ils ont ainsi analysé, à l’aide d’un algorithme, les données de près de 200 000 personnes, dont plus de 40 000 souffrant d’acouphènes, pour identifier les facteurs de risque associés à l’évolution et la sévérité des acouphènes.  Les auteurs ont ainsi mis en évidence que la présence d’acouphènes était principalement liée à l’état de santé auditive du patient. En outre, ils ont montré que les facteurs de sévérité étaient eux de trois ordres : la santé auditive, auxquels s’ajoutaient les troubles de l’humeur et du sommeil.

Sur cette base, les chercheurs ont développé un modèle prédictif qui était capable d’anticiper l’évolution des acouphènes sur une période de 9 ans. « Ce modèle a été simplifié sous la forme d’un questionnaire de six questions à visée clinique qui permettront d’identifier les personnes les plus à risque de souffrir d’acouphènes sévères dans le futur », expliquent Lise Hobeika et Séverine Samson, co-auteurs de ces travaux. Les questions portent sur la présence de trouble de l’audition, le suivi d’une conversation, l’existence de trouble du sommeil, de l’humeur, une fatigue et enfin une sensibilité émotionnelle.

Acouphènes, sommeil et rêves

Cette étude a confirmé l’impact majeur des troubles du sommeil dans les acouphènes. Mais d’autres chercheurs du même institut (reConnect), ont voulu aller plus loin dans les connaissances sur cette relation. En collaboration, cette fois, avec l’université Grenoble Alpes, ils ont voulu savoir si les acouphènes sont perçus pendant le sommeil.  

Leur étude, qui a porté sur 195 patients acouphéniques, a montré que les patients qui entendent leurs acouphènes en rêvant – ce qui représente une petite proportion des patients - présentent des acouphènes plus gênants, sont généralement plus stressés et présentent plus de comorbidités, qu’elles soient auditives ou non.

L’étude montre aussi que 12,2% des patients ont fréquemment expérimenté des rêves lucides (ie durant lesquels le rêveur a conscience d’être en train de rêver). Et que seulement 38% ont rapporté avoir entendu leurs acouphènes. Les chercheurs ont enfin observé que les patients qui avaient un état de conscience accrue pendant leur sommeil, avaient moins souvent des acouphènes.

Pour les auteurs, cela suggère « que les sons externes durant le sommeil pourraient agir comme un interrupteur des acouphènes », offrant ainsi une piste de traitement. « Mieux comprendre cette pathologie et identifier les facteurs de risques aidera à améliorer la prévention et développer des solutions thérapeutiques », conclut l’Institut Pasteur dans un communiqué.

Références :

Sources : D’après un communiqué de l’Institut Pasteur (1er juillet) ; Hobeika, L., et al. Nat Commun 16, 4244 (2025) ; et Guillard, et al. Hearing Research, 458, 109204.
https://doi.org/10.1038/s41467-025-59445-3 
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0378595525000231?via%3Dihub 
 

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