Environnement et climat, nouvel horizon de la pneumologie française

22/02/2023 Par Romain Loury
Pneumologie
Le lien entre l’environnement et les maladies pulmonaires a été la thématique phare du 27ème Congrès de pneumologie de langue française (CPLF)*, organisé à l’initiative de la Société de pneumologie de langue française (SPLF), qui s’est tenu du 27 au 29 janvier à Marseille. Les pneumologues souhaitent faire entendre leur voix en coordination avec les autres spécialités ; en témoigne la session inaugurale qui a porté sur « One Health ». Dépistage, prévention, pollution, climat… sont autant de sujets sur lesquels la communauté pneumologique compte peser lors des prochaines années. Le point avec le Pr Jésus Gonzalez, du service soins de suite et de réadaptation respiratoires et neuro-respiratoires de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) et président de la Société de pneumologie de langue française (SPLF).

  Egora : Quel bilan tirez-vous de ce 27ème Congrès de pneumologie de langue française ?

Pr Jésus Gonzalez : Extrêmement positif ! Après l’annulation de l’édition 2021 en raison de l’épidémie de Covid-19, puis la jauge imposée lors de l’édition 2022, nous avons pris plaisir à nous retrouver ensemble. C’était un congrès très dynamique, avec un public plus jeune, plus féminin. La pneumologie commence enfin à ressembler à notre société. Ce n’était pas forcément le cas jusqu’alors : comme beaucoup de disciplines médicales, la pneumologie avait le défaut des grandes institutions, très masculine, dominée par une génération de seniors (dont je fais partie !).
Quels sont les points majeurs que vous retenez de ce congrès ?

Tout d’abord la mise en avant de progrès importants en cancérologie, démontrés par les résultats de l’étude KBP, qui révèlent une nette progression du taux de survie chez les patients atteints d’un cancer du poumon. Ces dernières années ont ainsi permis une amélioration de la prise en charge, tout en allant plus loin sur le dépistage et la prévention. Lors de ce congrès, une thématique est apparue en force : celle du lien entre l’environnement et les maladies pulmonaires. C’est un sujet que nous avons mis en avant lors de notre conférence inaugurale sur « One health » [un concept liant la santé humaine à l’environnement et à la santé animale, ndlr]. Les maladies respiratoires présentent un lien étroit avec le changement climatique, les toxiques inhalés, la pollution de l’air. Plus largement, ce congrès a démontré la diversité du travail du pneumologue, avec des présentations ayant trait aussi bien à la fibrose pulmonaire qu’à l’hypertension artérielle pulmonaire, en passant par les maladies neuromusculaires.  
L’environnement est justement l’une des thématiques que vous souhaitez mettre à l’honneur à l’occasion de votre présidence de la SPLF. Comment comptez-vous vous y prendre ?

La communauté pneumologique souhaite s’engager plus largement sur ce sujet. Pour cela, nous avons mis en place fin 2022 au sein de la SPLF une mission interdisciplinaire pollution-climat. Il s’agit non seulement de nouer un dialogue sur ce sujet avec les autres spécialités médicales, mais aussi de former les professionnels de santé aux impacts de la pollution et du changement climatique sur la santé respiratoire. La pneumologie doit être mise plus en avant sur les sujets liés aux allergènes, aux expositions virales et au concept One Health. Nous partagerons notre travail, mené sur la base de l’Evidence-Based Medicine, notamment avec la Fondation du Souffle, chargée de communiquer auprès du grand public.  
Derrière le sujet de l’environnement, se tient celui de la prévention des maladies respiratoires. Quelles sont les marges d’évolution de la pneumologie à ce sujet ?

Que ce soit sur les masques ou sur les vaccins, il faut que la médecine préventive devienne plus présente. Il ne faut plus de contenter de traiter les maladies, il faut aussi les prévenir. Le sujet va prendre de l’importance en 2023, avec plusieurs avancées en matière de vaccins : l’arrivée de premiers vaccins combinés contre le virus SARS-CoV-2 et contre le virus de la grippe, ainsi que celle d’un premier vaccin contre le VRS, responsable de la bronchiolite. Cet effort pour la prévention devra aussi passer par une collaboration accrue avec la médecine vétérinaire, dans le cadre de la stratégie One Health. Mais il impose aussi de travailler plus étroitement avec les généralistes, dont l’action en matière de prévention va s’accroître. Outre la mission pollution/climat, la SPLF a d’ailleurs mis en place une mission dépistage et prévention en pneumologie.  
Des travaux sont en cours pour évaluer l’intérêt d’un dépistage généralisé du cancer du poumon chez les fumeurs par scanner thoracique. Où en est-on ?

Nous sommes en désaccord avec la Haute autorité de santé (HAS), qui n’aborde le sujet que par des protocoles de recherche ou des projets menés dans le cadre de l’article 51 [de la loi de financement de la sécurité sociale de 2018, qui prévoit un dispositif permettant d’évaluer des organisations innovantes en santé, ndlr], ce qui suppose de monter de gros dossiers de demande de financement. Tout cela n’est plus pertinent : l’efficacité du dépistage du cancer du poumon est désormais largement démontrée, et a déjà fait l’objet de nombreuses études internationales. Nous ne sommes plus en mesure d’attendre encore cinq ans avant qu’un tel dépistage soit mis en place.
*Le 27ème CPLF est organisé par Pneumologie Développement, à l’initiative de la SPLF, de l’Association de perfectionnement post-universitaire des pneumologues (APP) et du Collège des pneumologues des hôpitaux généraux (CPHG).  

 
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