@Pete/ Stock.adobe.com/ Générée avec IA
Les jeunes médecins sont-ils vraiment moins engagés que leurs prédécesseurs ?
Réunis lors des 13es Rencontres nationales de Reagjir, plusieurs représentants syndicaux ont réfuté l'idée d'une nouvelle génération moins engagée, cherchant des moyens pour contrer cette idée dans la société. Du médecin de famille à l'interprofessionnalité, les participants ont tenté de mettre des mots sur l'engagement "différent" qu'ils défendent.
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"L'engagement". S'il y a un mot qui est revenu dans la bouche de nombreux participants durant les 13e rencontres nationales de Reagjir, c'est bien celui-là. D'abord pour dire que celui des jeunes médecins n'est pas mort, voire même qu'il "reste entier" et "plus que jamais d'actualité", comme l'a affirmé Killian Thomas, désormais ex-président du syndicat, dans son discours d'introduction. Puis, ensuite, pour essayer de trouver les moyens de changer cette image de génération démissionnaire, collant parfois aux jeunes médecins, via une table-ronde intitulée, non sans ironie, "les jeunes médecins ne veulent plus s’engager".
Pour Clément Hugueny, trésorier de l'intersyndicale nationale des internes (Isni), la solution commence, notamment, en utilisant les mots justes. Fini le "désengagement", bienvenue au "non-sacrifice". Une expression qui correspondrait plus à cette nouvelle génération qui refuse de faire du "5h-22h", de "ne pas voir sa famille et ses proches", et cela même en échange d'un "métier vocation". Changer les termes, mais aussi se reposer sur des faits chiffrés afin de donner plus de force aux propos, comme le suggère Killian Thomas.
"Il faut montrer à la population des sondages qui soulignent que, en fait, on est quand même très actif", confirme l'intéressé en citant justement… des chiffres. "On peut reprendre l'enquête conjointe du collège de la médecine générale et de l'Ordre qui, lors du CMGF de l'année dernière, montrait qu'un remplaçant fixe, puisque c'est souvent des jeunes médecins, équivalait quasiment à 80% d'un médecin temps plein."
Un phénomène qui se répète
Mais si tout cela était finalement vain ? Si Arthur Garcia, vice-président de l'Isnar-IMG, évoque plusieurs études montrant que l'idée d'une nouvelle génération en déclin est assez omniprésente depuis l'Antiquité, la patronne du syndicat préfère citer Socrate qui critiquait déjà la jeunesse en "399 av Jésus-Christ".
Pour autant, des chiffres peuvent contraster cet engagement, comme le nombre de médecins traitants en France. Aujourd'hui, "on est à peu près à 40 % de médecins généralistes qui pratiquent encore cette médecine qu'on peut dire médecine de famille", lance ainsi Olivier Cadiou, secrétaire de Reagjir, distribuant la parole lors de cette table-ronde.
Ces chiffres trouveraient leur explication dans le manque de "moyens", mais aussi dans les critiques et la défiance opérée par les pouvoirs publics à l'égard de la médecine générale. "Et forcément, quand on est jeune et qu'on voit tout ça, on se dit que c'est compliqué et on trouve d'autres alternatives", juge Killian Thomas.
Une vision partagée par Atika Bokhari : "On se rend compte qu'on a des objectifs à atteindre, des seuils à ne pas dépasser. On l'a bien vu avec le PLFSS de cette année, indique l'intéressée. Cet exercice-là fait peur."
Le parcours étudiant des futurs médecins pourrait aussi être une explication. "Dès le début de nos études, on a 1001 occasions d'être déraciné", souligne la présidente de l'Isnar-IMG. "On ne peut pas s'attendre à ce qu'un jeune qui a vagabondé pendant dix ans, en un claquement de doigts, à l'issue du DES, décide de s'ancrer et de ne plus bouger", ajoute-t-elle appelant à un peu plus de stabilité et à respecter les envies des internes. De la stabilité et une formation plus complète. "Les internes savent faire de la médecine générale, mais ne savent pas être médecin traitant", déplore Clément Hugueny, trésorier de l'Isni.
Des échanges qui permettent donc de dessiner les contours de cet engagement "différent", avec en tête de proue, un attrait pour les collaborations interprofessionnelles. Une nouvelle manière d'exercer qui peut "influer sur la santé mentale des jeunes médecins", comme l'indique Clément Hugueny. "Le fait d'être tout seul dans son cabinet après avoir déjà partagé dix, onze années en collectivité, et du jour au lendemain, se retrouver entre quatre yeux avec le patient, c'est sûr que ça peut déstabiliser un petit peu les jeunes médecins." "Travailler en pluripro, c'est quelque chose qui fait partie de la volonté des internes", confirme Atika Bokhari.
"Cette interprofessionnalité, elle change quand même la donne. […] On échange avec les autres et ça permet vraiment de prendre du recul", indique Killian Thomas. "On sait qu'il y a des patients qui ne vont pas forcément nous dire pourquoi ça ne va pas, mais, par contre, ils vont se confier à un autre professionnel. Et pouvoir partager ces informations-là, c'est crucial", complète l'intéressé qui évoque également "la libération du temps de travail" avec les assistants présents sur place. Un nouvel engagement qui pourrait donc permettre une meilleure prise en charge des patients.
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