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Crise chez Jeunes médecins : la branche francilienne du syndicat menacée d'exclusion

Jeunes médecins vient de déclencher une procédure disciplinaire à l'encontre de sa branche francilienne. Dans ce cadre, une assemblée générale extraordinaire aura lieu le 9 avril, à l'issue de laquelle Jeunes médecins Ile-de-France pourrait être exclu de la structure nationale pour "motif grave". Explications.

25/03/2026 Par Louise Claereboudt
Syndicalisme
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Rien ne va plus entre Jeunes médecins national et Jeunes médecins Ile-de-France, en conflit ouvert depuis plusieurs mois. Le syndicat national a en effet décidé à l'unanimité le 22 mars 2026 de convoquer une assemblée générale extraordinaire en vue d'engager une procédure disciplinaire à l'encontre de Jeunes médecins Ile-de-France (JM IDF). La branche francilienne pourrait bien être exclue du syndicat à l'issue du vote de cette assemblée, qui aura lieu le 9 avril prochain.

"Depuis plusieurs mois, des dysfonctionnements répétés ont été constatés, malgré de nombreuses tentatives d'échanges qui n'ont trouvé aucun écho", écrit la présidente de Jeunes médecins, la Dre Anna Boctor, dans une publication diffusée sur LinkedIn ce mercredi 25 mars. Le syndicat national reproche notamment à sa branche francilienne de refuser d'appliquer les statuts et les décisions prises par l'assemblée générale de Jeunes médecins.

 

Le syndicat national met également en doute le "fonctionnement démocratique interne" de JM IDF. En cause : des "irrégularités" qui auraient entaché les élections des membres du bureau de Jeunes médecins Ile-de-France en décembre 2025. Les candidats ayant obtenu leur DES il y a plus de dix ans auraient été écartés alors que la suppression de cette limite a été votée en janvier 2024 en AG de la structure nationale de Jeunes médecins.

Selon le syndicat, les demandes de mise en conformité formulées à plusieurs reprises sur ce point avant la tenue du scrutin sont restées lettre morte jusqu'au 18 mars dernier.

En outre, la liste des votants aurait été arrêtée 48 heures seulement avant la tenue de l'assemblée générale élective, selon Jeunes médecins, qui reproche par ailleurs à sa branche francilienne d'avoir confié à l'un des candidats au bureau la charge de s'assurer de la bonne tenue du scrutin.

"Campagne de dénigrement"

Ce n'est pas tout. JM national reproche à JM IDF d'avoir exprimé publiquement des positions "en contradiction avec la politique nationale définie par Jeunes médecins ou sans concertation préalable". Mais aussi d'avoir mené "une campagne de dénigrement systématique des décisions prises en assemblée générale", ceci ayant eu pour conséquence d'instaurer un climat de tension.

"Nous avons atteint ce stade parce que des manquements graves ont été commis de la part du bureau de la structure Ile-de-France", explique Anna Boctor à Egora. "J'agis comme une présidente c'est-à-dire que je fais appliquer les règles. Quand celles-ci ne sont pas appliquées, on déclenche ce qu'il faut déclencher… Comment peut-on être crédible aux yeux des institutions si à l'intérieur [de notre structure] on n'est pas propre et exemplaire ?", lance la pédiatre installée à Vence (Alpes-Maritimes).

"C'est d'une brutalité et d'une violence sans précédent", dénonce pour sa part le Dr Alexis Bourla, président de JM IDF, contacté par Egora. "Nous n'avons pas du tout le sentiment d'être en faute. C'est nous qui réclamons l'application des statuts depuis le début. C'est nous qui estimons être lésés par les décisions prises [dernièrement]", justifie le psychiatre parisien.

"Annexion" de régions

Ce dernier fait notamment référence à "l'annexion" de plusieurs régions par des structures existantes proches du bureau national, comme Paca qui a absorbé les adhérents d'Occitanie et de Corse, non représentés jusqu'ici sur leur territoire. "Annexions" qui auraient été validées alors qu'une "motion de défiance" ciblant la présidence nationale avait été évoquée côté Ile-de-France, note Alexis Bourla.

Conséquence de cette modification des périmètres géographiques : l'Ile-de-France, qui totalise près de 2 000 adhérents, et était historiquement majoritaire à l'AG, a perdu sa majorité. "On a rattaché les adhérents aux structures existantes à côté pour qu'au moins on porte leur voix", fait valoir de son côté Anna Boctor.

La branche parisienne dénonce par ailleurs d'autres "dysfonctionnements financiers et organisationnels", entre autres le fait que JM national n'ait pas procédé à l'élection d'un nouveau trésorier à la suite de la démission de la précédente trésorière nationale", en octobre dernier", "en signe de désaccord avec la gestion".

Dénonçant ces agissements, JM IDF a décidé en février d'assigner en justice le syndicat national. La branche francilienne revendiquait "une première victoire pour le respect des statuts et du fonctionnement démocratique du syndicat national" avec la tenue d'une assemblée générale le 7 mars, "après plusieurs mois de blocage institutionnel". "On a expliqué notre position", indique Alexis Bourla. "Pas mal de gens n'ont plus confiance dans le national".

Lors de cette assemblée, Jeunes médecins Auvergne-Rhône-Alpes (Aura) a proposé une médiation indépendante "afin de permettre une sortie de crise apaisée et respectueuse des statuts du syndicat". Mais "à ce jour, ces propositions sont restées sans réponse de la part du bureau national", regrette la structure dans un communiqué, apportant son soutien à JM Ile-de-France "dans sa démarche visant à garantir le respect des règles statutaires et le fonctionnement démocratique du syndicat".

"Le respect des statuts ne relève pas d'une médiation : on les applique", a de son côté soutenu Anna Boctor dans sa publication LinkedIn. Et d'ajouter que le déclenchement de cette procédure disciplinaire "n'est pas une sanction" mais "permet au contraire l'ouverture d'un cadre contradictoire, démocratique et transparent". L'assemblée générale extraordinaire du 9 avril " sera seule souveraine pour examiner les faits, entendre les différents interlocuteurs et prendre une décision".

"On fera tout ce qui est en notre pouvoir pour que nos droits soient respectés, pour que le droit de nos adhérents qui nous font confiance soit respecté", martèle Alexis Bourla. "On est adhérent à Jeunes médecins national et, ce faisant, on est censés respecter un certain nombre de choses, mais eux aussi", poursuit-il. Et de rappeler que "chaque structure est indépendante, autonome financièrement, [et] a ses propres statuts".

"C'est précisément le nœud du problème : ils ne veulent pas entendre qu'ils ne sont pas indépendants", soupire Anna Boctor, évoquant des "luttes de pouvoir". La présidente de Jeunes médecins national indique que le bureau "est en train de changer de modèle [pour que] l'AG revienne aux adhérents sans structure intermédiaire. La représentation territoriale sera toujours au cœur de gouvernance de Jeunes médecins, simplement ce ne sera pas sous la forme d'un bureau semi-autonome. On ne veut plus jamais revivre ça."

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Pascal LIGIER

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