@tiagozr/ Stock.adobe.com
"Je hurlais de douleur et leur demandais d'arrêter" : cette enquête révèle l'ampleur des atteintes au consentement en gynécologie
Près de 9 femmes sur 10 veulent que les professionnels de santé leur demandent davantage leur consentement avant chaque examen gynécologique, révèle une enquête de l'association StopVOG, qui met en lumière de nombreuses "atteintes" à ce principe au cours des consultations gynécologiques.
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Rendue publique ce jeudi 18 juin, cette enquête nationale StopVOG constitue, selon l'association, "l'un des plus importants corpus recueillis à ce jour, sur notre territoire, concernant le consentement en gynécologie". Menée du 30 juillet au 31 décembre 2025, l'enquête a permis de collecter 10 152 témoignages de femmes. Toutes ont répondu à un questionnaire en ligne comprenant 45 questions fermées et 11 libres sur leurs expériences des consultations gynécologiques.
Les résultats, analysés par le pôle recherche de StopVOG avec l'appui de chercheuses (du CNRS notamment), mettent en évidence "des atteintes fréquentes au consentement, des défauts d'information, des mauvaises pratiques médicales, des violences obstétricales et gynécologiques déclarées, ainsi que des conséquences importantes sur la santé physique et psychologique, le recours aux soins, ainsi que la confiance dans les professionnels de santé".
Volet principal de l'enquête, le consentement apparaît encore "largement entravé" en gynécologie, pointe d'abord StopVOG. Ainsi, 80,95 % des répondantes rapportent "au moins une atteinte à leur consentement" lors d'un examen gynécologique. Près de 85 % des répondantes estiment par ailleurs difficile de refuser un examen gynécologique proposé par un soignant.
L'association explique cette difficulté de refuser un examen par "l'asymétrie inhérente à la relation de soin" mais aussi par le "défaut d'information empêchant une patiente de faire son choix en toute connaissance de cause". Plus de 8 femmes sur 10 déclarent ne pas avoir toujours été suffisamment informées "sur l'intérêt de chaque examen (84,36 %) et sur son déroulé (82,84 %) lorsque l'examen était proposé pour la première fois". Au-delà des examens, seules 37 % des répondantes ont reçu une information sur au moins quatre méthodes contraceptives différentes.
En outre, près d'une personne sur deux déclare avoir subi des violences obstétricales et gynécologiques – les VOG – (28,7 % des violences gynécologiques et/ou 24,5 % des violences obstétricales). Il peut s'agir d'abus de pouvoir, de propos ou de gestes déplacés, sexistes, discriminants voire violents. Près de 40 % des répondantes disent ainsi avoir subi des discriminations dans leur parcours de soins (sexisme, grossophobie, racisme, discriminations liées à l'orientation sexuelle, à l'identité de genre, au handicap, aux choix reproductifs…).
Il peut aussi s'agir d'actes douloureux, sans soulagement de la douleur, sans prise en compte des symptômes ou du consentement libre et éclairé ou en dehors des recommandations de bonnes pratiques, selon StopVOG qui souligne le caractère "systémique" des VOG. Une répondante explique avoir subi une "ponction ovarienne sans anesthésie générale, je hurlais de douleur et leur demandais d'arrêter. La docteure a continué et a juste demandé à l'infirmière de me mettre le masque pour que je me calme."
Selon les résultats de l'enquête, les auteurs des violences obstétricales et gynécologiques sont, dans 39,7 % des cas, des gynécologues, dans 14,82 % des cas des autres médecins (radiologues, anesthésistes, médecins généralistes…) et à 12,7 % des sages-femmes. Il peut aussi s'agir d'autres professionnels, tels que des étudiants en médecine, kinés, ou encore infirmières.
Examens réalisés "par surprise"
Parmi les VOG déclarées, 56,3 % des répondantes ont fait part d'au moins une atteinte grave au consentement "pouvant s'apparenter à des violences sexuelles lors du parcours de soins gynécologiques". Notamment, des examens réalisés sans prévenir, "comme par surprise" (26,35 %), des examens acceptés "sous pression ou par sentiment d'obligation" (31,7 %), ou poursuivis "malgré la douleur et la volonté d'arrêter" de la patiente (51,3 %), ou encore "malgré un refus exprimé" (4,1 %), liste l'enquête.
"Le médecin a inséré ses doigts dans mon vagin sans me prévenir au préalable de son geste. Je l'ai vécu comme un viol. Il a été très brutal et j'ai eu très mal", déclare ainsi une répondante.
L'enquête montre que les jeunes filles ne sont pas à l'abri de ces violences. Elles peuvent être "confrontées à des examens imposés, sans information adaptée à leur âge ou sans leur consentement effectif", alerte StopVOG. Mais aussi subir des "examens réalisés précocement", "parfois en contradiction avec les recommandations professionnelles". Près de 66,7 % des répondantes indiquent avoir eu leur premier frottis avant l'âge de 25 ans. Et 35,4 % ont eu leur premier examen vaginal avant 18 ans.
"Un médecin m'a réalisé un frottis alors j'étais toujours vierge. J'ai eu très mal. Mais je pensais que c'était nécessaire, donc je n'ai pas protesté. Quand j'ai raconté cela à ma gynécologue actuelle, elle était choquée et m'a dit qu'un médecin n'était pas censé faire de frottis sur une patiente vierge", confie une jeune patiente. Une autre raconte avoir vécu sa première échographie pelvienne à l'âge de 13 ans alors qu'elle était vierge. Elle affirme n'avoir reçu aucune information sur l'examen, et son consentement n'a jamais été recueilli.
L'enquête documente, en outre, des gestes à connotation sexuelle : 9,8 % des répondantes évoquent des gestes déplacés sur les parties intimes, et près de 4,5 % des va-et-vient dans le vagin.
Au-delà de ces violences, l'enquête met en lumière des difficultés pour les patientes à se faire entendre lors des consultations gynécologiques. Plus d'une femme sur deux (55,85 %) estime que ses douleurs ou les effets secondaires ont été niés concernant ses règles (39,08 %) ou sa contraception (43,37 %). "C'est dans votre tête, toutes les femmes souffrent. L'endométriose c'est à la mode, le SOPK ça ne se soigne pas, ça ne sert à rien de faire des examens", a-t-on dit à l'une d'elles.
Stress post-traumatique
Ces expériences ne sont pas sans conséquences pour les patientes qui les vivent. "Les expériences difficiles rapportées par les patientes ne peuvent être dénigrées par les professionnels de santé, en invoquant un simple 'défaut de communication', insiste StopVOG. Elles peuvent avoir des conséquences durables sur la santé, la confiance envers les professionnels et la continuité du suivi médical."
Sept femmes sur 10 se sont ainsi senties mal physiquement et/ou psychologiquement en sortant d'une consultation gynécologique, sans lien avec une inquiétude pour leur santé. Et 53 % ont peur de reconsulter voire ont mis fin à leur suivi. Plus d'une répondante sur deux (50,59 %) a aussi eu au moins un trouble psychologique suite à une consultation mal vécue (souvenirs pénibles, perte de confiance dans les autres, évitement du lieu de soin, honte, anxiété, troubles du sommeil et de l'attention, sexualité dégradée, idées suicidaires).
"Je ne crois pas au changement du secteur médical, je n'ai plus du tout confiance", déplore une répondante.
"Ces conséquences augmentent fortement chez les personnes déclarant avoir subi des violences obstétricales et gynécologiques", signale StopVOG. 72,75 % des femmes ayant subi des VOG rapportent ainsi un "éloignement du suivi gynécologique" (contre 32,1 % pour les patientes n'en ayant pas subi), et 73,64 % rapportent "au moins une manifestation psychologique" (contre 26,36 % chez les femmes n'ayant pas déclaré de VOG). 5,44 % présentent même un profil compatible avec un trouble de stress post-traumatique, selon l'enquête.
Une loi-cadre contre les VSS
A l'aune de ces résultats, StopVOG appelle les autorités à faire du repérage des violences obstétricales et gynécologiques "un enjeu de santé publique". "Les patientes doivent être reconnues comme des sujets de droit, capables de comprendre, de choisir, de refuser, d'interrompre un acte et de participer à l'amélioration des pratiques de soins", insiste l'association. "Leur parole doit être écoutée, documentée et intégrée aux politiques de santé publique", ajoute l'organisation qui plaide pour que les patientes soient davantage associées aux travaux définissant les bonnes pratiques médicales, les parcours de soins et les dispositifs de prévention.
S'ils "ne prétendent pas être représentatifs de l'ensemble des consultations gynécologiques réalisées en France", ces résultats méritent, selon le collectif, d'être connus et pris en compte par les pouvoirs publics. StopVOG milite pour une "loi-cadre intégrale" contre les violences sexistes et sexuelles, incluant les VSS en santé (dont les VOG). Elle soutient ainsi la proposition de loi déposée en décembre dernier par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez. Un texte soutenu par plus de 160 députés, mais qui n'a pas encore été examiné malgré les multiples requêtes, en particulier depuis l'affaire Lyhanna.
Objectif de StopVOG : faire du consentement "une exigence réelle, contrôlée et opposable, tant pour les adultes que pour les enfants". Une demande qui va dans le sens de ce que souhaitent les patientes sondées dans l'enquête : 89,4 % des répondantes indiquent qu'elles aimeraient que les professionnels de santé leur demandent davantage leur consentement avant chaque examen gynécologique. Pour StopVOG, cela doit notamment passer par une meilleure formation des professionnels.
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