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Médecins téléconsultants, ils créent leur syndicat : "Seuls, on ne fait pas le poids face aux plateformes"

Créé en mars dernier, le Syndicat national des médecins téléconsultants regroupe une cinquantaine d'adhérents (généralistes, psychiatres, pédiatres, etc.) exerçant au sein de plusieurs plateformes (Qare, Livi ou encore Medadom). L'organisation entend faire entendre la voix de praticiens au statut atypique. Pressions liées à la rentabilité des plateformes, rémunération, qualité des soins, accès aux soins… La Dre Louise Delenclos*, l'une de ses membres fondateurs, détaille les revendications de ce nouveau syndicat pour Egora.

06/07/2026 Par Louise Claereboudt
Télémédecine Syndicalisme
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Egora : Vous faites partie des membres fondateurs du Syndicat national des médecins téléconsultants. Pourquoi avoir créé cette organisation ? Ne vous sentiez-vous pas représentée jusqu'ici ? 

Dre Louise Delenclos : La téléconsultation sur les plateformes est un exercice assez spécifique. Nous, médecins téléconsultants, avons un statut non pas de libéral, mais qui s'apparente plutôt à celui d'un salarié. Or, nous dépendons de la convention libérale, parce que nous avons des tarifs à l'acte, et nous ne sommes pas non plus hospitaliers. C'est donc un statut complètement intermédiaire. Nous avons eu envie de pouvoir parler nous-mêmes de notre situation plutôt que d'avoir des relais [les syndicats médicaux libéraux, NDLR] qui ne comprendraient pas forcément les spécificités de notre quotidien. 

L'une de vos priorités est de défendre les droits des praticiens exerçant pour des plateformes. Ces médecins sont-ils aujourd'hui à la merci de ces mastodontes ? 

Clairement, moi toute seule, je ne fais pas le poids face aux géants actuels. L'idée avec la création du syndicat, c'était donc de s'associer. Les plateformes ont des enjeux clairement financiers, mais elles ont aussi besoin de nous, car c'est nous qui soignons les patients. Il faut trouver un juste équilibre. 

Dans vos récentes communications, vous avez soulevé de nombreux abus de la part des plateformes : "modification unilatérale" de la rémunération des médecins, "pression" sur les créneaux ou les pratiques médicales, modification des contrats sans l'accord du praticien… Subissez-vous des pressions quotidiennes ?

La téléconsultation, pour les investisseurs, ça reste une course à la rentabilité. Ils sont là pour faire du chiffre. Certains médecins peuvent ressentir des pressions de plein fouet. Même si nous sommes théoriquement protégés vis-à-vis de ces pressions, elles restent insidieuses et sont toujours très subtiles. 

Du côté des médecins, nous avons des contrats différents, donc des ressentis différents. Pour ma part, par exemple, j'ai un contrat horaire. Plus je vais voir de patients, plus ça va être rentable pour la plateforme. Cela n'empêche que je reste indépendante. Mais c'est vrai qu'au début [de mon exercice], mon account manager me listait mes "résultats" (pourcentages de satisfaction, taux de patients vus par heure…) et aurait aimé que j'augmente un peu ma cadence. Heureusement, ce n'est pas allé plus loin…

Pour d'autres médecins, leurs contrats sont liés au nombre de consultations qu'ils réalisent. Or, nous ne sommes pas censés avoir quelque chose de cet ordre-là dans nos contrats. 

Quid de la modification unilatérale de la rémunération que votre syndicat dénonce ? 

Des plateformes ont décidé de modifier unilatéralement certains contrats et de baisser la rémunération par consultation pour les médecins qui avaient signé ce contrat-là. De mon côté, je suis en contrat horaire avec part variable et elle a été totalement supprimée via une décision unilatérale de l'employeur (DUE). 

Il y a aussi le plafond du taux de consultation qui était jusqu'alors à 7 (on était rémunérés jusqu'à 7 téléconsultations par heure) qui a été relevé à 12. Si ce chiffre a augmenté, ça ne s'est pas fait sans réflexion. L'objectif des plateformes est clairement d'aller vers un rendement plus intéressant. Pour avoir une meilleure rentabilité, les plateformes mettent en avant l'utilisation de l'intelligence artificielle. Mais nous, nous ne voulons pas donner notre confiance dans l'IA.

C'est en cela que la baisse de rémunération est un peu fourbe. Si on veut maintenir un niveau de rémunération équivalent, il faut nécessairement augmenter la cadence. 

Et qui dit augmenter la cadence, dit abattage ? 

Ce qui est important pour nous, c'est que nous puissions exercer correctement. Et que les médecins qui auraient tendance à faire les choses à la va-vite, peut-être parce qu'ils se sentent pressurisés, ne soient plus obligés de le faire. Car c'est une baisse de qualité pour les patients. 

Les pouvoirs publics ont en effet pointé, lors des assises de la télémédecine, des pratiques hétérogènes en matière de qualité et de pertinence des soins… 

Actuellement, il y a un flou sur la possibilité d'uniformiser [les pratiques médicales] parce que les plateformes n'ont pas de droit de regard au nom de l'indépendance du médecin. Si je constate une grosse carence avec un praticien, je ne peux pas faire remonter l'information à ma plateforme. Je peux échanger par écrit avec le confrère en question – ce que j'ai déjà fait et clairement on ne me répond pas… –, mais la plateforme est complètement impuissante vis-à-vis de ces carences. S'il y a un problème avec un médecin, ça doit passer par le conseil de l'Ordre.

Faites-vous aussi face à des abus de la part des patients ? 

En consultation médicale, comme en téléconsultation, nous avons des patients qui viennent pour se faire soigner, et d'autres qui viennent avec leur liste de course ou pour obtenir un arrêt de travail. En revanche, la téléconsultation simplifie les choses pour ces personnes qui sont un peu des "abuseurs" de la consommation médicale, qui vont consulter plusieurs fois de suite jusqu'à ce qu'elles obtiennent ce qu'elles veulent. Avec la téléconsultation, elles n'ont plus besoin de sortir de chez elles…

En tant que syndicat, nous ne sommes pas d'accord avec ça. Nous considérons qu'il devrait y avoir une limite. Par exemple, que la première téléconsultation soit remboursée, mais que, si on consulte 5 fois de suite, les 4 autres téléconsultations ne soient pas remboursées. Pour l'instant, il n'y a aucun contrôle… 

Autre problème : aujourd'hui, les patients peuvent demander à masquer leurs téléconsultations précédentes. Pour nous, c'est un risque. Nous avons besoin de connaître l'antériorité. Nous sommes plusieurs à dire que nous ne délivrons plus rien (plus d'arrêt, plus d'ordonnance) si le patient n'accepte pas de démasquer les téléconsultations précédentes. Mais les patients peuvent aussi créer d'autres comptes. Récemment, j'ai eu une patiente qui a 12 comptes. Ce n'est clairement pas pour des intentions nobles…. Il y a besoin que ça bouge, dans l'intérêt de tout le monde (du patient, du médecin, de la plateforme, de la Sécurité sociale). 

L'une des priorités de votre syndicat, au-delà de lutter contre les abus, c'est de garantir aux médecins téléconsultants une rémunération digne. Vous réclamez un tarif plancher de l'ordre de 60 %...

Globalement toutes les plateformes se sont alignées sur le même tarif [selon le syndicat, les niveaux de rémunération nette atteignent "seulement"  6 ou 7 euros la téléconsultation, sur un tarif Sécurité sociale de 25 euros], c'est-à-dire un tarif faible par rapport au prix de la consultation et aux frais annexes du patient.

Nous voulons montrer que quand le travail est bien fait, ça semble logique que la rémunération suive derrière. On peut parfois entendre que la téléconsultation est une médecine de bas étage : pas du tout ! La téléconsultation peut être très qualitative. Il y a des patients pour lesquels je vois des choses qu'en présentiel on ne voit pas. 

Quand on est rémunéré de façon qualitative, le travail qualitatif va aussi de pair. Si vous êtes moins rémunéré, vous aurez tendance à être moins investi dans votre travail. C'est gagnant-gagnant. 

Vous demandez également que la valeur de l'acte soit revalorisée, pour s'aligner sur celle de la consultation en cabinet. 

Je comprends que ça puisse faire grincer des dents. Dans un cabinet, les médecins ont beaucoup de frais que nous n'avons pas. Nous n'avons pas à nous occuper de la gestion du cabinet. Mais sur les plateformes, il y a aussi des frais, de service notamment.

Il faut aussi se poser la question du service médical rendu, qui est la finalité. En téléconsultation, nous voyons aussi des patients qui n'ont plus de suivi, nous avons des dossiers qui peuvent s'alourdir. Nous faisons une espèce de substitut du médecin traitant quand certains patients n'en ont pas. Et on se retrouve à faire un travail sous-payé par rapport au présentiel. Sans compter que nous effectuons ce travail en ayant moins d'informations à notre disposition.

Donc oui, dans certains cas, j'estime qu'il n'y a pas de raison qu'on soit moins payés. Notre travail reste le même. 

Vous plaidez également pour mettre fin au ratio présentiel/téléconsultation "imposé". Actualisant ses recos sur la télémédecine, l'Ordre a rappelé qu'elle "ne peut jamais être l'activité principale d'un médecin". Quel est votre avis là-dessus ? 

S'il doit exister un seuil, il ne doit pas être appliqué au médecin mais au patient. On pourrait imaginer qu'un patient fasse 1h de route parce qu'il doit au moins être examiné une fois par an par un médecin mais qu'après, le reste du temps ce soit acceptable de le faire en téléconsultation.

Préparez-vous des actions ? 

Nous sommes en discussion active. C'est en train de se mettre en place. On essaie de rester prudents parce qu'on sait qu'en face de nous on a des géants, mais prudents ne veut pas dire inactifs. 

*La Dre Louise Delenclos indique à Egora avoir été installée pendant quelques années avant de revenir aux remplacements et à la téléconsultation. Elle ne préfère ne pas communiquer le nom de sa plateforme.

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Françoise  PHELIPOT

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