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Jusqu'à 1 an d'attente pour un rhumatologue : la spécialité appelle à augmenter d'urgence le nombre d'internes formés
Alors qu'elle se trouve en première ligne face au vieillissement de la population et à l'augmentation des maladies chroniques, la rhumatologie se trouve face à un "mur démographique". Réunis mardi 30 juin dans une Conférence de concertation, les acteurs de la spécialité ont appelé le ministère à augmenter sans délai le nombre de postes d'internat.
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En 10 ans, la rhumatologie a perdu 16% de ses effectifs, passant de 2600 spécialistes en 2014 à moins de 2200 en 2023. Conséquence : "Il n'y a aucune zone qui est surdotée en rhumatologue, je dirais même qu'il n'y aucune zone qui est correctement dotée", a pointé, lors d'une conférence de presse, le Dr Eric Senbel, président du CNP de rhumatologie. Même à Marseille, où le spécialiste est installé, il faut "3 ou 4 mois" pour décrocher un rendez-vous. Dans l'Aveyron, département de 300 000 habitants qui se partage trois rhumatologues, il faut compter "plus d'un an". Les généralistes ont donc de plus de plus de mal à adresser leurs patients. Et la situation n'est pas près de s'améliorer puisqu'"un quart des rhumatologues ont plus de 60 ans". "On est devant un mur démographique", alerte Eric Senbel.
A l'issue d'une Conférence de concertation sur l'avenir de la rhumatologie réunissant l'ensemble des composantes de la spécialité, mardi 30 juin, ses représentants ont appelé à augmenter dès cette année le nombre de rhumatologues formés en ouvrant davantage de postes d'internat. Ce nombre n'a cessé de diminuer depuis 2022, passant de 97 à 86 postes en 2025.
Pourtant, la spécialité est attractive, assure la Dre Corinne Miceli-Richard, rhumatologue à l'hôpital Cochin (AP-HP) et présidente de la Société française de rhumatologie. "La rhumatologie fait partie des spécialités qui partent dans les premières au choix", relève la spécialiste, coordinatrice du DES en Ile-de-France. "Si on ouvre le nombre de postes, on a la certitude qu'ils seront pris."
Si elle apparaît trop souvent aux yeux du grand public comme "la spécialité des douleurs des petits vieux", la rhumatologie est en réalité "très diversifiée", souligne la présidente de la société savante. "On soigne des jeunes enfants, des adolescents, des adultes jeunes ou moins jeunes, des sujets âgés… On s'occupe de maladies auto-immunes, de maladies mécaniques, de maladies inflammatoires chroniques, de maladies osseuses, décrit-elle. Et avec l'oncologie, c'est la spécialité qui a le plus de thérapeutiques innovantes." Si les rhumatologues peuvent désormais pratiquer des gestes grâce à l'échographie interventionnelle, la spécialité repose essentiellement sur l'examen clinique. Il ne faudra donc pas compter sur la télémédecine ou l'IA pour pallier les difficultés d'accès aux soins, préviennent ses représentants.
Et les besoins sont immenses et exponentiels. Face au vieillissement de la population, "la rhumatologie est en première ligne", insiste Corinne Miceli-Richard. Les chiffres sont vertigineux : 17 millions de Français souffrent de maladies ostéo-articulaires, 65% des personnes de plus de 65 ans développent de l'arthrose (80% des plus de 80 ans), 40% des femmes seront concernées par l'ostéoporose et 500 000 nouvelles fractures sont déplorées chaque année, dont 70 000 du col fémoral. Soit "une toutes les 7 minutes, indique Eric Senbel. "Et d'ici à 2034, ce sera 600 000 fractures par an." 20% des personnes âgées qui se fracturent le col du fémur décèdent dans l'année qui suit et beaucoup ne retrouveront pas leur mobilité.
"Une fracture liée à l'ostéoporose peut faire basculer en quelques jours un patient de l'autonomie à la dépendance", alerte Corinne Miceli-Richard. Alors que seuls 20% des cas d'ostéoporose sont diagnostiqués – et la moitié, seulement, sont traités -, la profession plaide pour un dépistage systématique des femmes à la ménopause et des hommes à partir de 65 ans. "L'ostéodensitométrie est pratiquée de façon systématique en Suède, au Danemark et en Hollande, rapporte le Pr Thierry Schaeverbeke, de l'Université de Bordeaux. Ça coute 30 à 50 euros, avec des traitements qui permettent de réduire le risque de fracture du rachis de 70%, de fracture du col de 50% pour 500 euros par an", souligne-t-il. De même, lorsqu'il est initié dans les trois premiers mois, le traitement de la polyarthrite rhumatoïde permet d'obtenir une rémission à 1 an dans 80% des cas. "Entre 3 et 6 mois, on tombe à 50-60% de chances ; au-delà de 6 mois, 20 à 30%", développe le spécialiste.
En rhumatologie, "le coût du retard diagnostique est bien plus élevé que celui du traitement", martèle Corinne Miceli-Richard. "La maladie rhumatologique coûte surtout quand on la soigne trop tard : douleurs chroniques, arrêts de travail, perte d'emploi, perte d'autonomie, hospitalisation, chirurgie, entrée dans la dépendance… tout ça a un coût économique et humain considérable." La lombalgie est ainsi responsable de 30% des arrêts de travail de plus de six mois, rappellent les spécialistes. Faut-il alors, comme l'a proposé la ministre de la Santé Stéphanie Rist -elle-même rhumatologue- permettre aux généralistes de solliciter un deuxième avis en cas d'arrêt long pour TMS ? "Ce serait illusoire", répondent en cœur les représentants de la profession, qui misent davantage sur les équipes de soins spécialisés pour "structurer" l'adressage par les généralistes et prioriser les cas urgents. Le développement des cabinets secondaires peut également constituer un élément de la réponse.
Défendant "le droit de chaque Français à accéder dans un délai raisonnable à un rhumatologue", la spécialité appelle surtout à augmenter le nombre de médecins formés. "C'est le prix de l'anticipation", résume Corinne Miceli-Richard.
Un livre blanc :
Les acteurs de la spécialité, qui ont publié un livre blanc en début d'année, ont rencontré la ministre pour lui faire part de leurs préoccupations et de leurs propositions. "On n'a pas perçu une ouverture, une bienveillance particulière envers la rhumatologie. Elle est ministre et elle a ses contraintes."
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