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Assistants IA en santé : la nouvelle bataille du temps médical
Pendant des années, l’intelligence artificielle en santé a surtout été présentée comme un outil capable d’aider à diagnostiquer, prédire ou détecter. Une autre révolution, plus discrète mais probablement plus immédiate, est désormais en cours : celle des assistants IA capables de restituer aux professionnels de santé leur ressource la plus rare, le temps. Par Rémy Teston, consultant digital et expert e-santé (Buzz E-santé).
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Le prochain grand marché de l’intelligence artificielle médicale ne se jouera peut-être pas autour d’un nouvel algorithme diagnostique spectaculaire. Il se joue déjà dans les cabinets, les services hospitaliers et devant les dossiers patients. Son unité de mesure ? La minute médicale économisée.
Transcrire une consultation, structurer un compte-rendu, préparer une synthèse de dossier, retrouver une information, rédiger un courrier, coder un acte ou préparer la consultation suivante : une nouvelle génération d’assistants IA s’attaque désormais à toutes ces tâches qui gravitent autour du soin sans être, à proprement parler, du soin. Et cette évolution change profondément la promesse de l’IA en santé.
Les premiers usages médiatisés de l’intelligence artificielle médicale concernaient largement l’aide à la décision : analyse d'imagerie, détection de pathologies, scores prédictifs ou orientation diagnostique. Avec l’IA générative, le centre de gravité se déplace. L’objectif n’est plus nécessairement de demander à la machine : "Que faut-il décider ?". Il devient : "De quelles tâches pouvez-vous me débarrasser pour que je puisse mieux décider ?"
Les scribes médicaux dits ambient illustrent parfaitement cette évolution. Pendant la consultation, ils peuvent écouter l’échange entre le médecin et le patient, puis produire une proposition de compte-rendu structurée, destinée à être contrôlée et validée par le professionnel. Sur le papier, quelques minutes gagnées peuvent sembler anecdotiques. À l’échelle d’une journée de consultations, elles ne le sont plus.
L’équation économique pourrait sembler évidente : si un assistant permet de gagner deux minutes par consultation, il devient possible de recevoir davantage de patients
L’équation économique pourrait sembler évidente : si un assistant permet de gagner deux minutes par consultation, il devient possible de recevoir davantage de patients. Mais transformer automatiquement chaque minute gagnée en consultation supplémentaire serait probablement passer à côté d’une grande partie de la valeur de ces technologies.
Car le temps médical n’est pas uniquement une capacité de production. C’est également du temps d’écoute, de réflexion, d’explication et de coordination.
Additionnées sur plusieurs semaines, ces minutes prennent une autre dimension. Elles peuvent signifier finir ses comptes-rendus avant de rentrer chez soi. Regarder davantage son patient que son écran. Préparer un cas complexe. Téléphoner à un confrère. Ou simplement diminuer cette accumulation de tâches administratives qui déborde depuis longtemps sur le temps personnel des professionnels.
La véritable bataille des assistants IA pourrait donc être celle du temps médical utile.
Le scribe n’est probablement que la première étape. L’assistant médical de demain pourrait intervenir avant, pendant et après la consultation.
- Avant le rendez-vous, il synthétiserait les antécédents, les examens récents et les éléments nécessitant une attention particulière.
- Pendant l’échange, il structurerait les informations pertinentes sans obliger le médecin à multiplier les clics.
- Après la consultation, il préparerait le compte-rendu, le courrier au correspondant, certaines informations destinées au patient ou les éléments nécessaires à la coordination du parcours.
Progressivement, nous passons ainsi d’un logiciel que le professionnel doit alimenter à un environnement informatique capable d’observer le workflow et d’en absorber une partie. Cette évolution pourrait devenir un critère déterminant de compétition entre les acteurs de l’IA médicale. Le meilleur assistant ne sera pas nécessairement celui qui possède le modèle linguistique le plus impressionnant. Ce sera peut-être celui qui s’intègre suffisamment bien dans l’environnement clinique pour faire disparaître des dizaines de petites frictions quotidiennes.
Automatiser la documentation médicale ne signifie évidemment pas automatiser la responsabilité. Une note produite par une IA peut être très convaincante tout en comportant une omission, une formulation ambiguë ou une information erronée.
Plus les assistants deviennent invisibles dans le quotidien clinique, plus plusieurs questions deviennent centrales : consentement et information du patient, confidentialité des échanges, hébergement et traitement des données, traçabilité, intégration au dossier médical, cybersécurité, qualité des résumés générés et responsabilité en cas d’erreur.
Et surtout : le professionnel doit rester capable de distinguer ce qu’il sait de ce que son assistant lui suggère. Le paradoxe est là.
Pour réellement faire gagner du temps, l’IA doit devenir suffisamment fiable pour nécessiter moins de contrôle. Mais en santé, elle ne peut jamais devenir suffisamment invisible pour que l’on cesse de la contrôler.
La prochaine bataille de l’intelligence artificielle en santé ne consistera donc peut-être pas à remplacer le médecin dans ses décisions. Elle consistera à déterminer qui saura le mieux lui rendre son temps et ce qu’il choisira d’en faire.
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