@NusaibaAnika/stock.adobe.com
Médecin traitant, financiarisation, IA… Les 40 propositions de MG France en vue de la présidentielle
À quelques mois de l'élection présidentielle, MG France publie 40 propositions destinées aux candidats "pour transformer la médecine générale".
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"La France ne retrouvera ni accès effectif aux soins, ni prévention efficace, ni maîtrise soutenable de ses dépenses de santé sans une médecine générale traitante forte et indépendante au sein de soins primaires organisés", affirme MG France dans un document listant 40 propositions destinées aux candidats à l'élection présidentielle de 2027.
Le syndicat a identifié trois chantiers prioritaires à lancer dans les 100 premiers jours suivant l'élection du futur président de la République : identifier sur le plan conventionnel le médecin généraliste traitant, lancer un plan d'assainissement de l'offre de soins primaires face à la financiarisation, et enfin, ouvrir une offre publique d'assurance complémentaire santé. Le tout devra être inscrit dans une loi de programmation en santé quinquennale, avance MG France.
Alors que seul 1 généraliste sur 2 exerce la médecine générale traitante, le syndicat défend d'abord une meilleure reconnaissance de ce mode d'exercice. Il veut distinguer, dans le champ conventionnel, le médecin qui assure "réellement" le suivi au long cours d'une patientèle.
Il convient, pour cela, "d'objectiver enfin l'activité réelle de la médecine générale traitante" – un travail que pourrait faire la Drees. Le syndicat préconise, par ailleurs, de rapporter le seuil d'activité, base de calcul de la Cnam pour les aides et forfaits, à la patientèle suivie et au temps qui lui est consacré plutôt qu'au seul volume d'actes, moins représentatif. Les autres activités des généralistes devraient également être mieux identifiées.
Mieux rémunérer la "complexité"
MG France réclame une meilleure valorisation de la prise en charge des patients complexes. Le syndicat appelle à majorer les forfaits et les actes nécessaires à la prise en charge des patients "complexes". Il défend également la création de trois niveaux de complexité clinique, et l'élargissement du champ des consultations reconnues complexes. La visite à domicile auprès de patients vulnérables doit elle aussi être revalorisée.
MG France plaide, en outre, pour une montée en charge de la part forfaitaire dans la rémunération des généralistes, laquelle doit être "majorée pour les patients en ALD, multimorbides, âgés dépendants", entre autres.
Même si la démographie médicale devrait retrouver des couleurs dans les prochaines années, cela ne doit pas occulter les politiques d'"aller vers" à destination des patients sans médecin traitant. Il convient de valoriser la mission d'accompagnement à la recherche d'un médecin traitant confiée aux CPTS par une majoration dans l'ACI, juge MG France. En parallèle, il est nécessaire de soutenir l'installation, en rendant les aides "plus pertinentes" et en les conditionnant au secteur 1, soutient le syndicat.
La revalorisation de la fonction de médecin traitant permettra de "maximiser la part des installations qui s'orientent" vers cet exercice, espère le syndicat. MG France attire cependant l'attention des candidats à la présidentielle sur la quatrième année d'internat de médecine générale, qui doit bientôt débuter. Il faudra veiller à ce que chaque docteur junior ait un stage professionnalisant en soins primaires.
Le syndicat appelle également à "préserver ceux qui soignent" en réduisant les tâches administratives : "les doubles saisies, les certificats médicaux demandés inutilement, les incivilités" ou encore une "exposition juridique parfois disproportionnée". MG France souhaite également impliquer davantage les employeurs sur les sujets de santé au travail. Ce qui permettra de soulager les médecins traitants, "sommés depuis des années de réguler les arrêts de travail comme s'ils en étaient la cause".
Un champ d'action clinique plus large
MG France milite, par ailleurs, pour un élargissement du champ d'action clinique du généraliste : dermatoscopie, spirométrie, échographie clinique… Le syndicat appelle à lever certaines restrictions concernant les formations (DU/DIU), la prescription ou encore la vaccination en cabinet.
Cet élargissement des compétences ne peut, toutefois, se faire sans un renforcement du travail en équipe, estime MG France, qui défend un accès garanti à un assistant médical avec des critères simplifiés et sans objectif d'augmentation de la file active.
Il s'agit, aussi, de renforcer la coopération avec les autres professionnels de santé et du social. Le syndicat demande aussi que la coopération quotidienne, "aujourd'hui informelle et bénévole", dispose "enfin" d'un cadre et d'un financement, par exemple par le biais d'accords conventionnels bi-professionnels ciblés sur des situations précises.
Les hôpitaux de proximité sont aussi concernés. MG France souhaite accélérer leur labellisation, et suggère d'en faire des terrains de stage pour les internes et docteurs juniors.
Lutter contre la financiarisation
La lutte contre la financiarisation constitue un autre axe majeur du livret de MG France. Le syndicat appelle, dans un premier temps, à une mesure forte : interdire la détention par des personnes non professionnels de santé de structures de médecine générale et de premier recours, centres de santé et maisons de santé, financiarisés compris.
Pour préserver les médecins salariés de structures, le syndicat veut aussi interdire toute rémunération à objectif de volume d'actes. Il appelle aussi à encadrer les montages financiers dans les structures de soins primaires, en consacrant en droit le contrôle effectif sur le fonctionnement de sa structure du professionnel y exerçant. Autre proposition : "imposer une durée minimale de détention avant cession pour lutter contre les bulles spéculatives et les retraits brutaux de capitaux".
Il convient aussi de renforcer la régulation territoriale de l'offre financiarisée, selon MG France. Comment ? En conditionnant l'ouverture d'un centre de soins primaires à un agrément territorial "obligatoire", qui pourrait être révoqué par l'ARS sur indicateurs de qualité et de facturation. Mais aussi en imposant un "audit financier obligatoire" au-delà d'un seuil de centres détenus par un même opérateur.
Le syndicat milite également pour l'interdiction de facturer des frais additionnels aux patients.
Concernant la téléconsultation, le syndicat insiste pour qu'elle s'inscrive dans un parcours coordonné, avec le médecin traitant ou un confrère installé sur le territoire.
Prévention et santé environnementale
MG France formule, par ailleurs, plusieurs mesures relatives à la souveraineté des données de santé et l'intelligence artificielle. Le syndicat souhaite encadrer les IA commerciales "qui s'interposent entre le patient et le médecin". Il apparaît aussi nécessaire de certifier les outils d'aide à la décision et de clarifier la responsabilité.
Les médecins en devenir comme en exercice doivent aussi être formés à l'usage critique de l'IA, selon MG France.
Le généraliste doit aussi être outillé pour être véritable "pilote des programmes de prévention" aux yeux de MG France. Le syndicat suggère également de prendre en charge les consultations auprès des diététiciens sur orientation du médecin traitant, "en priorité pour les patients en ALD, en pédiatrie, pendant la grossesse et le post-partum, et en postbariatrique", et de créer pour les généralistes une consultation dédiée à la prescription et au suivi de l'activité physique adaptée, prise en charge à 100% pour les patients en ALD ou post-cancer.
Autre proposition : former les médecins à la santé environnementale.
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