"L'Etat ne perd pas d'argent lorsqu'il forme ses médecins, il en économise" : face à la coercition, François Braun rétablit "la vérité"

14/06/2023 Par Aveline Marques
L'épineuse question de la régulation de l'installation des médecins libéraux s'est invitée un peu plus tôt que prévu dans les débats à l'Assemblée nationale. Les députés ont examiné mardi, dans la soirée, un amendement à la proposition de loi Valletoux instaurant un conventionnement sélectif. L'occasion pour le ministre de la Santé François Braun de "rétablir certaines vérités". Non, les médecins libéraux "ne sont pas corporatistes" et non, ils n'ont rien à "rendre à la société" pour leurs longues études. Au contraire… 

 

"Nous y voilà", a déclaré François Braun. Le débat sur la liberté d'installation des médecins était attendu, mais il a débuté un peu plus tôt que prévu. Poursuivant dans la soirée de mardi l'examen de la proposition de loi visant à favoriser l'accès aux soins par l'engagement territorial des professionnels de santé (dite PPL Valletoux), les députés ont eu à se prononcer sur un amendement, déposé par un député de la majorité présidentielle, François Cormier-Bouligeon, instaurant un conventionnement sélectif : dans les zones sous-dotées, les consultations des médecins libéraux seraient majorées et remboursées à 100% ; dans les zones sur-dotées, un médecin qui s'installe ne pourrait le faire qu'en "secteur 3", ses consultations n'étant alors plus remboursées.  

Dénonçant "la porte ouverte à un système de santé à deux vitesses", le ministre de la Santé a émis un avis défavorable. Mais devant les arguments développés ensuite par des députés de tous bords en faveur de mesures coercitives, François Braun est monté au créneau pour défendre les médecins libéraux. "Vous voulez aller vers la contrainte… Au contraire, nous avons joué la confiance pendant le Covid avec les professionnels des territoires. Et ça a marché ! Leur imposer aujourd'hui la contrainte, c'est nier tout ce qu'ils ont fait pendant la crise Covid", a-t-il attaqué, avant de "rétablir certaines vérités".  

"On dit beaucoup de choses sur les médecins (…). On parle de 'corporatistes'. Non, ils ne sont pas corporatistes ces médecins libéraux, ils sont simplement attachés à bien faire leur métier, de façon libérale à l'échelle des territoires, a-t-il souligné. Les premiers à souffrir quand ils ne peuvent pas prendre de patients dans un désert médical, ce sont bien les médecins. Ce ne sont pas ces affreux professionnels qui ne veulent rien faire." 

 

"J'ai entendu des choses totalement fausses…" 

Et de poursuivre : "J'ai entendu des choses totalement fausses, je me permets de m'élever contre. J'ai entendu 'on leur paie bien leurs études, ils ont qu'à rendre ça à la société'. Mais de quoi parle-t-on? Voulez-vous demain que toutes les études universitaires soient payantes comme aux Etats-Unis? Que plus aucun jeune ne puisse y accéder quand il n'est pas issu des classes les plus aisées?" 

Pour appuyer son propos, le ministre de la Santé n'a ensuite pas hésité… à reconnaître que c'est bien l'Etat qui profite des études de médecine, comme l'avait révélé Egora dans une enquête chiffrée en janvier 2022. "Est-ce que vous savez qu'un étudiant en médecine à partir de la 4e année, travaille à l'hôpital pour 250 euros par mois à raison de 20 à 30 heures par semaine ? Lorsqu'il est interne, il travaille aussi à l'hôpital au maximum pour 5 euros de l'heure, en travaillant 40 heures en moyenne. Si vous regardez les chiffres -et je les tiens à votre disposition- l'Etat ne perd pas d'argent lorsqu'il forme ses médecins, au contraire, il en économise puisque nous avons ensuite des médecins qui travaillent dans notre hôpital public", a souligné François Braun. 

L'enquête d'Egora, se basant sur des données de 2019, avait en effet démontré que l'Etat dépensait 103 770 euros pour former un médecin généraliste… mais que ce même médecin avait permis à l'Etat d'économiser, durant son internat, 210 085 euros de main d'œuvre à l'hôpital par rapport à un praticien hospitalier*. 

François Braun a ensuite démontré que le modèle coercitif allemand appliqué à la France ne profiterait qu'à deux départements seulement, Mayotte et Wallis-et-Futuna, les autres étant en réalité "sur-dotés", puisqu'au-dessus de la limite d'un médecin pour 1 637 patients fixée par l'Allemagne. "Le modèle allemand, on est sous doté en dessous de 60 médecins pour 100 000 habitants, même en Mayenne, Monsieur Garot, vous êtes à 90 médecins pour 100 000 habitants. Donc le modèle allemand, ça veut dire qu'on va vous prendre des médecins pour les mettre ailleurs!" 

Le ministre a enfin mis en garde les députés sur les risques d'une mesure coercitive : elle détournerait les internes de la médecine générale, découragerait l'installation en libéral, inciterait les installés à se déconventionner ou, pour les plus âgés, à déplaquer prématurément. Enfin, son adoption ouvrirait "un conflit social majeur" avec les médecins, a alerté François Braun. "Je ne vois pas comment on fait une réforme majeure de notre système de santé sans les médecins." 

Si ce premier amendement a été rejeté par 127 voix contre 13, les débats reprendront dans l'après-midi, mercredi, autour de l'amendement des députés transpartisans, conditionnant toute installation d'un médecin dans un territoire non sous-doté à un départ de confrère. 

 

(L'extrait à partir de 1h15)

*PH en ETP en moyenne. 

 
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