Fillon incompris sur son programme santé : c'est la faute à la gauche

24/03/2017 Par Catherine le Borgne

Le Dr Dominique Stoppa-Lyonnet, la porte-parole Santé de François Fillon, détaille les évolutions du programme du candidat Les Républicains, après les remaniements de janvier dernier, à commencer par le rôle de la nouvelle Agence de garantie de couverture solidaire des dépenses de santé, et des modalités de prise en charge des dépassements d'honoraires.

  Egora.fr : Ce 23 mars, les médecins radiologues libéraux ont entamé un mouvement de grève, pour protester contre la baisse de certains de leurs forfaits et de leurs actes par l'assurance maladie. Comment comptez-vous assurer la maîtrise des dépenses d'assurance maladie ? Pr Dominique Stoppa-Lyonnet : Ce que vivent les radiologues, c'est une politique du rabot qui n'a rien à voir avec une réflexion sur l'efficience du parcours de soins. Elle peut avoir un impact immédiat sur le budget de l'assurance maladie, mais si la tendance à la diminution des remboursements se poursuit, cela peut avoir un impact important sur l'innovation.   La convention médicale limite les dépassements d'honoraires des médecins en secteur 2, un accord spécifique, propose des avantages aux praticiens qui acceptent un encadrement. Que deviendrait la liberté des honoraires, François Fillon élu président ? Cette agence qui sera un lieu de concertation entre professionnels, complémentaires et assurance maladie, se penchera sur les contrats solidaires qui ne permettent pas les dépassements d'honoraires ou les brident. En moyenne, les dépassements sont nécessaires pour que les praticiens puissent s'installer dans certaines villes. Les complémentaires sont tout à fait prêtes à revoir les conditions de prise en charge des dépassements d'honoraires, qui n'ont rien d'indus la plupart du temps.   Qu'est-ce que François Fillon peut dire aux chirurgiens-dentistes, désormais régis par un règlement arbitral depuis l'échec des négociations avec l'assurance maladie, portant sur le prix et le remboursement des soins conservateurs et des prothèses ? Cette possibilité d'une décision arbitrale vient ruiner le principe même des conventions : si l'exécutif n'arrive pas à une décision qui l'agrée, il peut prendre une décision arbitrale pour ne pas dire arbitraire et c'est ce qui s'est passé. Nous avons rencontré les chirurgiens-dentistes, les prothésistes, les étudiants en chirurgie dentaire, et ce que veulent les chirurgiens-dentistes, très clairement, c'est une valorisation des actes de prévention et des soins conservateurs, car les recours aux actes prothétiques signent en quelque sorte, un échec de cette politique. On peut toutefois espérer une amélioration à l'avenir si l'on prend en compte l'indice carié, c’est-à-dire le nombre moyen de caries par enfant qui était de 5 il y a quelques dizaines d'années, et qui est aujourd'hui descendu en dessous de 1. C'est dire l'importance des soins conservateurs et de la prévention. Il y a eu dans ce secteur, un désengagement total de l'assurance maladie. Mais il faut aussi garantir une bonne rémunération des soins prothétiques. Si les soins conservateurs étaient correctement rémunérés, le chirurgien-dentiste ne serait pas obligé de faire vivre son cabinet sur les soins prothétiques.   Ce raisonnement a été tenu par Marisol Touraine, mais les syndicats ont considéré que les propositions tarifaires qui leur étaient faites étaient irrecevables. Que comptez-vous faire pour qu'ils les acceptent, si vous accédez au pouvoir ? Le niveau de remboursement des soins conservateurs proposé était insuffisant, et puis l'assurance maladie ne va pas pouvoir prendre à sa charge l'ensemble des soins dentaires. Il va falloir faire avec les complémentaires et c'est le sens de la proposition de François Fillon qui veut que l'assurance maladie obligatoire travaille avec les complémentaires et avec les professionnels. Voilà pourquoi il propose la mise en place d'une Agence de garantie de couverture solidaire des dépenses de santé, réunissant, dans sa version remaniée, l'Uncam (caisses nationales d'assurance maladie), l'Unocam (organismes de protection complémentaire. Ndlr) et les professionnels de santé. Il faut aller vers des propositions de remboursement de soins de qualité, avec un contrôle du maintien acceptable du niveau des cotisations, ainsi que du niveau des frais de gestion de l'assurance maladie obligatoire et de celui des complémentaires, puisque ces dernières ont été beaucoup été critiquées sur ce point. Cette agence aura également la mission de s'assurer que les conditions permettant de délivrer des soins de qualité seront respectées.   Cette proposition de partage entre régime obligatoire et régimes complémentaires a été fortement critiquée, juste après sa victoire de François Fillon la primaire de la droite et du centre. Une partie du "bad buzz" autour de ce sujet tient au fait que durant cinq ans, le gouvernement a malmené les Français. Entre l'accord national interprofessionnel (ANI, Ndlr) qui permet à tous les Français d'avoir une complémentaire de base et qui conduit pour certains, à se doter d'une sur complémentaire, et les contrats responsables qui se sont envolés, avec un plafonnement des remboursements des compléments d'honoraires, nos concitoyens ont constaté une augmentation très sensible du reste à charge. C'est cette mauvaise expérience qui a conduit à cette incompréhension.   Faut-il comprendre que vous envisagez la négociation d'une nouvelle convention médicale, ou d'un nouvel avenant ? Cela se fera dans le cadre de la nouvelle agence.   François Fillon maintient son objectif d'économies de 20 milliards d'euros sur la durée du quinquennat. Comment compte-il s'y prendre ? Il faut prendre en compte le coût de la non qualité. Il y a plusieurs pistes : les parcours de soins et l'organisation des soins – des examens sont réalisés deux fois car il y a un cloisonnement entre la ville et l'hôpital, la coordination des soins et le coût de l'hôpital. On l'a vu avec l'épidémie de grippe : trop de personnes se rendent aux urgences du fait d'une insuffisance de la prise en charge en ville, qu'il faudra améliorer. Il y a le problème du coût des infection nosocomiales à l'hôpital, celui de la durée de séjour des personnes âgées, qui est prolongé car les soins de suite sont insuffisamment organisés et coordonnés.  Tout cela coûte très cher, il y a donc des gains d'efficience à réaliser sur l'organisation des soins. Sur les soins eux même, il y a certaines maternités par exemple, où le taux de césariennes est plus important que dans d'autres. Il faut bien entendu être très prudent, et la Haute autorité de santé via ses recommandations aura un rôle majeur à jouer. Enfin, un axe majeur sera constitué par la lutte contre les fraudes, qui se comptent en dizaines de millions d'euros. Il y a des fraudes à la CMU, à la CMUc dont l'attribution est basée sur du déclaratif, des fraudes autour des médicaments, autour de l'usage de la carte Vitale, y compris de la part de professionnels indélicats. Il peut y avoir des fraudes, comme des sortes d'arrangements…. Un rapport de l'OCDE avance qu'il y a toujours entre 10 et 20 % de gains d'efficience possible sur les systèmes de santé. Cette maîtrise de nos dépenses de santé est essentielle, pour ne plus mettre sous le tapis, les 120 milliards de la Cades (Caisse d'amortissement de la dette sociale). Ce qui ne nous donne pas la possibilité de rémunérer les professionnels de santé à la hauteur de leurs efforts. Je pense aux médecins, mais aussi aux infirmiers, aux aides- soignants qui se sentent malmenés. Car le message constant qui est véhiculé,  y compris dans le cadre de la diminution du montant des actes des radiologues, c'est que les professionnels de santé sont à l'origine du trou de la Sécu. On est dans un climat de défiance. Donc, il est indispensable de mieux maîtriser nos dépenses, pour mieux rémunérer les professionnels et avoir accès à l'innovation. Comment va-t-on faire pour traiter des dizaines de milliers de personnes avec des molécules innovantes, dont le corolaire est que malheureusement, elles sont très chères ? Et comment fait-on pour assurer la charge d'un traitement contre l'hépatite C, qui soigne les patients mais coûte 50 000 euros ? Même chose pour les thérapies ciblées contre le cancer, dont le coût annuel peut aller jusqu'à 500 000 euros. Si je devais résumer en cinq points le programme santé de François Fillon, je citerais la prévention à tous les âges de la vie, dans laquelle j'inclue l'éducation à la santé et l'éducation thérapeutique. Des projections estiment à 9 milliards d'euros, le coût de la non ou mauvaise observance des traitements, antibiotiques par exemple. Il faut ensuite mieux soigner, en se préoccupant de l'accès aux soins. Il faudra également mieux rembourser, en particulier en optique, en dentaire et pour les audio-prothèses. Le quatrième point, c'est la maîtrise des dépenses de santé et enfin, le cinquième c'est l'innovation, la recherche. C'est un enjeu d'indépendance dans le cadre de notre souveraineté sanitaire. Aujourd'hui, si l'on n'est pas capable de faire nos tests génétiques et si l'on doit aller chercher à l'extérieur nos médicaments, cela risque de déséquilibrer davantage notre balance du commerce extérieur. Il y a des propositions en termes de contrats de mandature, de délais d'obtention d'agréments pour les médicaments ou les dispositifs médicaux. Et il faut aussi une procurer une aide à nos startup innovantes, qui sont assez bien aidées au début et qui, ensuite ont de grandes difficultés à trouver des capitaux. Alors la société est vendue avec ses brevets et sort de notre territoire, ce qui est dommage car il s'agit d'un investissement important de formation des chercheurs. Il faut inciter le secteur économique à investir dans les biotechs.   François Fillon élu à la présidence de la République, quelle serait sa première décision en matière d'assurance maladie ? La première chose, c'est de remettre sur le métier la réflexion, en organisant des Etats généraux de la santé fin 2017, de manière à amplifier cette formidable concertation qui s'est tenue jusqu'au meeting de la Mutualité, le 17 février, pour remanier notre programme. Nous avons reçu plus d'une centaine d'acteurs du monde de la santé. Par ailleurs, François Fillon s'est engagé sur trois points concernant l'assurance maladie : prendre en charge une paire de lunettes pour les enfants, faciliter l'accès à la complémentaire santé des seniors. Et enfin, mettre en place l'Agence dont nous avons parlé plus haut.  

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