Mitterrand

François-Xavier Ortoli, à gauche, et François Mitterrand au Conseil européen d'Athènes en 1983. @European Communities , 1983

Cancer de François Mitterrand : les confidences de son ancien médecin

Durant des années, le Dr Claude Gubler a dû mentir sur l'état de santé de François Mitterrand, à qui un cancer de la prostate avait été diagnostiqué peu de temps après son élection, en 1981. Le généraliste et le Président de la République conviennent alors que la vérité serait révélée après sa mort. Près de 30 ans après avoir été radié par l'Ordre pour avoir brisé le secret médical et délivré de faux certificats, le médecin de 92 ans revient sur cette période marquante pour Egora. 

26/06/2026 Par Aveline Marques
Interview Histoire
Mitterrand

François-Xavier Ortoli, à gauche, et François Mitterrand au Conseil européen d'Athènes en 1983. @European Communities , 1983

Egora : Quelles sont les raisons qui vont ont poussé à écrire Le Grand secret ? François Mitterrand était-il au courant ? 

Dr Claude Gubler : Les raisons sont multiples. La raison principale, c'est que c'est ce qui avait été convenu entre lui et moi. En 1981, je lui ai dit que les Français oublieraient qu'il avait promis de donner des bulletins de santé. Il m'a répondu : "Je veux que vous donniez un bulletin de santé mais que vous ne mettiez pas que j'ai un cancer, c'est un secret d'Etat. Vous l'écrirez quand je ne serai plus là." Régulièrement, il me demandait : "Alors vos notes, ça avance ?" Mais je ne voulais pas que ce livre paraisse si tôt après sa mort, c'est Plon [l'éditeur, NDLR] qui l'a voulu. 

La deuxième raison, c'est que durant l'année 1994, les gourous sont arrivés. De Kuyper [homéopathe versaillais], qui était un élève de Beljanski [un biologiste moléculaire controversé pour ses remèdes "naturels", condamné pour exercice illégal de la pharmacie en mars 1994], était partisan d'arrêter les traitements anticancéreux et qu'on ne lui donne que ses médicaments qui, soi-disant, guérissaient le cancer et le Sida. Mitterrand avait écrit à Paris Match à propos de ces médecins. Nous étions plusieurs médecins, dont Ady Steg et moi, à nous dire que c'était de la folie ! Les malades atteints d'un cancer allaient se dire : "Pourquoi être opérés alors qu'on peut être soignés comme ça, le Président le fait". 

Je voulais parler de sa maladie, de son courage, mais aussi de ce qui a été à mon avis une erreur intellectuelle pour un Président de la République : faire la promotion de gens qui avaient été condamnés par l'Etat. Simone Veil, qui était à l'époque ministre de la Santé, m'avait fait convoquer pour me demander quoi faire : un démenti ? Je lui ai dit : "Ecoutez, je crois que c'est la fin, ne dites rien, laissons la vie se finir sans scandale."

La famille a finalement porté plainte contre vous après la publication du livre, interdit à la vente avant d'être réédité en 2005 suite à la condamnation de la France par la CEDH… 

Danielle Mitterrand voulait abandonner l'affaire, elle ne voulait pas que j'aille en prison, mais l'avocat leur a un peu forcé la main. Là-dessus, des médecins ont porté plainte devant l'Ordre, alors que je n'exerçais plus la médecine depuis 1986. 

Pensez-vous qu'à un moment, François Mitterrand n'était plus en état d'assurer ses responsabilités présidentielles? 

Je l'ai écrit dans le livre. S'il n'avait pas été Président de la République, il aurait été mis en arrêt de travail durant des mois. Vous croyez que l'on peut avoir toute sa tête, prendre toutes les dispositions nécessaires avec une telle somme de médicaments, notamment contre la douleur ? A mon avis, à une période, la thérapeutique qu'on lui a donnée faisait qu'il était dans l'incapacité de remplir complètement ses fonctions. 

Le lui disiez-vous ? 

En tant que médecin, je ne me serais pas permis ! Mais je l'ai dit à sa famille, qui m'a envoyé promener. 

Faut-il imposer la transparence sur la santé des présidents ? 

Il faudrait avoir des politiques qui ont le sens de la vérité, il n'y a pas d'autres moyens. Avec le Pr Vallancien, qui a soigné François Mitterrand à la fin, on avait cherché, on avait réuni des anciens Premiers ministres, des gens du Conseil constitutionnel, pour réfléchir à ce qu'on pouvait faire, mais ça n'a jamais abouti. C'est au Président lui-même de décider, et, pour cela, il faut une certaine honnêteté. On le doit aux Français. 

Faut-il restreindre les conditions d'accès au secteur 2?

Herve  Koskas

Herve Koskas

Non

Nous restons dans le gre à grè. L information doit etre claire: pas de surprise ; pas de dessous de table; c'est le but du S2 !. ... Lire plus

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