"Si l'hôpital meurt, vous mourrez aussi" : plusieurs milliers de blouses blanches dans la rue [VIDEO]

14/11/2019 Par Adrien Renaud

Praticiens, étudiants en médecine et paramédicaux étaient appelés à se mobiliser aujourd’hui partout en France pour demander plus de moyens pour l'hôpital. Le cortège parisien s’est élancé de Port-Royal en direction des Invalides, oscillant entre fatalisme et espoir. Et les manifestants ont eu la surprise de recevoir un message d’Emmanuel Macron.   « Tuer l’hôpital, c’est du suicide. » « Hôpitaux = Tombeaux. » « Si l’hôpital meurt, vous mourez aussi. » Les pancartes brandies par les soignants qui avaient décidé de braver le froid ce jeudi 14 novembre pour battre le pavé parisien partageaient un certain goût du macabre. Répondant à l’appel du Collectif Inter-Hôpitaux, du collectif Inter-Urgences, et d’une multitude de syndicats, les manifestants réclamaient un plan d’urgence pour l’hôpital public, alors que des annonces imminentes étaient attendues sur le sujet. « Nous sommes là pour défendre un hôpital public menacé par une politique qui consiste à le dépouiller », explique Raphaël, un médecin qui travaille à l’hôpital Cochin (AP-HP), tout proche du début de la manifestation. Un peu plus loin, Hélène, interne en médecine générale à l’Assistance publique et actuellement en stage en cabinet, renchérit. « Nos conditions de travail sont déplorables, les repos de garde ne sont pas respectés, les services ne sont pas en mesure de nous encadrer, et tout cela est dangereux pour les soignants », dénonce-t-elle. Une autre interne témoigne de son ras-le-bol : Une interne de médecine générale crie son ras-le-bol from Global Media Sante on Vimeo.   "Je n'ai jamais vu cela" Mais il ne faut pas croire que seuls les médecins ont défilé dans les rues de Paris aujourd’hui. L’une des spécificités de cette manifestation est justement son caractère interprofessionnel, regroupant aussi bien les personnels administratifs que les soignants, les pharmaciens que les infirmières… De fait, le cortège est assez bigarré. La blouse blanche était de rigueur, mais le personnel du bloc arborait fièrement ses tenues bleues. Certains sont venus entre collègues, quand d’autres professionnels, notamment ceux des urgences et de la psychiatrie, défendent leur spécialité. Seul point commun : tous réclament des augmentations salariales, des embauches et des ouvertures de lits. « On a vraiment l’impression qu’il y a plus d’énergie que lors des mobilisations précédentes », estime Yvette, infirmière à la maternité de Port-Royal. « Le ras-le-bol est véritablement généralisé. » Raphaël, le radiologue, abonde dans ce sens. « Aujourd’hui il y a des services qui sont entièrement fermés, et qui ont annulé toute activité non urgente », explique-t-il. « Je n’ai jamais vu cela. » Fait rare : l’encadrement est même de la partie. Le Syndicat des hospitalo-universitaires avait en effet appelé à la grève, et on a aperçu quelques PU dans le cortège. Mieux, certains ont directement envoyé le personnel de leur service à la manifestation. « Ce sont nos chefs qui nous ont dit qu’il fallait venir à la manifestation », témoignent Manon et Eloïse, deux internes franciliennes.   Macron promet des "décisions fortes" Reste à savoir si le message des manifestants sera entendu. Eux-mêmes savent que leurs revendications risquent de grever lourdement le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) actuellement en cours d’examen par les parlementaires. « L’argent magique existe, ils en ont bien trouvé pour les internes de l’AP-HP quand il a fallu refaire la procédure de choix », veut malgré tout croire Eloïse. Plusieurs milliers de blouses blanches dans la rue from Global Media Sante on Vimeo. A-t-elle été entendue ? En visite à Épernay dans la Marne ce jeudi, le Président de la République a répondu aux manifestants. Il a affirmé avoir « entendu leur colère et leur indignation face à des conditions de travail qui sont parfois devenues impossibles ». C’est pourquoi il a annoncé avoir demandé au Gouvernement « de travailler avec vigueur pour un plan d’action renforcé et des décisions fortes qui seront annoncées par le Premier ministre au sortir du Conseil des ministres de mercredi prochain ». Emmanuel Macron a notamment estimé qu’il fallait « assumer d’investir plus fortement que nous n’avions envisagé de le faire ». Voilà qui ressemble bien à une capitulation face à la mobilisation. Mais l’effort consenti sera-t-il à la hauteur des espérances des manifestants ? Pas sûr. Car quand on demande à Hélène, l’interne en médecine générale citée plus haut, quelles seraient les priorités en matière d’allocation d’éventuels nouveaux moyens financiers, sa réponse fuse : « Il faut plus de tout ! ». Le Premier ministre a intérêt à avoir des arguments, sonnants et trébuchants mercredi prochain s’il veut parvenir à éteindre la mobilisation.    

 

  Photos et vidéos : Marion Jort

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