Manifestation des médecins libéraux, samedi 10 janvier, à Paris. Crédit photo : Aveline Marques.
"Plus jamais ça" : face aux promesses de la ministre, les médecins libéraux restent sur leur garde
Les engagements de la ministre de la Santé n'ont pas levé toutes les réserves des syndicats de médecins. Sondés par Egora, les leaders syndicaux saluent le lancement de multiples missions et travaux — MSO, Optam, tarifs des radiologues — mais restent prudents. Après la mobilisation "historique" du 10 janvier, ils rappellent que la confiance ne se décrète pas.
Manifestation des médecins libéraux, samedi 10 janvier, à Paris. Crédit photo : Aveline Marques.
Ils attendaient des "engagements écrits", c'est désormais chose faite. Dans un communiqué diffusé aux aurores ce vendredi matin, le ministère de la Santé expose des "propositions concrètes" visant à "renouer le dialogue avec les médecins", fruits des échanges avec les syndicats de médecins libéraux, reçus tour à tour par Stéphanie Rist mercredi et jeudi*.
Joints par Egora, les leaders syndicaux restent "dans une expectative prudente", résume le Dr Vincent Pradeau, président d'AvenirSpé. "Sur l'échelle analytique de la confiance, on n'est plus à zéro", concède le cardiologue. "On va dire que c'est en bonne voie et que Stéphanie Rist nous a entendus… mais on ne va pas dire que c'est gagné", réagit la Dre Agnès Giannotti, présidente de MG France. Car les promesses faites par la ministre nécessitent désormais d'être concrétisées.
C'est le cas, notamment, du retrait de la mesure rendant la MSO "systématique et non opposable" pour les médecins forts prescripteurs d'arrêts de travail, incluse dans le projet de loi fraudes (dont l'examen par les députés a été repoussé à une date indéterminée). "Encore faut-il que l'amendement de suppression soit voté", relève le Dr Jérôme Marty, président de l'UFML-S. MG France, dont c'était la revendication numéro 1, attend désormais de pied ferme le lancement d'une mission sur les "méthodes de ciblage" de la Cnam, "qui sont actuellement totalement opaques". "Je ne doute pas de la bonne volonté de la ministre, mais vu la stabilité politique, pour l'instant, tant que les choses ne sont pas faites, pour nous, elles ne sont pas faites", lance Agnès Giannotti.
La réserve est également de mise sur le retrait annoncé des articles 77 et 78 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, qui octroient "un pouvoir discrétionnaire" au directeur de la Cnam pour baisser le tarif des actes. La ministre de la Santé, qui s'était engagée à ne pas activer cette mesure, promet de proposer sa suppression "à travers le prochain vecteur législatif qui le permettra", et au plus tard, dans le PLFSS pour 2027. "On lui a dit qu'il y avait une façon très simple de créer la confiance, c'est de retirer ce qui a été fait aux radiologues, parce que c'est ni plus ni moins l'application de ça", relève Jérôme Marty. Stéphanie Rist a émis le souhait de travailler sur la "valorisation" du forfait technique et de relancer les discussions conventionnelles concernant le protocole imagerie, "avec l'objectif de substituer aux baisses de tarifs prévues à date des mesures de meilleure pertinence des examens prescrits et réalisés". "A condition de conserver le niveau d'économies sur le secteur fixé par la LFSS 2025" – soit 300 millions d'euros. Et "s'il n'y a pas d'accord, qu'est-ce qu'il se passe?", pose le président de l'UFML. "Tout ça est très verbeux…"
Autre concession : le plafonnement du cumul emploi-retraite devra prendre en compte l'activité des médecins en zones sous-denses. Insuffisant pour les syndicats. "Il faut impérativement refavoriser le cumul emploi-retraite sur tout le territoire et dans les hôpitaux parce qu'on a besoin de médecins partout", insiste Jérôme Marty. "J'ai pris l'exemple de Toulouse : à l'évidence, ce n'est pas une ZIP ni une ZAC, pour autant il y a 100 000 Toulousains qui n'ont pas de médecin-traitant." "Pour des médecins spécialistes, qu'est-ce que c'est une zone sous-dense ? signale Vincent Pradeau. Les zones sous-denses d'un neurochirurgien ne sont pas celles d'un cardiologue, et pas celles d'un gastro-entérologue."
Sur l'Optam, le ministère va lancer "à très court terme" des travaux conventionnels "pour assouplir le droit à dépassement des médecins en réalisant peu". Dans un second temps, "une refonte de grande envergure" pourra être engagée dans le cadre de "travaux plus larges" sur les dépassements d'honoraires, le secteur 2 et la CCAM.
Quant à la 4e année de médecine générale, "plusieurs filets de sécurité" seront "confirmés" d'ici "la fin du mois". La ministre promet par ailleurs de rendre opérationnels des guichets uniques d'aide à l'installation sur l'ensemble du territoire d'ici à la fin de l'année 2026. Enfin, des travaux seront lancés "dès ce premier trimestre" pour la mise en place d'un "observatoire de l'exercice de la médecine générale, notamment libérale", qui permettra d''objectiver" l'évolution de l'activité des généralistes (modes et lieux d'exercice, activités complémentaires…). Une nécessité selon le Dr Franck Devulder, qui rappelle que la moitié des généralistes ne sont pas médecins traitants. "Posons-nous cette question-là parce que si on continue à augmenter le salariat, ça se fera au détriment du libéral. Est-ce que c'est ça qu'attendent nos concitoyens ? Quand les Français disent 'on n'a pas de médecin', c'est 'on n'a pas de médecin libéral'. Ça, il faut qu'on l'entende", insiste le président de la CSMF.
La ministre "ne bouge pas" sur le secteur 3
Il reste un point sur lequel la ministre "ne bouge pas", déplore Jérôme Marty : le déremboursement des prescriptions des médecins de secteur 3. "La ministre veut favoriser le retour vers le secteur 2, rapporte le généraliste. On lui a fait remarquer qu'en l'état actuel, de toute façon, c'était impossible puisqu'il y avait un délai de deux ans qui était sacralisé par la signature de la convention pour les gens qui sortaient."
L'intersyndicale portera-t-elle ce combat? Rien n'est moins sûr. La défense du secteur 3 ne fait pas partie de la plateforme de revendications communes, certaines organisations y étant opposées par principe. "Ce qu'il faut éviter, c'est que le secteur 1 devienne une espèce de prison qu'ils n'ont pas besoin de faire bouger parce que tout le monde est enfermé dedans, reconnaît toutefois Agnès Giannotti. Ça serait complètement délétère."
"Ça va se régler sur le plan juridique, avance Jérôme Marty. On va attaquer à la fois au Conseil Constitutionnel, au Conseil d'Etat et à la Cour européenne des droits de l'homme, pour casser ce qui nous apparait comme ne pas tenir devant la loi. A savoir le remboursement des actes prescrits par un médecin vu dans un pays de la communauté européenne et faits en France, ou le fait que l'acte complémentaire qui a été prescrit par un médecin non conventionné, il est fait par un médecin conventionné."
Ne vous payez plus jamais la médecine libérale
Les syndicats doivent désormais se positionner. Prudent, le Bloc maintient son appel à la grève de la PDSES, "jusqu'à ce qu'on reçoive des engagements précis, qu'on les examine et qu'on décide", informe le Dr Philippe Cuq, son président.
A l'instar du président de l'UFML, le président de la CSMF tient à saluer "l'unité syndicale assez historique qui a permis ça. Parce que si on était en ordre dispersé, ils se joueraient de nous", souligne Franck Devulder. Le président de la CSMF rend également grâce à la mobilisation inédite des médecins le 10 janvier à Paris. "Il y avait 1 médecin libéral sur 5 dans la rue samedi", rappelle-t-il. Après avoir "minimisé" le mouvement les 5 et 6 janvier, les pouvoirs publics "ont été surpris par sa montée [en charge], analyse Vincent Pradeau. La manifestation a été suffisamment forte et mobilisatrice pour que ça résonne jusque chez eux."
"Le message, c'est 'plus jamais ça', martèle Franck Devulder. Vous ne pouvez pas vous payer la médecine libérale, c'est-à-dire la santé des Français, leur accès aux soins. On n'est pas une variable d'ajustement. Plus jamais ça."
*La FMF et les organisations étudiantes seront reçues mardi prochain.
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