Désertification médicale : l'intelligence artificielle au secours des patients sans médecins traitant

15/03/2018 Par Catherine le Borgne

Créée pour aider les professionnels de santé en situation de fragilité psychologique et de burn out, l'association SPS veut élargir son action et s'attaque à la prise en charge des territoires ruraux oubliés ou professionnels de santé et patients sont en souffrance.

  Selon un questionnaire collecté par SPS et l'association Stethos, 39 % des professionnels de santé interrogés reconnaissent avoir déjà eu des pensées suicidaires (contre une moyenne de 25 % en ville) dans les territoires ruraux désertifiés.  Isolement, surcharge de travail empêchant de bien faire son travail, désorganisation générale sont à mettre au débit de ce très lourd constat. SPS et le Catel, centre d'expertise en e-santé, ont présenté mercredi 14 mars, un nouveau concept organisationnel : le Care des territoires oubliés. Un projet basé sur la coopération entre professionnels de santé, appuyés par l'intelligence artificielle, qui doit permettre de soulager les praticiens débordés et épuisés dans les déserts médicaux. Et prendre en charge les cas les plus lourds lorsqu'il n'y plus de médecin traitant.  

"Remettre le désert rural au centre"

  Il s'agit de créer, dès 2018, pour une cinquantaine de territoires déserts médicaux réels ou ressentis, une plateforme regroupant les dossiers des patients "oubliés" les plus lourds (ALD, handicap, etc.), fonctionnant en coordination avec tous les professionnels de santé des territoires et placée sous l'autorité de praticiens coordinateurs, fonctionnant 24 h sur 24, 7 jours sur 7. "Il faut remettre le désert rural au centre, donner une solution aux médecins qui ne peuvent plus prendre en charge de nouveaux patients", résumait le Dr Eric Henry, le co-créateur de SPS. Ces cinquante territoires soit cinq par région, formeraient une nouvelle région, à l'intérieur de laquelle des territoires pilotes seront choisis pour modéliser la diffusion. "Dans les déserts médicaux, la seule solution, c'est d'appeler le 15", rappelait le Dr Loïc Etienne, médecin urgentistes et utilisateur de logiciels d'intelligence artificielle utilisés par les permanenciers (Medvir, plusieurs centaines de propositions de diagnostics formulées en urgence ou en médecine générale issus de l'analyse de protocoles d'interrogation normés). Ici, l'intelligence artificielle fonctionnera à partir des données collectées par les objets connectés utilisés par les professionnels de santé, ou même des constatations subjectives portées par l'entourage du malade ou le malade lui-même. Un "reporting'" envisageant des hypothèses diagnostiques est ensuite réalisé par la machine, avec évaluation de la gravité, en direction du médecin coordinateur. Lequel pourra soit appeler la première personne ressource soignante du patient (paramédicaux, médecin traitant, infirmière de pratique avancée, pharmacien, kiné, dont les noms sont inscrits dans le DMP), et adresser éventuellement une prescription électronique, par le biais du DMP (inscription préalable obligatoire). Le système pourra être également connecté avec Doctolib, qui proposera via le DMP, un créneau de rendez-vous au patient, éventuellement par téléconsultation.   "Le système sécurisé peut être installé en mairie, dans une anonymisation totale", vantait le Dr Etienne. A terme, l'équipe envisage même la participation d'équipes pluridiscipinaires mobiles, de toutes les spécialités nécessaires.  

"5 000 euros versés à un fonds financier"

  Que manque-t-il pour que ce schéma théorique fonctionne ? La volonté politique, répondent leurs initiateurs, et bien entendu, du financement. Issus de la loi Hôpital, patients, santé et territoires, le décret de délégation de tâches existe, mais n'est pas employé. Il faut également créer un statut de commune médicalement sinistrées, susceptibles d'accueillir des mesures d'urgences. Mettre aussi les partenaires autour de la table et collecter des financements. Eric Henry estime que chaque territoire devrait verser 5 000 euros, versés à un fonds financier permettant d'équiper les patients lourds en objets connectés (le nombre de patients à inclure devra être déterminé avec les soignants). Il demande également que chaque patient lourd n'ayant plus de médecin traitant bénéficie d'une dotation de 420 euros annuels de la Cnam, correspondant à 12 visites annuelles non dépensées. Pour ceux ayant toujours un médecin traitant, un autre budget sera déterminé. Les créateurs du Care des territoires oubliés attendent des médias qu'ils leur permettre d'attendre la masse critique pour se lancer. Une démonstration des possibilités de l'e-santé sera réalisée le 22 mars au ministère de la Santé, par Catel visio, ou 25 territoires seront connectés. Le Dr Henry y prendra la parole pour défendre le concept dans le cas de la désertification médicale.

 
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