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Trois soignants se suicident tous les deux jours : "Avant on nous disait de ne pas en parler pour ne pas abîmer la profession"

Briser le tabou sur ces médecins, infirmières et pharmaciens qui mettent fin à leurs jours. C’est l’objectif de l’association Soins aux professionnels de santé (SPS) qui a lancé ce mardi 30 août sa campagne de prévention contre le suicide chez les soignants. A travers un film "choc", SPS veut "éveiller les consciences" sur ce fléau. Car aujourd’hui encore, au moins "trois soignants se suicident tous les deux jours", déplore l’association, dont les appels de détresse sur son numéro vert se font de plus en plus nombreux.  

 

"Nous sommes des lanceurs d’alerte", déclare le Dr Éric Henry, médecin généraliste à Auray (Morbihan) et président de l’association Soins aux professionnels de santé (SPS). Ce mardi 30 août, SPS présentait sa campagne de prévention contre le suicide des soignants : un film choc mettant en scène trois professionnels de santé (médecins et infirmières) s’ôtant la vie sous les yeux médusés d’une patiente hospitalisée. Des images rarement visibles, mais dont la diffusion semble aujourd’hui nécessaire pour "éveiller les consciences" sur ce "tabou" que représente le suicide de ceux qui nous soignent, estime le Dr Henry.

 

 

"Le suicide est un sujet tabou parce que c’est un constat que notre société serait pathologique", ajoute le praticien, qui confie être lui-même "fils de suicidé de l’Éducation nationale des années 1970". Si plus de 9.000 décès par suicide sont enregistrés chaque année en France (d’après les données de l’Inserm datant de 2017), les professionnels de la santé sont loin d’être épargnés. Mais "personne ne le voyait ou bien tout le monde refusait de le voir" jusqu’ici. Par cette campagne, SPS expose aux yeux de tous – soignants eux-mêmes, patients et pouvoirs publics – le "cri de douleur" des professionnels de santé.

Se basant sur les chiffres officiels, "qui mériteraient d’être actualisés", l’association évalue à "trois le nombre de soignants se suicident tous les deux jours". "Pour ne pas être pris en défaut, nous sommes restés très factuels et sommes partis des chiffres de la population classique. Il y a donc probablement plus de suicides que trois tous les deux jours", nuance Eric Henry. Dans sa définition de soignants, SPS inclut l’ensemble des professionnels de la santé : professions médicales et paramédicales, mais aussi administratives (cadres de santé, directeurs d’établissement…), professions médico-sociales et d’autres métiers (chiropracteurs, ostéopathes, vétérinaires…). Ce qui, au total, représente un groupe de 3.5 millions de personnes.

"Les chiffres qui concernent les soignants sont catastrophiques", rapporte Magali Briane, psychiatre et vice-présidente de l’association. Plusieurs études montrent en effet la réelle souffrance de ces professionnels. L’étude Stéthos (2017) pour SPS montre qu’au cours de leur carrière, 25% d’entre eux ont déjà eu des idées suicidaires liées au travail. En 2021, l’Intersyndicale nationale des internes (Isni) relevait 1 suicide d’interne tous les 18 jours. Un interne a d’ailleurs trois fois plus de risque de se suicider qu'un Français du même âge. Plus récemment, en 2022, l’étude Amadeus montrait que 50 à 60% des soignants à l’hôpital souffraient de burn-out. Une part non-négligeable était par ailleurs sujette à la dépression, à des troubles du sommeil ou à des comportements à risque (tabagisme, alcool…). La crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 n’a fait qu’exacerber les difficultés déjà rencontrées par les soignants.

 

"Maltraitance institutionnalisée"

Magali Briane identifie deux principaux déterminants spécifiques aux soignants. En premier lieu, la charge émotionnelle importante liée à leur exercice, qui se traduit par une sur-sollicitation. "Quand des proches me demandaient ‘Comment tu fais pour faire face à la souffrance de tes patients ?’. Je répondais ‘Je sors de mon cabinet, je monte dans ma voiture et c’est fini, je pense à autre chose’. Je sais maintenant que ce n’est pas vrai. Mais moi, j’ai des outils de régulation émotionnelle pour faire avec ça. Tous nos soignants ne les connaissent pas", explique-t-elle.

La psychiatre note également une forme de stigmatisation de la souffrance des soignants. "Il faut arriver à renforcer leurs ressources personnelles et leur dire que c’est normal qu’ils souffrent. Quand les jeunes arrivent dans leurs études, on ne leur dit pas ça. Au contraire, on leur dit qu’ils vont être soignants et qu’ils vont devoir être forts. Car si tu n’es pas fort, tu ne peux pas soigner les autres. Ce n’est pas vrai. On peut très bien soigner, même si soi-même on pleure parfois. Cela ne fait pas de vous de mauvais soignants. Or aujourd’hui les étudiants qui vont mal s’isolent ", constate la spécialiste.

Laurence Marbach peut en témoigner. Le 12 mai 2019, l’une...

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