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Court-circuités par les "vaccinodromes", les médecins libéraux dénoncent "la politique du chiffre"

38 "mégacentres" de vaccination déployés par l'armée et les pompiers "dans les prochains jours". L'annonce du ministre de la Santé, lundi, a brisé les dernières illusions des médecins généralistes, qui avaient pourtant été assurés qu'ils seraient les pivots de la campagne de vaccination contre le Covid. Les syndicats dénoncent une "stratégie de communication" basée sur la "politique du chiffre", uniquement motivée par des considérations électoralistes.

 

"Je suis scandalisé." Le Dr Luc Duquesnel, président des Généralistes-CSMF, ne décolère pas face au changement de cap du Gouvernement. Ecartée à l'automne car associée à l'échec de la vaccination contre la grippe H1N1, l'ouverture de "vaccinodromes", "mégacentres" de vaccination capables de vacciner 1000 à 2000 personnes par jour, est désormais présentée par l'exécutif comme la solution pour accélérer le rythme de la campagne, alors que des livraisons massives de doses de vaccins sont attendues en avril et en mai.

Mais quid des médecins libéraux, des pharmaciens d'officine et des infirmières qui ne ménagent pas leurs efforts pour vacciner un maximum de patients à risque malgré la pénurie de doses et les aléas de la politique vaccinale ? Et quid de ces 1350 centres de vaccination ambulatoires montés en quelques jours, en janvier, par les libéraux de santé? "Quand on voit tout le travail que ça demande… Gérer les vaccins, les dates de péremption, les sept doses systématiquement extraites des flacons Pfizer, les efforts pour ne perdre aucune dose le soir… Encore une fois on méprise les professionnels des soins primaires qui gèrent le Covid 7 jours sur 7 depuis un an", fulmine le Dr Duquesnel.

Pour le syndicaliste, le Gouvernement abandonne la stratégie vaccinale au profit d'une "stratégie de communication", d'une "vaccination grand spectacle" où seul compte l'affichage du nombre d'injections réalisées chaque jour. "Pas seulement le Gouvernement, mais aussi les ARS, les préfets et les élus locaux qui veulent tous afficher qu'ils ont un vaccinodrome", insiste-il. "C'est la politique du chiffre, sachant qu'en arrière-fond il y a les régionales et la présidentielle", renchérit le Dr Philippe Vermesch, président du SML. Une stratégie d'affichage que subiront les autres acteurs de la vaccination, craint Luc Duquesnel. "On va diriger tous les vaccins vers ces vaccinodromes", présage-t-il. "Et bien entendu dans ces vaccinodromes, on va injecter du Pfizer. Tandis que nous, on va ramer avec AstraZeneca."

Si le président du SML n'est pas opposé par principe aux vaccinodromes, il pointe une situation paradoxale revenant à ouvrir des grands centres pour vacciner massivement alors que les professionnels de santé libéraux, qui ne demandent que ça, sont rationnés et appelés à vacciner à "flux-tendu". "Si on est si sûr d'avoir autant de doses, ouvrons largement la vaccination à tous les professionnels et les médecins vaccineront leurs patients au fil de l'eau", appelle-t-il.

De son côté, MG a fait le calcul : "si pour leur part 50 000 médecins généralistes vaccinaient 6 personnes par jour, ce qui est réalisable sans efforts excessifs, ils protégeraient quotidiennement 300 000 personnes. En un mois près de 6 millions de personnes auraient reçu une dose de vaccin."

Mais encore faut-il qu'ils aient les doses. Cette semaine, seuls les médecins libéraux n'ayant pas pu commander la semaine dernière ont pu réclamer un nouveau flacon d'AstraZeneca. Et ils seront livrés en deux temps : les premiers entre le 30 mars et le 1er avril, les autres entre le 6 et le 8 avril.

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