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Grossesse : renforcer l’intégration de la vaccination au suivi prénatal

Cette semaine Egora consacre un dossier dédié à la santé de la femme. Ce troisième article s'intéresse à l'intégration de la vaccination dans le suivi prénatal. La couverture vaccinale des femmes enceintes contre les infections respiratoires reste insuffisante. Les médecins généralistes sont appelés à s’impliquer davantage, comme le souligne le Pr Laurent Mandelbrot* (Université Paris Cité), coordonnateur du rapport de l’Académie de médecine sur la vaccination des femmes enceintes. Entretien.

04/03/2026 Par Muriel Pulicani
Gynécologie-Obstétrique Vaccination
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Egora : Les autorités sanitaires recommandent de vacciner les femmes enceintes contre la coqueluche, et en saison, contre le virus respiratoire syncytial (VRS), la grippe et le Covid-19. Pourquoi ces recommandations ?

Pr Laurent Mandelbrot : Les vaccinations contre la coqueluche et contre la bronchiolite à VRS permettent de transmettre des anticorps au nourrisson, ce qui est sa seule protection pendant ses trois premiers mois. Les vaccinations contre la grippe et le Covid-19 sont recommandées chez la femme enceinte car elle est plus vulnérable aux infections respiratoires. Celles-ci peuvent avoir un impact sur l’issue de la grossesse : accouchement prématuré dans le cas de la grippe, mort fœtale dans le cas du Covid-19.

Quels sont aujourd’hui les taux de couverture des femmes enceintes ?

La vaccination anticoqueluche a atteint un summum en 2024, de 72 % des femmes enceintes concernées, à la suite d’une épidémie ayant entraîné une vingtaine de décès de nourrissons. La vaccination contre le VRS, introduite à l’automne 2024, a culminé à 45 % des femmes éligibles, mais il existe une alternative : l’injection du nirsévimab (Beyfortus, Sanofi) au nouveau-né. La couverture vaccinale contre la grippe n’a jamais dépassé 30 %. Et la campagne contre le Covid-19 piétine, comme dans la population générale, en l’absence de forme grave cette année.

L’acceptabilité du vaccin par les patientes est meilleure si le vaccin a pour but de protéger le nourrisson plutôt que la mère.

Dans son rapport d’avril 2025, l’Académie de médecine identifie comme premier obstacle à la vaccination la non-proposition par les professionnels de santé, dans plus de 40 % des cas…

La principale raison semble être le manque de temps : il y a tant de choses à faire pendant une consultation prénatale que la prévention générale est souvent le parent pauvre dans le suivi de grossesse. De plus, il y a un défaut de connaissance de nombreux professionnels sur ce sujet. Enfin, le carnet de santé et le carnet de vaccination sont peu utilisés.

Comment améliorer l’information des médecins généralistes ? De quels outils disposent-ils ?

Il y a beaucoup de leviers, le premier étant la formation continue. Le médecin généraliste peut être prescripteur de la vaccination, réalisable aussi par les sages-femmes, les infirmières, les pharmaciens d’officine et les obstétriciens. Nous plaidons pour la mise à disposition des vaccins dans les cabinets médicaux et dans les maternités.

Il faut une meilleure communication entre professionnels, via le carnet de vaccination numérique et le dossier médical partagé. Et si tous les professionnels tiennent le même discours vis-à-vis de la patiente, le message sera renforcé. Il faut une information claire, loyale, répétée, convaincue et convaincante.

Comment communiquer au mieux avec ses patientes ? L’Académie de médecine insiste sur « le respect de l’autonomie de la femme enceinte »...

De nombreuses femmes craignent plus les effets indésirables du vaccin que de la maladie, qu’elles ne connaissent pas. Un élément important est que la vaccination ne soit pas obligatoire. Le médecin doit permettre à la femme d’exprimer ses doutes et ses réticences, être dans un dialogue, une écoute active. On peut s’inspirer de l’entretien motivationnel.

Des outils sont disponibles sur le site vaccination-info-service.fr, comme des fiches questions-réponses et un calendrier des vaccinations pendant la grossesse. Nous préconisons de le personnaliser et de le remettre à la femme enceinte.

Par ailleurs, l’Académie de médecine souhaite un développement de la recherche : combinaisons de vaccins, études sur le streptocoque B, l’herpès simplex ou le cytomégalovirus…

Un vaccin anticoquelucheux monovalent [Pertagen, du laboratoire BioNet] vient d’être approuvé en Europe mais n’est pas encore disponible en France. Concernant le vaccin Abrysvo (Pfizer) contre le VRS, les données de vie réelle sont encourageantes : bonne tolérance et efficacité de plus de 70 %. L’injection doit être faite plus de deux semaines avant la naissance pour obtenir une efficacité équivalente à l’administration de Beyfortus chez le bébé. En l’absence d’augmentation des accouchements prématurés, on devra envisager de l’effectuer plus tôt dans la grossesse et de prolonger la campagne vaccinale hivernale. Nous devons aussi étudier des combinaisons de vaccins susceptibles d’optimiser la réponse immunitaire. Il reste à mener des recherches fondamentales, opérationnelles, épidémiologiques et en sciences sociales.

*Le Pr Mandelbrot déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

Retrouvez les articles publiés cette semaine :

Santé mentale de la femme : briser les tabous 

Alcool, drogues : repérer les psychotraumatismes antérieurs chez la femme

 

Références :

D’après un entretien avec le Pr Laurent Mandelbrot (Université Paris Cité), coordonnateur du rapport de l’Académie de médecine sur la vaccination des femmes enceintes

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