aGLP-1 : attention aux usages détournés et aux carences nutritionnelles, prévient l'ANSM
Une enquête de pharmacovigilance alerte sur le risque d’effets secondaires graves liés à un usage détourné à des fins esthétiques des analogues du GLP-1 dans le cadre du traitement du diabète et de l’obésité, ainsi que sur la possibilité de carences nutritionnelles.
L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient de publier les résultats d’une enquête de pharmacovigilance concernant les aGLP-1 dans le cadre du traitement de l’obésité et du diabète. Ils confirment que les événements indésirables graves notifiés sont généralement déjà connus, et que le rapport bénéfice-risque reste donc favorable. Ils soulignent cependant deux aspects qui nécessitent une surveillance plus approfondie : tout d’abord, les conséquences nutritionnelles d’une perte de poids rapide qui est susceptible d’entrainer des carences ; ainsi que l’existence de mésusages qui peuvent avoir des conséquences graves.
L’enquête a porté sur les antidiabétiques Trulicity, Victoza, Xultophy et Ozempic ainsi que dans la prise en charge de l'obésité, Saxenda, Wegovy et Mounjaro, sachant que pour ces deux derniers, les données disponibles sont, " à ce stade, limitées, compte tenu de leur commercialisation récente".
Ainsi, entre le 1er août 2023 et le 31 janvier 2025, 376 effets indésirables graves ont été rapportés avec l’utilisation d’aGLP-1 dont 140 étaient en lien avec un traitement de l’obésité. Dix-neuf décès ont été rapportés mais "sans qu’un lien direct ait pu être établi avec ces médicaments", précise l’ANSM. Les effets secondaires les plus souvent évoqués étaient généralement d’ordre digestif (nausées, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales…) ; et étaient déjà connus.
Point nouveau : le rapport alerte sur la possibilité de "carences nutritionnelles importantes". Ces dernières se manifestent par une anémie par carence martiale ou une perte de masse musculaire "potentiellement plus conséquente que lors d’un régime traditionnel", ou encore une atteinte neurologique liée à un déficit sévère en vitamine B1. Selon l’ANSM, "la perte de poids rapide et importante peut entraîner diverses carences et des maladies associées". Ce signal potentiel va donc faire l’objet d’une surveillance renforcée. Et des recommandations devraient être rédigées par les sociétés savantes de nutrition afin de limiter ce risque.
Autre risque évoqué, celui de la grossesse. Des expositions, certes rares, à ces traitements, ont été signalées "sans mise en évidence de risques pour la mère ou pour la santé du bébé, à ce stade", affirme l’ANSM. Mais les données chez la femme enceinte étant peu nombreuses, l'agence du médicament confirme que l'utilisation des aGLP-1 n'est pas recommandée pendant la grossesse.
Des risques graves liés aux mésusages
Par ailleurs, le rapport met en lumière le risque de mésusage "pour perdre du poids" associé à ces produits. Sur la période analysée, 36 cas d'effets indésirables liés à un mésusage ont ainsi été recensés dont 25 cas graves. Il s’agit le plus souvent de vomissements sévères nécessitant une hospitalisation, de pancréatites aigues, ou de comas hypoglycémiques liés à l’utilisation de médicaments falsifiés. Pour ces situations, les aGLP-1 étaient, en effet, le plus souvent obtenus en dehors du circuit médical, par un proche, à l’étranger ou sur internet.
L’ANSM ajoute aussi le cas d’un décès suite à une pancréatite dans un contexte de mésusage et survenu après la finalisation du rapport. "À ce jour, les données ne permettent pas d’établir de lien avec le médicament", précise l’agence sanitaire.
Dans ce contexte, l’ANSM appelle à la vigilance, insistant sur le fait que "les aGLP-1 sont des médicaments" et non "des produits ordinaires". La prescription médicale est indispensable. "L'utilisation d’un aGLP-1 en dehors des indications prévues par son AMM, sans ordonnance, ou obtenu en dehors du circuit légal du médicament, expose à des risques graves pour la santé".
"Compte tenu de l'exposition importante à ces médicaments, on reste sur un nombre de cas qui est relativement faible", a décrypté pour l'AFP Mehdi Benkebil, directeur de la surveillance à l'ANSM.
En France, environ 870.000 patients utilisent des aGLP-1 rien que dans le traitement du diabète, selon l'agence sanitaire qui ne dispose pas de chiffres à ce stade concernant leur utilisation pour prendre en charge l'obésité.
Références :
D’après un communiqué de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM, 7 janvier). Avec AFP.
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