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Un salaire "indécent" : deux députés appellent à revaloriser les externes et internes en médecine

Les députés Liliana Tanguy et Louis Boyard appellent, dans leur rapport sur les conditions de travail des étudiants en médecine, à revaloriser les rémunérations des externes et internes. Ils dénoncent "la faiblesse" de ces revenus face aux "responsabilités majeures" de ces futurs praticiens.

16/10/2026 Par Chloé Subileau
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Revaloriser les rémunérations des externes et des internes. Ce sont deux des 25 recommandations formulées par les députés, Liliana Tanguy (Ensemble) et Louis Boyard (LFI), dans leur rapport sur les conditions de travail des étudiants en médecine. Présenté mardi 13 octobre au Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques, ce travail avait été lancé en novembre 2025, et a porté sur plus de 35 auditions et tables rondes.

Violences sexistes et sexuelles, "horaires à rallonge", "études exigeantes et délétères", réformes successives illisibles… Malgré des prises de conscience, et des tentatives d'actions des pouvoirs publics ces dernières années, les conditions de travail des étudiants en médecine "sont toujours éprouvantes", selon les deux rapporteurs de ce travail. 

Pour inverser la tendance, ils insistent notamment sur la nécessité de lutter contre la précarité des carabins pour qui, il "est difficile, pour ne pas dire impossible, d'avoir une activité annexe rémunératrice", constatent Liliana Tanguy et Louis Boyard. "Or, force est de souligner la faiblesse insigne de la rémunération qui leur est servie", pointent-ils. 

Une rémunération "indécente"

Les députés proposent ainsi d'aligner la rétribution des externes sur celle des fonctionnaires. Actuellement, un externe perçoit 273 euros brut mensuels en première année, 336 euros en deuxième année et 410 euros en troisième année, en rétribution des stages qu'il réalise. Une indemnité à laquelle peut s'ajouter les gratifications des gardes (55,29 euros brut). 

Les corapporteurs soulignent, eux, les différences de rémunération entre ces apprentis médecins et les étudiants des instituts régionaux d’administration (IRA), "recrutés sur concours ouvert aux diplômés d’une licence", qui "perçoivent une rémunération de 1 801,74 euros brut mensuels au 1er janvier 2025, à laquelle s’ajoute une indemnité de formation de 200 euros mensuels brut". "Les élèves des écoles normales supérieures perçoivent une rémunération identique", prennent-ils également pour exemple, considérant comme "indécent le sort […] fait aux étudiants en médecine" face "aux responsabilités majeures qu'ils exercent dès leur externat et aux conditions dans lesquelles ils exercent".

Il en va de même pour les internes en médecine. Malgré des revalorisations ces dernières années, notamment en 2020 à la suite du Ségur de la santé, la rémunération de ces futurs médecins reste insuffisante pour les auteurs du rapport. "Le volume horaire très important réalisé par les internes, associé à un salaire brut de base peu élevé, conduit à des situations dans lesquelles nombre d’internes sont rémunérés à des niveaux inférieurs au salaire minimum légal", écrivent-ils. 

Le député LFI, et sa collègue du groupe Ensemble, ont calculé le salaire horaire – excluant la rémunération des gardes – des internes. Qu'ils respectent ou non le temps de travail légal (48 heures par semaine)*, les internes de première et deuxième année perçoivent un salaire horaire inférieur au Smic. Les écarts sont particulièrement importants lorsque le calcul tient compte du temps de travail moyen des internes, de 59 heures par semaine selon une enquête de 2024. Et ce, quelque soit l'année d'internat et le statut (interne ou docteur junior). 

Mais à ces rémunérations s'ajoutent celles des gardes et astreintes. Pour rappel, le tarif pour une garde de douze heures en semaine est de 235 euros brut pour un interne et de 257 euros le week-end ou les jours fériés. De plus, une indemnité forfaitaire de 32 euros est prévue pour chaque période d'astreinte.

Selon les deux rapporteurs, "si la durée maximale légale de 48 heures était respectée, la réalisation de gardes pourrait ainsi permettre aux internes les effectuant de dépasser le Smic horaire". Sauf que, "dans la pratique, les gardes ne viennent en général pas remplacer la présence de jour, mais s’y ajoutent. La prise d’une garde conduit ainsi à réaliser une journée de travail continue de 24 heures", détaillent Liliana Tanguy et Louis Boyard. 

Ces derniers rappellent également que le nombre de gardes réalisées dépend fortement de la spécialité et des spécificités de chaque établissement. "Si bien qu'il est difficile de disposer d'un panorama précis sur le sujet", précisent-ils. "L’ensemble de ces paramètres conduisent à des situations variées et des inégalités de traitement entre les internes qu’il importe de corriger."

Pour les députés, il est nécessaire de "garantir aux internes une rémunération équivalente au Smic horaire par rapport au temps de travail réellement effectué".

Ils invitent aussi les pouvoirs publics à améliorer les conditions matérielles des étudiants en médecine, en appelant notamment à soutenir les initiatives - encore "insuffisantes"- facilitant l'accès à un hébergement lors des stages (internats ruraux, projets d'hébergements collectifs…). Les externes et internes doivent, par ailleurs, pouvoir bénéficier de "repas à tarification étudiante" dans les CHU. 

*Les députés se sont basés sur deux hypothèses de temps de travail pour effectuer leurs calculs : l'interne respecte la durée légale maximale hebdomadaire de travail de 48 heures, et l'interne travaille 59 heures par semaine, ce qui correspond à la durée moyenne de travail calculée par les syndicats étudiants (enquête de mars 2024

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Pascale Debenest

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