@Daniel/stock.adobe.com
Les conditions de travail des étudiants en médecine sont "inacceptables", dénonce une enquête
Mardi 13 octobre, le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques présentait son rapport sur les conditions de travail des étudiants en médecine. Les résultats de cette évaluation restent alarmants, d’après les deux députés co-rapporteurs.
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"Les conditions restent difficiles" pour les quelque 30 000 externes et 43 000 internes en médecine, selon Liliana Tanguy et Louis Boyard, les co-rapporteurs du rapport sur les conditions de travail des étudiants en médecine, présenté mardi 13 octobre. Des révélations qui remontent au moins à 2012 où les représentants étudiants dépeignaient déjà un mal-être lié à la surcharge de travail, l’irrespect du temps de travail (85 % des internes effectuaient plus de 60 heures de travail par semaine), l’irrespect du repos de garde...
Depuis ? "Le sujet des conditions de travail n’est pas un terrain vierge mais le bilan des différentes réformes est en deçà des attentes, et la situation des étudiants reste préoccupante", pointe la députée du groupe Ensemble pour la République. "Des salaires inférieurs au Smic horaire" et "des risques psychosociaux permanents" qui laissent les externes et internes dans des "conditions de travail inacceptables" en 2026.
Dans son propos liminaire, Louis Boyard, député La France insoumise, assure que "le soutien politique n’a pas été à la hauteur des enjeux". Le co-rapporteur du rapport explique pourtant que les différentes auditions ont montré que, pour les facultés de médecine comme pour les CHU, la qualité de vie des étudiants est une priorité. Structures d’accompagnement, formation à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) et sensibilisation aux risques psychosociaux dans les universités et les hôpitaux : les dispositifs se sont multipliés depuis quelques années.
Il serait exagéré de dire que rien ne change, mais cela se traduit de manière lente sur le terrain
"Il serait exagéré de dire que rien ne change, mais cela se traduit de manière lente sur le terrain et les conditions de travail sont toujours éprouvantes", résume le député. Pour preuve : le nombre d’heures hebdomadaires de travail est toujours aussi important qu’il y a 15 ans au moment des premières remontées des internes. "A l’heure actuelle, ces conditions sont aussi délétères qu’auparavant [...] Les symptômes anxieux, dépressions ou [situations] de burn-out touchent entre la moitié et les deux tiers des étudiants. Ils apprennent leur métier dans des conditions inacceptables."
Les co-rapporteurs ont établi une liste de recommandations car "malgré le contexte, des améliorations sont possibles". La priorité est donnée au respect du temps de travail. "De trop nombreux hôpitaux sont hors des clous et parfois réticents à l’idée que les choses puissent changer", se désole Liliana Tanguy. Les députés encouragent donc le ministère de la Santé à rappeler la nécessité de mesurer le temps de travail journalier des internes. Ils invitent également les services à recentrer la formation des internes sur leurs missions hospitalières plutôt que les tâches administratives "qui n’ont rien de formateur".
Louis Boyard présentait, quant à lui, les recommandations pour "en finir avec l’omerta" des études de médecine notamment vis-à-vis des VSS. Cela doit passer par un renforcement de la collégialité dans les prises de décisions (pour valider un stage par exemple). Les co-rapporteurs souhaiteraient garantir une assistance indépendante pour protéger les victimes de VSS mais aussi faire en sorte que la juridiction disciplinaire des personnels enseignants et hospitaliers (JDHU) puisse être saisie directement par le président d’université ou le directeur d’établissement. "Les décisions de cette juridiction surprennent par leur clémence", appuie Louis Boyard. Et pour éviter que les erreurs d’orientation restent définitives et sources de stress, le rapport préconise d’assouplir les modalités du droit au remords pour les internes qui peuvent changer de spécialités sous certaines conditions actuellement.
Revaloriser les indemnités
Enfin, les députés insistent sur la précarité étudiante. Chiffres à l’appui, la députée de la majorité présidentielle rappelle que l’indemnité des externes varie entre 275 et 400 euros brut par mois, de quoi provoquer une "iniquité eu égard aux responsabilités exercées. Nous proposons d’aligner leur rémunération sur celle des fonctionnaires stagiaires [soit 1 800 euros, NDLR]". Quant aux internes, la rémunération reste "aussi modeste". "En dernière année d’internat, ils gagnent 20 % de moins que le salaire moyen alors qu’en Allemagne, les internes gagnent 60 % de plus, constate Liliana Tanguy. Compte tenu du nombre d’heures effectuées, ils sont bien loin de toucher un Smic horaire." Une garantie qui devrait pourtant leur être assurée.
Le rapport doit désormais être rendu public.
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