@Aleksandr Rybalko/ Stock.adobe.com
L'Académie de médecine appelle à mieux encadrer la médecine esthétique : "La qualité des pratiques doit primer sur toute logique commerciale"
Favorisée par les réseaux sociaux, la médecine esthétique a connu ces dernières années une "expansion rapide", mais cette dynamique s'inscrit dans un "cadre encore insuffisamment structuré", marqué notamment par "l'hétérogénéité des formations" et "l'inégale qualité des pratiques", constate l'Académie de médecine.
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"La médecine esthétique ne peut être assimilée à une simple pratique de convenance dépourvue d'enjeux sanitaires", affirme l'Académie nationale de médecine dans un communiqué de presse diffusé ce vendredi 5 juin, dans lequel elle plaide pour un encadrement renforcé de cette pratique.
"Portée par l'influence des réseaux sociaux, des standards de beauté irréalistes et une banalisation croissante des procédures", la médecine esthétique a récemment connu une "expansion rapide", constate l'instance. En particulier, "chez les jeunes adultes et les personnes vulnérables sur le plan psychologique".
Or, cette dynamique s'inscrit dans "un cadre encore insuffisamment structuré", "marqué par l'hétérogénéité des formations, l'inégale qualité des pratiques, des contrôles insuffisants et la diffusion d'informations incomplètes, biaisées ou trompeuses", signale l'Académie de médecine.
En outre, le "développement de pratiques illégales réalisées par des personnes non habilitées constitue une menace sanitaire majeure", ajoute l'instance. En février dernier, plus de 200 médecins réunis au sein du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique avaient également alerté, dans une tribune publiée dans Le Journal du dimanche, sur la multiplication des actes médicaux réalisés hors cadre médical.
En mars, le syndicat des chirurgiens plasticiens, celui des dermatologues-vénérologues et le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) avaient également tiré la sonnette d'alarme, lors d'une conférence de presse, face à l'ampleur du phénomène des fake injectors. Ils appelaient les pouvoirs publics à agir pour protéger les patients face à des complications de plus en plus nombreuses.
Infections, nécroses cutanées, accidents vasculaires, atteintes oculaires, ou séquelles fonctionnelles et esthétiques durables… Les actes de médecine esthétique, qu'il s'agisse d'injections, de laser ou d'actes de remodelage tissulaire, peuvent exposer à "des risques parfois graves", mais "trop souvent méconnus ou minimisés par le public". Et ce, d'autant plus lorsqu'ils sont réalisés "hors de tout cadre réglementaire", "sans formation reconnue" et "sans traçabilité des produits utilisés".
Ces complications sévères peuvent conduire certains patients à être pris en charge à l'hôpital. "Tous les jours, on reçoit dans nos cabinets des patients qui ont eu des complications. Chaque chirurgien plasticien en voit un par semaine, voire plus", rapportait le Dr Adel Louafi, secrétaire général du Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE), lors de la conférence de presse de mars.
Ces multiples alertes doivent conduire à un renforcement de l'encadrement de la médecine esthétique "afin de garantir la sécurité des patients et la qualité des pratiques", estime l'Académie, pour qui il convient d'abord de "définir clairement, sur le plan juridique, le périmètre de la médecine esthétique en fonction du degré d'invasivité des actes, de la nature des produits utilisés et de leurs risques".
L'instance recommande aussi de "réserver l'ensemble des actes invasifs aux seuls professionnels de santé dûment qualifiés ayant validé une formation spécifique en médecine esthétique et s'engageant dans une actualisation régulière de leurs connaissances". L'Ordre a engagé, en 2024, un travail visant à mieux encadrer la pratique, via notamment la création d'un DIU. Pour les médecins déjà en exercice, un dispositif de validation des acquis de l'expérience doit également être mis en place.
Il apparaît également nécessaire, pour l'Académie, de "renforcer les dispositifs d'inspection et de sanction à l'égard des pratiques illégales, des lieux non conformes et de la publicité mensongère, en assurant une meilleure coordination entre autorités sanitaires, ordres professionnels et instances judiciaires".
L'instance suggère par ailleurs "d'imposer, avant tout geste de médecine esthétique, une consultation médicale préalable obligatoire visant à évaluer la pertinence de la demande, à informer loyalement le patient sur les bénéfices attendus, les alternatives, les risques et les limites des actes proposés, et à dépister d'éventuelles vulnérabilités psychologiques ou troubles de l'image corporelle".
Enfin, la communication et la promotion autour de la médecine esthétique mériteraient d'être encadrées de "manière stricte", en particulier sur les réseaux sociaux, "en interdisant les messages trompeurs, la banalisation des actes invasifs, les incitations financières agressives et les représentations irréalistes des résultats".
L'Académie rappelle enfin que "la qualité des pratiques et le respect des principes éthiques doivent primer sur toute logique commerciale dans le domaine de la médecine esthétique". Elle exhorte, en outre, les pouvoirs publics à "engager sans délai les évolutions réglementaires nécessaires".
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