Télémédecine : Agnès Buzyn redoute de voir trop de médecins "ravis de ne plus voir de malades"

23/05/2019 Par Yvan Pandelé
Politique de santé
La ministre de la Santé a profité d'une intervention au Sénat pour répondre aux élus qui réclament de lever les freins au déploiement de la télémédecine : un développement national tous azimuts risquerait de "tuer l'installation libérale en zone sous-dotée", indique la ministre, qui craint de voir "de plus en plus de médecins ravis de ne plus voir de malades".

  La télémédecine : oui, mais pas trop vite. Agnès Buzyn s'est exprimée mardi 21 mai devant la Commission de l'aménagement du territoire du Sénat, à l'occasion de l'examen du projet de loi de santé devant la chambre haute. L'occasion pour la ministre de rappeler la philosophie de son action, mais aussi de répondre aux critiques qui se font de plus en pressantes face à la question brûlante des déserts médicaux – et aux moyens d'y répondre. "Attention à cette fausse bonne idée de la télémédecine ouverte largement remboursée sur des plateformes nationales : je pense que là nous finir[i]ons de tuer notre capacité à créer de l'installation territoriale", a prévenu la ministre, au cours de ses deux heures d'audition. Une réponse à la tribune sur l'accès aux soins parue début mai dans Le Journal du Dimanche, signée par 118 élus de tous bords et – crucialement – 27 députés LREM. Les signataires s'y inquiètent du "faible développement" de la télémédecine : seulement 8000 consultations ont été remboursées par l'assurance maladie en six mois. On est bien loin de l'objectif affiché de 500 000 téléconsultations en 2019. Les élus déplorent notamment des "blocages administratifs" qui limiteraient le déploiement de la télémédecine. "Par exemple, pourquoi l’assurance maladie souhaite-t-elle limiter la téléconsultation aux médecins proches du patient", s'interrogent-ils, "alors même que son remboursement a été voté pour venir en aide aux patients qui n’ont précisément pas accès aux soins près de chez eux ?"   Les plateformes risquent d'"aspirer les professionnels" Mais à l'avenue Duquesne, on craint plus que tout l'appel d'air. "Si nous favorisons des plateformes nationales d'accès à la télémédecine, nous allons avoir de plus en plus de médecins qui, non seulement, seront ravis de ne plus voir de malades – ça arrive, hein –, d'être derrière leur téléphone ou leur ordinateur, temps plein, très bien financé, sans voir de patients", a argumenté Agnès Buzyn. "Elles répondront à un besoin mais en fait elles vont aspirer les professionnels." La loi prévoit deux garde-fous au remboursement de la téléconsultation, en place depuis septembre 2018. Seul le médecin traitant ou, à défaut, une "organisation territoriale de médecins", peut décider de l'orientation : le patient n'a pas la main sur le dispositif. Second principe : le médecin téléconsultant doit connaître le patient, pour l'avoir reçu de visu dans les 12 mois précédents. Dans l'esprit des pouvoirs publics, il s'agit d'alterner consultations en face-à-face et téléconsultations. Un choix assumé par la ministre, qui a défendu une télémédecine "ancrée sur le territoire" devant la Commission d'aménagement du territoire. "Aujourd'hui nous prônons un parcours de soins coordonné : nous voulons qu'un malade soit connu des professionnels de santé qui interviennent autour de lui, nous souhaitons qu'il y ait des échanges autour du dossier médical entre les professionnels, et nous souhaitons favoriser l'attractivité du territoire." Des médecins téléconsultants, oui, mais présents sur les territoires.

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